‹ Le général Auguste Colbert,Chapitre 120 sur 150 · AUGEREAU · texte numérisé non relu

AUGEREAU

Bernadottb a l'Empereur.

Strasburg, 1« février 1807.

Il lui expose ce qu'il a fait depuis le 30. Il ajoute que les ordres que lui a communiqués le major général fixent à Osterode son point de réunion à la ligne de la grande armée, mais dans l'hypothèse où l'ennemi n'aurait encore rien tenté contre son corps d'armée ; que, dans le cas contraire, il doit avant tout s'attacher à couvrir Thorn, et attirer même l'ennemi par une marche rétrograde sur ce point.

D'après ces instructions et les rapports qui m'annonçaient qu'effectivement l'ennemi manœuvrait et cherchait à déborder mon flanc gauche, je n'ai point balancé à lever mon camp de Loebau, et j'ai marché par Neumarckt sur Strasburg, où. toutes mes troupes seront rendues aujourd'hui à midi. Mon arrière-garde a été suivie et harcelée par les Cosaques jusqu'à Neumarckt. Le 2« régiment de hussards les a chargés, il en a sabré un grand nombre et fait une douzaine de prisonniers.

Si j'apprends que le point de Thorn soit toujours menacé, je marcherai sur le flanc de l'ennemi, et je communiquerai avec les troupes dont M. le maréchal Lefebvre pourra disposer pour défendre Thorn, livrer bataille à l'ennemi s'il se présentait en force, et rejoindre ensuite mon poste à la gauche de la grande armée.

Bernadottb.

Le 5 février, le maréchal Ney écrit le billet suivant au crayon :

Les Prussiens débouchent sur moi par Hermenau, route de Mohrungen; ils tirent déjà le canon à la droite de Truckeinen. Liebstadt n'a jusqu'alors que quelques pelotons de cavalerie, et l'ennemi renonce sur cette direction : il menace Deppen et Waltersdorf. La fusillade est forte, je marche aux ennemis par Wuchsnick et Waltersdorf.

Le général Lasalle continue sa route sur Liebstadt et de là sur Schwendt ; je l'ai engagé à rester avec moi, je ne sais s'il le fera.

Hauteurs de Wuchsnick, le 5 février 1807^ 1 heure.

Ney.

Murât a l'Empereur.

Freymarcktjle 5 février 1807, à 8 heures du soir.

Sire, Votre Majesté ne s'était pas trompée en me disant que l'ennemi s'était retiré sur la route d'Heilsberg, car, arrivé à Open, il a fait un crochet sur Freymarckt jusqu'au milieu de la forêt, où, apprenant sans doute l'arrivée du maréchal Soult à Freymarckt, il a gagné une route qui a l'air de conduire à Karchaunen où il paraît être bivaqué. A l'entrée du bois, entre Open et Freymarckt, voyant qu'à cause de la nuit il me serait impossible de déboucher sur Freymarckt sans l'infanterie, et qu'à Freymarckt ma cavalerie ne pourrait point manger, je me suis décidé à suivre de ma personne le général Levai à Freymarckt et à laisser les divisions Klein et Milhaud avec le général Golbert à Open, et à envoyer à Benern la division d'Hautpoul, où elle sera très mal. Le général Golbert a ordare de faire reconnaître Wormditt et Mickau.

Toute la cavalerie se mettra en marche dès six heures du

ET PlECi:S JUSTIFICATIVES 271

matin pour se diriger sur Freymarkctet Heilsberg, quoique je sois persuadé que ce que j'avais ce soir devant moi se relire sur Landsberg, à moins que Votre Majesté ne me donne un ordre contraire. Dans tous les cas, je prie Votre Majesté de m' envoyer ses ordres de bonne heure, ayant ma cavalerie un peu loin.

MURAT

Nev au Ministre de la Guerre.

Liebstadt, le 5 février, 11 heures du soir.

J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Altesse que, d'après les ordres que m'a donnés S. M., j'ai ce matin dirigé la marche de mon corps d'armée sur Liebstadt.

La tête de ma colonne touchait à peine Wuchsnick, que l'avant-garde de la division prussienne du lieutenant général de l'Estocq attaquait Waltersdorf. J'ordonnai aussitôt à ma première division de former quatre colonnes pour se diriger entre Truckeinen et Hertzogswalde. La deuxième se forma en bataille à la droite de Waltersdorf pour y attirer l'ennemi, et permettre à ma droite de déborder sa gauche et de le couper de Liebstadt.

Le général Lasalle, que j'avais trouvé le matin à Waltersdorf, a bien voulu couvrir ma droite et tenir la cavalerie ennemie en échec, tandis que je prenais l'offensive.

