‹ Le général Auguste Colbert,Chapitre 119 sur 150 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

atteint mortellement âu front, comme son ami Auguste Colbert.

Nommé au commandement d'une brigade de la garde impériale, Edouard Colbert forma ce qu'on appela les lanciers rouges, fit avec eux la campagne de Russie, et fermait la marche de l'armée en quittant Moscou.

Il fut noiximé général de division en 1813. En 1815, quoique blessé à l'affaire des Quatre-Bras, il commandait à Waterloo les belles charges où ses lanciers pénétrèrent au milieu des batteries anglaises. Il réunit, après la bataille, les débris de la cavalerie de la garde (1). Il est mort en 1853.

Le second des trois frères, Alphonse, après avoir été dans l'administration de la guerre, était repassé dans Parmée.

Ainsi que je Tai déjà dit, le roi Murât lui donna, en 1808, le commandement d'un des régiments de sa garde. Ce fut à Naples qu'il apprit la mort de son frère Auguste. Il vit Murât pleurer amèrement son ancien compagnon d'armes, son ami. Peu de temps après, Alphonse Colbert rentra dans l'armée française comme colonel du 9® {bis) de hussards. Ce régiment, placé en Catalogne sous les ordres du maréchal Suchet, y devint la terreur des Espagnols.

En 1814, après une belle affaire près de Lyon, où il enfonça deux carrés et prit du canon, Alphonse Colbert fut nommé général de brigade (2) .

(1) Correspondance de Napoléon^ œuvres, campagne de 1815, retraite de Waterloo, t. XXXI, p. 243.

(2) Histoire de la campagne de 4S4A, par le général de Koch.

En 1815, une brigade de lanciers qu'il commandait, détruisit presque en entier, la veille de Waterloo, une brigade de cavalerie de Tarmée anglaise (1). Il mourut en 1836 général de division, commandant à Rennes.

Telle fut la vie, la destinée des trois volontaires de

(1) Co sont surtout les Anglais qui m*ont raconté les détails de ceUe aflaire. Le souvenir quMls on avaient conservé avait attiré sur moi leur attention, lorsqu'on 1828, jeune officier, j*allai en Angleterre*

0 mon père, trop t6t sans doute, tu as été enlevé à la' pairie, à la tendresse des tiens.... Tu es mort dans la plénitude de la vie ; mais de cette vie, tu n as connu ni les dégoûts ni le déclin... Tu es tombé, alors que la patrie rayonnait de gloire et d'espérances**. Tu n'as pas 'v^u les sombres jours qui bientôt se sont levés sur elle..* ^eux fois l'étranger foulant son sol...*. Tu as échappé à ^fi douleurs.

Hélas ! si tu avais pu prévoir à quelles autres dou- Icurs, bien plus poignantes encore, nous serions Con- ^^mnés I

Oui, tu es mort bien jeune, mais la vie a été remplie, ®t si ton souvenir doit vivre, il vivra entouré du prestige ^ Une glorieuse et éternelle jeunesse»

OrsonVillej 1872,

BT

SUR LE CHAPITRE XXVIl

Ney au Prince db Neufghatel et Valangin , Ministre de la Guerre.

Bartenstein, le 16 janvier 1807, Monseigneur,

L'ennemi paraît généralement observer la défensive sur le développement de mes postes. Les escarmouches que nous n'avons pas cessé d'avoir avec les Prussiens depuis environ quinze jours, et dont le résultat de part et d'autre était de peu de conséquence , en fatiguant néanmoins beaucoup l'ennemi, ont donné lieu à des pourparlers. Les Prussiens désirent le repos, et de mon côté je le désirerais tout autant, pour permettre à la troupe de se ravitailler et de travailler aux réparations de la chaussure, de l'armement et de l'équipement. En conséquence, les généraux prussiens de Ruchel et de Lestocq ont donné rendez-vous au général Colbert, demain à midi, à Preussich-Eylau, pour arrêter un armistice de quatre jours, avant de reprendre les hostilités, soit verbalement sur parole d'honneur, soit par écrit, sauf l'approbation de nos souverains respectifs. Jai chargé le général Colbert de demander, comme points de démarcation qui seraient considérés neutres par nos patrouilles, les endroits ci-après : Séeburg, Rastenburg, Barthen, Gerdauen, Friedland, Domnau, Preussich-Eylau, Landsberg, Mehlsach, et de ce point, tirant une ligne droite sur Hei-

ligenthal, de manière qu'il nous resterait une grande partie de FAI le et toute la Passarge. Je ne sais si les Prussiens consentiront à cette démarcation, mais je ne m'en départirai point.

Ney.

Ney a Soult.

Bartenstein, 16 janvier 1807.

Par la lettre que m'écrit Son Altesse le prince Ministre de la Guerre, en date du 3 de ce mois, il me charge, mon cher Maréchal, de couvrir le flanc gauche de votre armée et la droite du prince de Ponte-Gorvo. Celui-ci est en marche pour bloquer Graudenz et seconder Topération du maréchal Mortier qui , je présume, doit encore pendant cet hiver s'emparer des places de Colberg et de Dantzig. Je suis en outre chargé de couvrir Thorn, mais je suis bien éloigné de Prasznic pour que nous puissions être parfaitement liés, à moins que vous ne portiez votre cavalerie légère à Willenberg, car la division de dragons, aux ordres du général Grouchy, occupera Ortelsbourg, Mensguth et Bischoffsburg. Mon infanterie est répartie depuis BischofTstein jusqu'à Bartenstein et remontant TAlle jusqu'à Guttstadt et environs. Je vous prie de me faire connaître les dispositions que vous prendrez pour que nos communications restent intactes.

Ney.

Ney au Prince de Neufghatel, Ministre de la Guerre.

Allenstein, 18 janvier.

