‹ Le général Auguste Colbert,Chapitre 117 sur 150 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

le « dulces moriens reminiscitur Argos » est un sentiment qui se trouve dans les cœurs les plus héroïques, adors qu'il faut dire un éternel adieu à tout ce qui fut cher.

Toutefois, si Ton se place au point de vue de Napoléon, prêtant au général Colbert mourant ses propres sentiments, ceux qui pour lui sont Texpression de rhéroïsme tel qu'il le conçoit, tel qu'il le veut, on ne peut voir en cela qu'un éloge indirect de celui dont il 30 fait Tinterprète.

On a dit qu'au moment où mon père fut tué, sa nomination au grade de général de division allait lui arriver; entre autres le général Marchand me Ta siffirmé.

Il y a même lieu de penser que le brevet était déjà signé, car mon grand-père, le général Canclaux, demanda à TEmpereur que cette nomination fût mise au Moniteur. Or le général Canclaux, qui avait comâiandé en chef, administré, homme d'une grande expérience, n'eût pas imaginé de faire une telle demande, si le brevet n'avait pas été signé avant la mort de mon père.

Toutefois, l'Empereur s'y refusa.

Le grade ne constitue pas toujours le mérite, et désormais il devient inutile. Il ût mieux, et témoigna d'une manière plus efficace tout le cas qu'il faisait du mérite d'Auguste Colbert. Il ordonna par un décret impérial (1) qu'une statue du général Colbert, et celles de sept autres généraux morts comme lui

(1) Décret du 1" janvier 1810, inséré au Moniteur le 9 février. (Voir ^es Pièces justificatives.)

23i TRADITIONS ET SOUVENIRS

au champ d'honneur, seraient placées sur le ponl de la Concorde. L'Empereur voulait montrer par là, qu'en dépit du boulet, de la destinée, il savait consacrer la gloire.

De plus, un tableau (1 ) représentant les derniers moments du général Colbert fut commandé à un peintre de talent, Schnetz. Enfin, l'Empereur fit placer le buste du général Colbert dans la salle des marechaux aux Tuileries. Il y en avait en tout vingt ou vingt-quatre.

Le général Colbert mourut au moment oîi l'Empereur, après lui avoir pendant quelque temps imposé une çuarantainey allait lui ouvrir enfin la grande carrière. Par tout ce qu'il fit pour lui après sa mort, il sembla regretter de n'avoir pas assez fait pendant sa vie.

La mort du général Auguste Colbert causa dans l'armée d'unanimes regrets. Pour tout le 6® corps : les 69®, 75% 39« régiments de ligne, 25° et 6« léger, qui avaient surtout combattu sous ses ordres, enfin pour le 15® de chasseurs, ce fut une douleur réelle, profonde. Témoignage glorieux et touchant, le 3® de hussards porta pendant deux ans un crêpe à son étendard.

J'ai dit qu'Alfred de Latour-Maubourg, Taide de camp de mon père, avait été frappé quelques instants avant lui, et comment il avait été la cause indirecte de sa mort : il succomba le lendemain. Adrien d'Astorg qui avait été si grièvement blessé deux jours avant, survécut et continua sa carrière ; il est mort général de division. On se rappelle ce qu'une femme leur avait dit ^i tra-

(1) Ce tableau est au musée de Douai.

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