Monseigneur,

J'ai reçu hier à Bartenstein, par duplicata, les dispositions arrêtées le 7 pour l'établissement définitif des quartiers d&

tous les corps de la grande armée. J'ai donné les ordres nécessaires pour que mes troupes se rendent successivement dans les enviroDs de Ghorzel, Soldau etMiawa; Le général Golbert entre Neidenburg et Willenberg; La division du général Marchand depuis Chorzel jusqu'à Mlawa;

La division du général Gardanne à Neidenburg, Soldau, Kinzbrock et Mlawa;

Les dragons, aux ordres du général Grouchy, à Lautenburg, Szrenick et Radzanow.

Les troupes de Hesse-Darmstadt sont parties le 16 pour aller fiaire le blocus de Graudenz.

Le pays que vont occuper les troupes qui restent sous mes ordres est totalement épuisé, et Votre Altesse sait qu'il n'existe aucun magasin d'où nous puissions tirer des ressources. Il est impossible de compter sur des distributions provenant de Thorn, à cause de l'éloignement de cette ville et surtout de l'extrême difficulté des communications. Je suis pgu'tout entouré de troupes, et déjà celles du maréchal Soult sont venues à Ghorzel et Mlawa enlever le peu de paille qui s'y trouvait.

Je mets d'autant plus d'importance à vous- peindre les choses telles qu'elles sont, que je dois croire qu'on ne vous en a pas fait connaître le véritable état. Votre Mtesse peut être certaine que j'ai devant les yeux la cruelle perspective de' voir périr de misère et de maladie un grand nombre de braves gens dont le sort est digne de pitié.

Le pays que va occuper le prince de Ponte-Gorvo aurait fourni des quartiers d'hiver abondants pour deux corps d'armée, tandis que celui où. je vais est un vrai cimetière, à moins d'événements que rien ne peut me faire prévoir.

Je vous supplie. Monseigneur, de faire quelques changements aux cantonnements qui me sont assignés : il est inutile de vous dire que ni moi, ni les généraux sous mes ordres, ne sommes effrayés des privations et que nous saurons donner l'exemple au soldat en vivant comme lui ; mais je trahirais tous mes devoirs si je ne cherchais à améliorer

la position des braves régiments sous mes ordi*es, qui vont être entassés dans un pays désert qui pourrait à peine nourrir le tiers de mes troupes.

J'ai dû, Monseigneur, dire la vérité à Votre Altesse et céder aux représentations multipliées des généraux et des chefs de corps, qui sont vivement affectés de la misère qui attend leurs troupes.

Ney.

SouLT AU Ministre de la Guerre.

Prasznic, 18 janvier.

J'observerai que le maréchal Ney, en se portant sur Kœnigsberg,a laissé à découvert 25 lieues de pays, et que s'il retire de Willenberg la division du général Grouchj, ainsi qu'il l'annonce, il n'y aura personne pour garder ce débouché, et qu'il sera fort aisé à l'ennemi d'intercepter les communications entre les deux corps d'armée ; ainsi, d'après ces considérations, je prierai aussi Votre Altesse de me donner les ordres de S. M.

SouLT.

Berthier a Ney.

Varsovie, 19 janvier 1807.

L'Empereur , Monsieur le Maréchal, est extrêmement étonné de voir, par une dépêche qu'il reçoit de M. le maréchal Soult et par la vôtre même, que non seulement vous ne vous êtes point conformé aux ordres de S. M. relativement à vos quartiers d'hiver, mais qu'encore vous conseillez au maréchal Soult d'en faire autant. Je vous réitère l'ordre, Monsieur le Maréchal , de rentrer dans les positions qui vous ont été indiquées po\;r les quartiers d'hiyer» L'^mpe^

reur, Monsieur le Maréchal, est immuable dans ses plans, et, sans des considérations politiques, il aurait fait mention à Tordre du jour de la non-exécution de ses ordres par votre corps d'armée. Vous n'êtes point détaché comme à Magdebourg, vous êtes en ligne et vous n'êtes point autorisé à conclure un armistice. S'il vous arrive des parlementaires, vous les adresserez au quartier général. A l'avenir, Monsieur le Maréchal, l'Empereur ordonne que votre corps d'armée marche en masse et jamais décousu, ainsi que vous l'avez fait dans ce dernier mouvement. Si vous avez conclu un armistice, vous n'en ferez pas moins marcher votre infanterie pour prendre ses cantonnements d'hiver dans les positions qui lui ont été ordonnées, mais vous en profiterez pour laisser votre cavalerie et couvrir la feute

que vous avez &ite. •

Bbrthibr.

Nby a Bbrthibr.

Allenstein, 22 janvier, six heures du soir.

Monseigneur,

J'ai l'honneur de vous informer que le mouvement rétrograde de mon corps d'armée a commencé le 20. Les voltigeurs et grenadiers qui étaient sur le développement de l'Aile se sont repliés par échelons depuis Schippenbeil, Bartenstein et Heilsberg, ainsi que deux escadrons du 10« chasseurs : ces troupes arriveront ce soir à Guttstadt; ce même jour, le 3^ bataillon de voltigeurs, qui était à Langhenen, s'est retiré avec le 3® hussards sur BischofTstein, où le 25® d'infanterie légère était déjà.

Le 21, la 25® légère s'est repliée sur Seebourg, et le 37* sur Allenstein; le 59® se trouvait déjà dans cette demièi'e ville.

Les 20 et 21, les 69® et 76® de ligne et trois régiments de dragons du génére^Grouchjr (le 4® régiment estàOstelsburg

et saivra le mouyement sur Neidenburg) (1) ont marché de Bischoffsburg sur Passenheim : cette colonne arrivera aujourd'hui à Neidenburg, où était aussi le 39® de ligne. Le 6* d'infanterie légère sera ce soir à Hohenstein.

Les dragons, aux ordres du général Grouchy, couvrentles communications de Willenberg et se lient par leur gauche avec le général Golbert, établi depuis ce matin à Wartenburg : ce général a un bataillon de voltigeurs, un bataillon de grenadiers, deux pièces de canon et la 25« légère, commandée par le général Roguet.

Demain 23, à quatre heures du matin, le surplus des voltigeurs, grenadiers, le 10® de chasseurs, une compagnie d'artillerie légère et le 50® régiment de ligne partiront de Guttstadt pour venir prendre position à Allenstein; les 27® et 59®, aussitôt après l'arrivée de cette colonne, se mettront en marche pour Hohenstein.

Au moyen de ces dispositions, j'aurai le 24 toutes mes troupes réunies depuis Hohenstein jusqu'à Neidenburg ; je resterai un jour dans cette dernière ville pour m'assurer des desseins de l'ennemi ; j'ai cependant tout lieu de croire qu'il n'a pas assez de force pour pouvoir me nuire en quelque manière que ce soit; il n'a montré jusqu'à présent que beaucoup de cavalerie, peu d'infanterie, et il n'a point fait usage d'artillerie.

Dès le 19, l'ennemi avait fait une reconnaissance générale, depuis Langenheim, Leunenburg sur la Zain et la Barthen jusqu'à Schippenbeil : partout ses tentatives ont été repoussées vigoureusement ; à Leunenburg, principalement, il a éprouvé une assez grande perte en tués, blessés et prisonniers : parmi les blessés s'est trouvé le colonel de Stutterheim. Vers Langheim et à Schippenbeil on a eu les mêmes succès.

Le 20, l'ennemi a fait suivre mes colonnes par de la cavalerie, et par quelque peu d'infanterie qui était transportée sur des traîneaux. Le soir et pendant la nuit, celle

(i) Ceci est écrit en marge.

cavalerie vint insulter presque à la fois toutes les positions occupées par nos troupes ; elle n'en approcha cependant qu'avec beaucoup de circonspection, et elle eut quelques hommes et chevaux tués; un escadron du 3^ hussards, s'étant abandonné à trop d'impétuosité dans une charge, a été ramené jusque sur l'infanterie et a perdu quelques hommes.

Le 21, la position de Seeburg a été également inquiétée jusqu'à huit heures du soir. Le général Colbert fit alors attaquer les villages d'Elsau et de Lockau, où l'ennemi faisait mine de vouloir passer la nuit et d'où il a été chassé avec grande perte en hommes tués; il a été même poursuivi jusqu'à deux lieues au delà près de Felhau et de Franckenau ; nous lui avons fait prisonniers deux officiers et quinze hussards russes.

Aujourd'hui, le général Colbert, en se retirant sur Wartenburg et Alt-Wartenburg, n'a point vu d'ennemis; sa reconnaissance a ^té fort loin en avant des deux villages dont je viens de parler, sans rien apercevoir.

Les prisonniers et déserteurs assurent que dix régiments de cavalerie russe, forte de 8 à 900 hommes chacun, marchent surGuttstadt, Allenstein, Hohensteinet Neidenburg; que l'infanterie russe qui doit suivre cette colonne, et dont on ne connaît pas encore la force, est à quelques marches derrière la cavalerie; ils ajoutent que le général Benningsen est à Rastenburg, et que les Prussiens, aux ordres du général Lostocq, se dirigent sur Liebstadt et Elbing par la rive gauche de l'Aile.

Je préviens S. A. S. le prince de Ponte-Cor vo et M. le mîiréchal Soult de mon mouvement rétrograde et des renseignements que j'ai sur l'ennemi.

P.-aS'.— On vient de m'assurer qu'une colonne d'infanterie russe et quelques régiments de cavalerie se dirigent de Seeburg sur "Willenberg. Je charge le général Grouchy de s'en assurer.

Ney.

Ney a Berthier.

Âllenstein, le 22 janvier, 7 heures du soir.

Je reçois à rinstant la lettre incluse de mon aide de camp ; les renseignements qu'il me donne sont contradictoires au rapport du général Labassée et de ceux qui me sont parvenus d'autres points; cependant j'ai dû vous les transmettre afin de pouvoir juger, sur l'ensemble de ceux qui vous seront probablement envoyés des autres directions de l'armée, si l'ennemi a réellement envie de marcher ou d'entreprendre quelque chose contre nos quartiers.

Le bataillon de grenadiers dont parle mon aide de camp a culbuté l'ennemi à coups de baïonnette et s'est joint au général Golbert à Seeburg, à 8 heures du soir, le jour qu'il y fut attaqué. Quant à l'escadron du 3® hussards, il n'est pas vrai qu'il soit pris, puisqu'il a rejoint à Seeburg.

Je fais part à S. A. le prince de Ponte-Gorvo de ce nouveau rapport dont j'ai retenu extrait.

Net.

Voici maintenant le rapport dont parle le maréchal :

Guttstadt, 22 janvier.

Monseigneur,

Les rapports faits ce matin au général Labassée par divers sous-officiers et soldats n'étant point exacts, j'ai cru devoir rectifier les erreurs qui se sont glissées dans sa lettre, en ayant l'honneur de vous adresser ci-joint une note sur la position des troupes qui se trouvent sous ses ordres, en ajoutant que le général Golbert s'est fait appuyer hier par le 5° bataillon de grenadiers qui était à Heilsberg et deux pièces de 4 ; il paraît certain que ce bataillon a ren-

contré Tennemi dans sa marche d'Heilsberg sur Seeburg, car la colonne, arrivée aujourd'hui de ces deux endroits, a entendu hier plusieurs coups de canon, et un paysan, venant de BischoSstein, a rapporté que cet engagement avait eu lieu près du village de Wangen : on ignore les détails et résultats. Ce même habitant a assuré que 5^000 hommes d'infanterie ennemie avaient occupé Bischoffstein hier soir, et que les Russes avaient renforcé la gauche des Prussiens de 8,000 hommes.

Le général Golbert, en demandant hiçr au commandant Lecanu le ^^ bataillon de grenadiers, lui mandait : « Je ne crains rien pour moi, mais pour mes voisins qui sont fort inquiétés. » Cette phrase parsut se rapporter à la colonne du colonel Lebrun, ce qui confirmerait la possibilité de la prise de l'escadron du 3® de hussards.

La colonne de quatre bataillons, 4 pièces d'artillerie et 20 hommes de cavalerie, arrivée aujourd'hui à deux heures de l'après-midi, n'a point été inquiétée dans sa marche. Seulement l'ennemi a fait paraître quelques pelotons de cavalerie en échelons sur les hauteurs d'Heilsberg après que nous l'eûmes évacué ; on croit avoir vu quelque peu d'infanterie et quelques Cosaques. Les troupes partiront demain en masse suivant vos ordres, et le général Labassée se fera éclairer sur son flanc gauche par quelques compagnies de voltigeurs.

Je partirai avec l'arrière-garde et la suivrai quelque temps pour tâcher de vous apporter des nouvelles de l'ennemi ; ensuite je ferai diligence pour être le soir à Neidenburg, ou au moins dans la nuit.

Le 10« de chasseurs est avec le général Colbert et non

Signé: Regnard.

Le général Labassée reçoit votre lettre et donne l'ordre de départ ; on pourra être en marche vers huit heures du soir ; il en est cinq et demie.

Bernadotte a Net.

HoIIand^ 23 janvier.

Je viens de recevoir, mon cher Maréchal, la lettre que vous m'avez écrite hier d'Allenstein. J'avais toujours eu la crainte que l'ennemi ne vous suivît lorsque vous feriez votre mouvement de retraite. J'étais occupé de faire la répartition de mes cantonnements et je voulais m'établir pour les quartiers définitifs ; votre dépêche m'a déterminé à attendre ; je me tiens assez réuni et, au besoin, je pourrai promptement avoir sous la main tout mon corps d'armée. Je viens d'ordonner quelques dispositions préparatoires. Je tiens Mohrungen et Liebstadt par de l'infanterie et un régiment de hussards; ces troupes ont l'ordre d'observer Guttstadt, j'ai deux régiments à Osterode, et la division Drouet se trouve très à portée de soutenir facilement ces régiments s'il en était besoin. Les dragons du général Sahuc, qui occupaient Hohenstein, ont reçu Tordre de l'évacuer et de se serrer sur Osterode ; ils se lieront par leur droite avec vos troupes qui seront à Hohenstein.

Pour prendre un parti définitif, mon cher Maréchal, j'attendrai de nouveaux détails sur la nature des mouvements de l'ennemi; je vous prie d'avoir l'obligeance de me faire part de tous ceux qui vous parviendront; il est essentiel que notre communication soit toujours bien établie ; ves troupes gardant fortement Hohenstein, notre ligne est bien pleine et nous nous trouvons bien en mesure de combiner nos manœuvres, si le cas l'exigeait ; ainsi, dans le cas où. l'ennemi continuerait ses mouvements offensifs, prévenez-m'en de suite, afin que je me porte en entier sur Osterode, et que nous l'attaquions de concert, ou que nous exécutions d'accord un mouvement rétrograde, en attendant les ordres de l'Empereur.

Au reste, je ne pense pas que l'ennemi ait le projet de nous attaquer en force ; cependant, déjà depuis quelques

jours on répand le bruit qu'une armée de 80,000 Russes marche sur nous ; on dit que le général Benningsen doit avoir son quartier à Rastenburg. Sans ajouter grande confiance à ces nouvelles, il ne faut pas rester dans une trop grande sécurité. Vous aurez sans doute prévenu le maréchal Soult du mouvement de l'ennemi ; il serait peut-être nécessaire que l'Empereur en fàt aussi instruit. ^Je vous renouvelle, mon cher maréchal, Tassurance de mon sincère attachement.

J. Bernadotte.

(Cette lettre est en réponse à celle de Ney qui lui a fait part du mouvement offensif de l'ennemi et de ses nouvelles dispositions.)

Ney au Ministre de la GuBRas.

Hohcustcin, 23jan\ier.

J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Altesse que le mouvement rétrograde des troupes du 6® corps s'est continué aujourd'hui, sans que l'ennemi ait cherché à inquiéter sa marche.

Le général Colbert m'a fait le rapport, qu'hier, à deux heures du matin, l'ennemi est venu faire une reconnaissance sur Wartenburg; mais il s'est retiré aux premiers coups de fusil; ce matin il m'a écrit que la cavalerie russe avait fait préparer des vivres à BischoflTsburg, et que Seeburg était occupé par plusieurs régiments de cavalerie.

Le général Grouchy me prévient d'Ianowo, en date d'hier, que depuis son départ de BischoflTsburg avec la brigade du général Marcognet, l'ennemi ne Fa plus suivi, et que les Russes et les Prussiens appuient à droite et semblent se diriger sur Guttstadt ; il ajoute que le régiment de dragons, qui était à Ortelsburg et qu'il a rapproché de lui, n'a aucun renseignement sur l'ennemi : ce qui pa-

m Ib

raîtrait démentir la nouvelle qu'on m'avait donnée de la marche d'une colonne se dirigeant de Seeburg sur Willenbcrg.

Les troupes de mon corps d'armée occuperont, le 2o du mois courant, les positions suivantes : Neidenburg, Gilgenbui^, Soldau, Lautenburg, Kenzbrock, Mlawa, Ciechanow et Chorzel.

La division de dragons du général Grouchy, ayant des avant-postes à Mulhen, route d'Hohenstein à Gilgenburg, occupera avec deux régiments les cantonnements depuis Neidenburg jusqu'à moitié chemin de Gilgenburg. Les deux autres régiments seront placés depuis Neidenburg jusqu'à Soldau.

La cavalerie légère du général Colbert sera à lanowo, fournissant un escadron à Chorzel, et un autre en avant de Neidenburg, pour couvrir les communications de Willenberg, lanow^o et Hohenstein.

Je suis en mesure de pouvoir rassembler mon corps d'armée en moins de deux jours, soit sur Neidenburg, soit sur Gilgenburg, Soldau ou Mlavy^a.

Je me rendrai demain à Neidenburg, où je resterai jusqu'à ce que je connaisse les desseins de l'ennemi.

J'ai trouvé la division de dragons du général Sahuc occupant Hohenstein, point essentiel à cause de sa communication avec Osterode. Je fais part au prince de Ponte- Gorvo de la position de mes troupes au 2S courant et de la direction que l'ennemi semble avoir prise sur Guttstadt. J'en donne également avis au maréchal Soûl t.

piège annexée a la précédente.

Nouvelles dispositions ^our remplacement du 6® corps

d'armée,

Hohenstein, le 23 janvier 1807, à il heures du soir.

L'ennemi paraissant diriger ses forces sur le corps d'armée du prince de Ponte-Gorvo, il est essentiel de cou-

Eî PifcCES JUSTIFICATIVES 255

vrir sa droite et de lui laisser le temps de reprendre Toffensive.

En conséquence, les dispositions suivantes seront exécutées les 24 et 2o du courant :

Le 3® régiment de hussards et le 10® de \ chasseurs, i Le général

La compagnie d'artillerie légère du capi- ( Colbert. taine Martin, / Le général

Les bO" et 59' de ligne, resteront à I Labassée. Hohenstein. /

Les 25® d'infanterie légère et 27® de ligne iront demain s'établir à Mulhen et villages en arrière de Mulhen, depuis Phyman jusqu'à Getzdorf.

Les généraux Gardanne et Roguet s'établiront à Mulhen.

Le 69® restera à Neidenburg.

Le 76® étendra ses cantonnements jusqu'à Schlottau, route deGilgenburg;

Le général Marcognet à Neidenburg;

Les dragons de la division Grouchy, savoir:

Deux régiments sur la route de Gilgenburg entre Schlottau, Gardienen etThurau ; les deux autres régiments à Neidenburg et villages sur la route de Hohenstein, communiquant avec les troupes qui se trouvent à Hohenstein, et couvrant néanmoins les communications de Willenberg ;

Le 39® à Soldau ;

Le 6® d'infanterie légère à Gilgenburg;

Le général Marchand aussi à Gilgenburg»

Ney*

Ne Y A Berthier.

Hohenstein, 23 janvier 1807, 11 heures du soir.

Le général Grouchy me prévient à l'instant par sa lettre de ce jour, datée de lanowo, que l'ennemi avance de toutes

parts sur mon flanc droit; qu'il est entré à Ortelsburg, à Mensguth et à Passenheim, aussitôt après que ces difiiérents points ont été évacués par nous, et qu'en général il montre assez d'infanterie. Je charge ce général de donner à M. le maréchal Soult tous les renseignements qui peuvent lui parvenir. Je pense, Monseigneur, que l'ennemi n'avance sur nous que pour nous obliger à rester dans les cantonnements que nous devons occuper ; cependant on assure qu'il a dégarni une grande partie de la gauche depuis Ostrolenka, Johannisburg et Nicolaïken, pour se diriger sur la Passarge, en débouchant par Rastenburg.

P. -S. — Le général Maison, chef de l'état- major du prince de Ponte-Cor vo, en m'adressant l'emplacement des troupes du 1®' corps d'armée, me mande qu'un officier, de retour de Liebstadt, y a entendu la fusillade, qu'il rapproche demain ses dragons du général Sahuc sur Osterode pour couvrir ce point où. il n'y pas un homme de cavalerie, qu'il pense que d'après les mouvements de l'ennemi sur Guttstadt et ceux sur Allenstein, le prince donnera probablement ordre de concentrer son armée vers Osterode. En conséquence, je change momentanément les dispositions que j'ai arrêtées pour le 2S. J'occuperai Hohenstein par deux régiments d'infanterie, j'en placerai deux autres en réserve à la hauteur de Mulhen, près du lac de ce nom. Le reste occupera Neidenburg et Soldau. Je donne avis de ces dispositions au prince de Ponte-Gorvo.

Signé : La Maréchal Ney.

Le général Golbert m'écrit d'Allenstein, du 20, quatre heures de l'après-midi, que les dragons gardes du corps du roi de Prusse sont à Guttstadt, qu'il y a un régiment de lanciers à Wartenburg et des Russes à Seeburg. Son mouvement rétrograde n'a pas été inquiété, mais vers onze heures du matin l'escarmouche a commencé. L'ennemi, venant de Wartenburg, a formé sa ligne de vedettes sur les hauteurs

d'Allenstein, rive droite de TA lie, en étendant sa droite vers Guttstadt. On n*a rien aperçu sur la route de cette

dernière ville à Allenstein.

Net.

Net a Bbrthier.

Hohenstein, 24 janvier.

J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Altesse quç l'ennemi s'est borné aujourd'hui à faire de simples reconnaissances, et qu'il semble n'avoir jeté un peu d'infanterie et de cavalerie légère sur la direction d'Ortelsburg et de Passenheim, que pour masquer son mouvement sur Dantâg, qui paraît prononcé.

Des rapports de négociants dignes de foi s'accordent avec les déserteurs et prisonniers à dire qu'un rassemblement considérable de troupes russes se fait dans ce moment entre Mulhausen et Preussich-Eylau ; que l'armée combinée aux ordres du général Benningsen est forte de 80,000 hommes, que le général anglais Hutschinson a eu une conférence avec le général russe, et qu'il doit se joindre à lui avec 10,000 hommes qui débarqueront à Dantzig, ainsi qu'un nombre égal de Suédois. Voici ce que j'ai appris par les prisonniers : « Le maréchal Kaminski, disent-ils, a été disgracié, et le général Benningsen commande en chef. On pense généralement que l'armée française sera forcée d'évacuer la rive droite de la Vistule avant dix jours. Le général Courbières, commandant à Graudenz, a été prévenu par le général russe de ne pas avoir d'inquiétude sur son sort, parce qu'il serait débloqué bientôt par lui, et qu'en même temps il se rendrait maître de Thom : tous les préparatifs sont faits pour qu'immédiatement après cette première opération il puisse passer la Vistule, et forcer ainsi les Français à quitter Varsovie. On ajoute encore qu'au premier succès que les Russes auront, et que,

va leur supériorité, ils regardent comme certain, Tarmée autrichienne fera une diversion en Moravie et pénétrera en Silésie.

D'autres renseignements particuliers disent que les Russes ont un premier camp retranché vers Ostrolenka, et un second plus en arrière pour couvrir Grodno, et que le corps d'armée chargé de la défense de ces camps est sous les ordres du général Buxhowden : ce général ne doit agir offensivement qu'après le résultat des entreprises du général Benningsen.

Les officiers russes et prussiens qui sont venus parlementer aux avant-postes le 22, en avant d'Allenstein, ont dit qu'ils étaient en mesure de nous chasser au delà de la Yistule.

Je prie Votre Altesse de me faire connaître si je dois continuer à rester dans la position que j'occupe pour m^ lier avec le prince de Ponte-Corvq, et couvrir sa.droite e\ ses derrières, ou si je dois aller prendre celle que j'ai déterminée vers Mlawa, Neidenburg et Soldau, et remplir les dispositions de Sa Majesté relativement aux quartiers d'hiver à prendre. Le même jour, Ney prie Berthier de donner une autre destination au général Gardanne, vu son peu de capacité et de zèle : « Le général Gardanne est ici absolument nul, et loin d'inspirer aucune confiance aux braves troupes qu'il commande. » En attendant que l'Empereur ait nommé un autre général de division, Ney prie Berthier d'autoriser le général de brigade Roguet à prendre le commandement de la 3® division.

Net.

Le 2S, de Mohrungen, Bernadotte écrit à Ney pour lui faire savoir que l'armée russe marche sur leur flanc gauche, et qu'il vient de culbuter son avant-garde, d'emporter toutes ses positions et de la poursuivre à plus d'une lieue. Le combat a été extrêmement sanglant, et il a eu besoin pour vaincre de toutes ses ressources.

ET PIKCES JUSTIFICATIVES 259

« Je désire, ajoute-t-il, que vous appuyiez les troupes d'Osterode qui s'avanceront un peu pour couvrir la communication de Mohrungen à Osterode, et pour contenir Fennemi, si je me retire sur Liebemlihl. »

Extraits d'une lettre de Ney à Berthier, de ffohenstein^

9 k&icres du soir, 25 Janvier,

Le mouvement que l'ennemi fait par Mohrungen

me paraît d'autant plus hardi qu'il ne pourrait être combiné qu'avec des forces majeures, car il s'écarte beaucoup de Preuss-Holland, que je considérais comme son point de jonction; peut-être aussi n'est-ce qu'un fort détachement de cavalerie qui flanque la principale colonne et qui s'est jetée sur Mohrungen au moment oii le prince de Ponte-Gorvo a pu être parvenu à y rassembler ses forces. Mes avant-postes de Grieslienen, route d'AUenstein, ont été légèrement attaqués ce soir; le poste s'est replié sans perte. Demain je m'attends à quelque chose de plus sérieux. Je suis en mesure de bien recevoir l'ennemi, et la troupe est disposée à le faire repentir d^ ses tentatives.

Cette même grand'garde du 10® chasseurs a entendu une canonnade, vers cinq heures du soir, sur la direction de Mohrungen... Demain matin, une reconnaissance sera dirigée entre Osterode et Allenstein pour savoir si l'ennemi ne menace point d'attaquer le point d'Osterwein pour prendre à revers Osterode... Je suis réellement dans les plus grandes alarmes sur le sort des troupes du prince de Ponte-Gorvo, je crains qu'il n'ait pas eu le temps de rassembler ses forces Quant au mien {à mon corps d'armée),

il n'est exposé à aucun désastre, et j'aurais peut-être pu faire quelque mouvement en faveur du \^^ corps d'armée, si je n'avais pas craint de laisser à découvert les communications avec le maréchal Soult, et aussi de contrarier l'ensemble des opérations de Sa Majesté.

Je considère Tentreprise de Fennemi au fond peu décisive, puisque ses principales forces consistent en cavalerie, et qu'on assure qu'il n'y a au plus, pour le moment, que 10,000 hommes d'infanterie; je ne sais pas pao* quel autre nombre ils peuvent être soutenus. S. M. est sans doute mieux informée que moi à cet égard; j'attends ses ordres.

Net.

Net a Bernadotte.

Hohenstein, 36 janyier, 7 heures soir.

Je reçois à l'instant votre lettre en date du 2b; je préviens le général d'Hautpoul d'étendre sa gauche et d'être prêt à marcher à votre secours sur Deutsch-Eylau ou Loebau, selon que les mouvements de l'ennemi se prononceront d'ici à quelques jours; je l'engage à communiquer avec Osterode, afin de correspondre directement avec V. A.

J'ai donné les ordres au 27^ régiment de ligne de partir aujourd'hui de Mulhen avec le général Roguet qui marche à sa tête, pour aller prendre poste à Osterode, avec ordre de retourner à sa première position aussitôt que votre mouvement rétrograde sur ce point commencera à s'effectuer.

J'ai prévenu jusqu'alors le maréchal Soult de tout ce qui s'est passé depuis la reprise des hostilités de la part des Russes; je vais lui faire part du dernier paragraphe de votre lettre, par lequel vous l'engagez à se mettre en mesure.

J'écris au général Dulanloy, commandant à Thorn, pour lui faire part de ce qui se passe, afin d'être en mesure d'évacuer tout ce qui est dans Thorn, soit sur la rive gauche de la Vistule, si cela est possible, ou de diriger sur Stock les bagages et objets inutiles à la suite de l'armée.

J^engage également le général Dulanloy à prévenir le général Dombrowski de prendre position à Bromberg, à moins d'ordres contraires de S. M., jusqu'à ce que nous exécutions Tensemble des mouvements que sûrement elle va ordonner.

Nby.

Berthier a Net.

Varsovie, 27 janvier.

J'ai communiqué vos lettres à l'Empereur, Monsieur le Maréchal. L'intention de S. M. est que vous secondiez le maréchal Bemadotte dans toutes ses opérations, que vous teniez le plus possible votre corps d'armée réuni. L'Empereur vient d'ordonner la levée de tous les cantonnements, afin qu'on se tienne prêt à marcher au premier ordre. Le maréchal Augereau se portera vraisemblablement sur Mlawa; le maréchal Soult sur Willenberg; enfin. Monsieur le Maréchal, dans tous les cas imprévus, vous devez porter vos vues sur Thorn.

Berthier.

Berthier a Nby.

4 heures de Taprès-dlnée.

L'armée ne peut point être réunie avant trois ou quatre jours, mais, en attendant, voici l'esprit dans lequel vos mouvements doivent être dirigés.

Si le prince de Ponte-Gorvo se réunit à Osterode, et que dès lors il soit en mesure de s'y maintenir, ou qu'il soit obligé de se retirer sur Thorn pour couvrir cette place, vous devez alors le laisser faire, et vous, avec votre corps d'armée, appuieriez et flanqueriez le maréchal Soult, de

manière que le corps de ce maréchal, le vôtre et celui du maréchal Augereau ne formassent qu'un seul corps ; mais vous maintiendriez cependant votre communication par votre gauche avec le maréchal Bernadette, s'il avait quitté Osterode ou qu'il se fût retiré sur Thom.

Si, au contraire, vous êtes fondé à penser que le maréchal Bernadette ne puisse pas arriver avant l'ennemi à Thorn, vous aurez soin de couvrit cette place et de manœuvrer en conséquence. L'Empereur ne veut reprendre les quartiers d'hiver que quand il aura anéanti l'ennemi.

Si le maréchal Bernadette se maintient à Osterode, il faut par vos mouvements favoriser sa position.

Bbrthibr.

Ne Y A Berthikr.

27 janvier, 1 1 heures du matin.

Le 270 de ligne a changé de direction, il s'établira à Wittigwalde; j'invite le général Maison à faire éclairer ce poste intermédiaire par les dragons du général Sahuc ; par cette disposition, je suis parfaitement lié avec la droite du prince de Ponte-Cor vo à Osterode.

J'ai deux régiments d'infanterie et deux régiments de dragons en réserve à Muhlen.

J'occupe Soldau avec un régiment d'infanterie, et Neidenburg avec deux régiments d'infanterie et deux de dragons.

J'ai ici, à Hohenstein, les deux régiments de cavalerie du général Colbert, deux régiments d'infanterie et ime compagnie d'artillerie légère ; je suis en mesure d'être réuni en moins d'un jour, partout où l'ennemi se présenterait en force.

Nous vivons avec beaucoup de ,'peine, tant parce que ^ennemi nous resserre et rep4 les communications difficiles.

que parce que mes échelons sont réunis en masse ; cependant M. le maréchal Soult a des prétentions sur Mlawa; mon ordonnateur s'est donné toutes les peines possibles pour y former un magasin de vivres et une fabrication de pain, et la 10® légère est venue s'établir dans cette ville pour enlever le peu de ressources que nous y avions, et qui étaient destinées à mes troupes qui ont soufiTert et souffrent encore un froid rigoureux avec une grande patience, et même aussi bien que les Russes. Veuillez, Monseigneur, donner des ordres pour que ce point me reste.

Ney.

Ne Y A Berthibr.

Hohenstein, 28 janvier, 4 heures du matin.

Il le prévient que puisque Bernadette va faire un mouvement rétrograde, il en fera autant pour être en mesure de combattre en masse. La cavalerie légère du général Colbert sera à Phyman et environs.

L'ennemi continue à déborder la gauche du prince de Ponte-Corvo ; plût au ciel que les Russes fussent là soixante mille : pas un seul ne reverrait sa patrie, si Sa Majesté marche à eux avec toutes ses forces.

Ney.

Maison a Ney.

29 janvier, quartier général de Loebau.

Il l'avertit que le l®"^ corps est fqrten^ei^t attaqué^ e^ parle de l'éventualité d'une r^t;raite.

Nby a Berthier.

30 janvier, 2 heures du matin.

Il lui envoie copie d'une lettre du 29, écrite par Bernadette, de Loebau. « Je le prie, ajoute-^il, d'inviter son chef d'état-major à ne plus faire, sans motif réel, de rapports aussi inquiétants que celui que j'ai reçu hier. J'attends que mes troupes soient concentrées sur Gilgenburg, pour lier ma gauche avec la droite de S. A., en envoyant à cet effet, ainsi qu'elle m'en témoigne le désir, quelques

troupes sur Prontnica.

« Nby. »

Ney a Berthier.

Gilgenburg, 31 janvier 1807, à 10 heures du matin.

Je reçois à l'instant la lettre que Votre Altesse m'a fait l'honneur de m'écrire de Varsovie le 28, et par laquelle vous m'ordonnez de concentrer mon corps d'armée sur Hohenstein, dans l'hypothèse où le prince de Ponte- Corvo aurait pu se maintenir à Osterode.

Les événements qui ont eu lieu depuis cette époque et dont je vous ai rendu compte m'ont obligé, pour ne pas laisser écraser le l®*" corps, d'appuyer lentement vers sa droite, afin de diviser les forces de l'ennemi; c'est ce qui m'a fait appuyer de Hohenstein sur Muhlen et de cette dernière position sur Gilgenburg.

Aujourd'hui le prince de Ponte-Gorvo se relire sur Neumarckt pour éviter, dans une mauvaise position et contre des forces très supérieures, une affaire générale, dont le résultat quel qu'il fût ne pouvait être que contraire au but des dispositions ordonnées par l'Empereur, et compromettrait évidemment la sûreté de Thorn.

Je resterai ici pour y attendre les ordres que vous m'expédierez, en réponse à ma lettre d'hier soir.

Je joins ici copie de deux lettres que m'écrit le prince de Ponte-Corvo : la première datée du 30, et la deuxième sans date: il m'assure qu'un corps de 8 à 10,000 hommes se dirige sur Mlawa par ses derrières. J'aurais regardé cela comme une erreur de copie, si un P. -S. de la main même du prince ne semblait pas confirmer cette nouvelle qui ne peut avoir de fondement, et qui ne mérite, je crois, aucune attention.

P. -S. — Un bataillon du 6® que j'avais porté cette nuit à Elgenau a dirigé des patrouilles sur Klein-Nappem, sans avoir aperçu l'ennemi ni aucune trace de sa marche. Les gens du pays assurent qu'il marche sur Deutch-Eylau et Loebau. Les patrouilles du général Colbert n'ont également rien trouvé aux environs de Tanlensée, Marwalde, Mertensdorff, Frogenau et Tannenburg. Cependant les Cosaques se montrent toujours à Muhlen et à Hohenstein.

Nby a Bbrthier.

Gilgenburg, 31 janvier, 11 heures du soir.

Il paraît que le mouvement rétrograde du prince de Ponte-Corvo sur Neumarckt a augmenté la sécurité de l'ennemi et l'a engagé à s'avancer encore davantage: des Cosaques, avec plusieurs escadrons de hussards et de uhlans, ont des postes à Loebau.

Les reconnaissances de cette après-midi ont trouvé Tennemi à Muhlen, où il avait de l'infanterie : elles l'ont aussi rencontré à la hauteur de Frogenau et à celle de Marwalde, route d'Osterode.

Il n'est pas probable que le prince de Ponte-Corvo soit

poursuivi davantage, et je ne crois pas non plus que Tennemi fasse la faute de venir m'attaquer ici.

Ney.

A la même date et à la même heure, Ney écrit à Berthier :

J'ai reçu la lettre que Votre Altesse m'a fait l'honneur de m'écrire de Prasznic le 30. Gomme vous ne me prescrivez pas de me rassembler ici ou sur tout autre point, avant d'avoir reçu l'ordre de mouvement que j'attends pour le jer février, j'ai cru devoir ne rien changer à l'emplacement des troupes que j'ai à Neidendurg et à Soldau, qui, comme j'ai déjà eu l'honneur de vous en rendre compte, ont l'ordre d'arriver ici aussitôt que la tête des colonnes du maréchal Augereau sera à Neidenburg. Si ma première marche est, comme je le crois, pour Hohenstein, ces troupes me rejoindront à Muhlen, point par lequel je devrai passer.

Bernadotte a Ney.

Loebau, 31 janvier 1807.

Je reçois à trois heures du matin, mon cher Maréchal, votre lettre du 30 janvier. Le changement subit et inattendu de vos dispositions me force à changer aussi les miennes et à me retirer sur Neumarckt. J'étais resté ici, comptant entièrement que nous serions ensemble, et dès aujourd'hui peut-être, d'après les mouvements de l'ennemi, qui ne peut manquer d'être instruit de la marche de toute notre armée, j'aurais pu me porter sur Osterode. Mais puisque vou^vou^ retirejs de votre côté, il est clair que je

ET PIÈCES JUSTIFICATIV 267

ne puis plus tenir la position de Loebau ni suivre notre

premier projet. Au reste, il me semble que vous n'êtes

point dans le sens des intentions de l'Empereur, puisque

le major général me marque que vous deviez vous rendre

aujourd'hui à Hohenstein.

Agréez, mon cher Maréchal, Tassurance de mon sincère

attachement.

Bernadotte.

Ney a Berthibr.

Gilgenburg, 1«' février 1807, à 10 heures du matin.

Je reçois à l'instant la lettre que Votre Altesse m'a fait l'honneur de m'écrire hier à six heures du soir, pour me faire connaître le mouvement général de l'armée. Conformément à ces dispositions, une brigade d'infanterie partant de Neidenburg aujourd'hui, ira prendre position à Seleesin et demain à Hohenstein, où. tout mon corps d'armée pourra être réuni en masse vers quatre heures de l'après-midi. Je pousserai une division le plus en avant possible sur AUenstein. J'aurai mon quartier général demain à Hohenstein.

L'ennemi continue d'observer tous les débouchés d'Osterode et de Muhlen ; aujourd'hui on l'éloignera de Frogenau où il a pris poste.

Les rapports particuliers annoncent que les forces ennemies se trouvent toujours disséminées à Osterode, Libemuhl, Saalfeld, Freystadt et Deutch-Eylau.

Ney.

AUGEREAU A BbRTHIER.

Neidenburg, W février 1807.

îifonseigneur, à l'instant je reçois votre ordre de départ. J'ai été surpps 4^ vpir dans votre lettre (jue l'Empereur

était inquiet de moi. Je sais soldat et je ne sais qu'obéir ; mais je représenterai à Votre Altesse que le 7® corps a fait vingt-cinq lieues en deux jours, c'est-à-dire que la troupe a été rendue, comme vous l'aviez ordonné, le 3 janvier* au soir à Janowa, non pas en corps d'armée, mais par têtes de colonnes sans profondeur.

Le 7« corps d'armée partira demain : il ne fera pas douze lieues, cela est impossible ; quant à moi, j'espère arriver demain à Linderwalde.

Je ne vous parlerai, Monseigneur, ni des hommes qui sont morts en route, ni des malades que je suis obligé de laisser en arrière, ce serait trop pénible; mais je vous dirai, Monseigneur, que des farines devaient être livrées à Modlin pour la subsistance du 7® corps. L'ordonnateur en chef y a envoyé un commissaire des guerres avec des voitures pour prendre ces farines. Eh bien I Monseigneur, le croirez-vous ? il n'en a pas trouvé une livre, et il est revenu sans rien apporter.

Je ne vous parlerai pas non plus de la manière dont les troupes existent. Malgré tous ces obstacles, les ordres de l'Empereur seront remplis ; il est cependant pénible pour un ancien militaire qui ne connaît que ses devoirs, qui sait servir et faire servir, d'éprouver des désagréments pour bien servir.

Si vous n'avez pas été instruit de mon arrivée aussitôt que vous le désiriez, c'est que le quartier général de Votre Altesse a changé. J'ai eu l'honneur de vous envoyer un officier de mon état-major pour vous en informer ; j'ai remis une deuxième lettre à un adjoint à votre état-major: peut-être l'un ou l'autre a-t-il été pris par les Cosaques.

A la même date, Augereau, ayant appris que le quartier général était à Willenberg, écrit à Berthier:

Les corps des maréchaux Bernadotle et Ney ont rétrogradé. Ce inatin, un parti de Cosaques a surpris et enlevé

(1) Sic. 3 janvier, sans doute pour 30 janvier? ou 31?

un poste de vingt hommes placé en avant et à très peu de distance de Neidenburg. Ce poste appartenait au corps d'armée du maréchal Ney, qui n'était pas relevé et qui devait partir ce matin.

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