L'attaque de mon infanterie a été vigoureuse, l'ennemi a été culbuté de toutes les positions, au pas de charge, jusqu'à Alt-Reichau. Là, j'ai fait serrer la brigade de dragons, composée des 20* et 26* régiments de la division du général Klein. L'ennemi, voulant faire un dernier efiPort pour couvrir sa retraite, avait fait avancer quelques bataillons de grenadiers et d'infanterie, et présentait au combat une force de o à 6,000 hommes d'infanterie et 2,000 de cavalerie.

J'ordonnai de marcher à l'ennemi en débordant sa gau-

che. Les dragons chargèrent, après qu'une vive fusillade eût ébranlé Tennemi, et tout ce corps fut mis dans une déroute complète.

Le général Roguet poursuivit seul avec sa brigade les débris de l'ennemi ; le reste de mon corps d'armée changea de direction à droite, à Alt-Reichau, pour se diriger sur Liebstadt. Je laissai à Alt-Reichau le 50* régiment pour garder les prisonniers.

Le général Roguet a ordre de poursuivre vivement Tennemi jusqu'à Mohrungen, de se reposer quelques heures et de me joindre sur Liebstadt, par Hermenau et Wockallen.

Le général Marchand, en arrivant à Liebstadt, y trouva quelques escadrons prussiens et quelques fuyards russes et prussiens ; ils firent une faible résistance et se sauvèrent sur Wormditt, en nous abandonnant une pièce de canon, des caissons et beaucoup de prisonniers, dont un lieutenant-colonel russe et plusieurs autres officiers.

Nous avons pris à l'ennemi, en arrière d' Alt-Reichau, environ 4 mille hommes, dont un général major et plusieurs officiers supérieurs, un drapeau , deux pièces de canon, beaucoup de caissons et une grande quantité de bagages.

Je ne pense pas que l'ennemi ait pu sauver une seule pièce d'artillerie des douze dont il faisait feu pendant l'action, ni un seul homme de son infanterie, car tout a été dispersé dans les bois.

J'attends à cet égard un rapport du général Roguet. Nous avons délivré ici beaucoup de nos prisonniers : infanterie, dragons, hussards et chasseurs.

Pendant que je me battais à Alt-Reichau , environ 1,S00 hommes de cavalerie prussienne sont venus attaquer le général Lasalle, qui les contint avec sa valeur ordinaire, et les obligea même à se replier.

La cavalerie de la division occupe ce soir Alt-Reichau et Hertzogswalde.

Le lieutenant général TEstocq voulait venir aujourd'hui

à Liebstadt, et de là se diriger sur Arensdorf pour se joindre aux Russes ; mais il paraît que la cavalerie prussienne qui devait suivre son mouvement s'est repliée sur Preusch- HoUand, point que le reste du corps du général TEstocq prendra probablement.

Les Russes disent qu'ils ne veulent pas accepter la bataille et qu'ils ont sacrifié les Prussiens, dans l'espérance de nous arrêter quelques jours (1).

Ney.

Ne Y A Bbrthier.

Liebstadt, 8 février 1807, à 1 heure après-midi.

La troupe étant extrêmement fatiguée de la journée d'hier, je l'ai laissée reposer jusqu'à dix heures du matin, qu'elle s'est mise en mouvement dans l'ordre suivant :

La division Marchand se dirige sur Wormditt, où elle ne doit pas tarder à arriver : elle est suivie par deux bricrades de cavalerie du srénéral Lasalle.

La seconde brigade de la division Gardanne part à l'instant pour serrer sur la première division ; elle est remplacée ici par la 1^^ brigade de cette division qui arrive de Guldenbaden près Mohrungen, point sur lequel elle a constamment poursuivi l'ennemi jusqu'à onze heures du soir, en ramassant beaucoup de prisonniers dont elle ramène une bonne colonne.

Les 20« et 26" régiments de dragons ont couvert la marche de cette brigade.

L'ennemi paraît avoir évacué pendant la nuit même Mohrungen, pour se diriger sur Preusch-Holland ; le général Lasalle éclairera cette partie.

L'ennemi n'a pas suivi la brigade du général Roguet, et

(1) A cette pièce est jointe la liste de trente-huit officiers prisonniers, avec leurs signatures

nous n'avons aucune nouvelle de la marche du prince de Ponte-Gorvo.

La brigade du général Roguet ainsi que les dragons resteront à Liebstadt jusqu'à demain matin, qu'ils se dirigeront sur Wormditt, à moins d'événements extraordinaires, et dans ce cas, ils marcheront aujourd'hui même pour me rejoindre.

Par la position de mes troupes et la direction que je leur ai donnée, je dois, en cas de bataille contre les Russes, arriver en masse sur Freymarckt, et dans le cas contraire, sur Mehlsack, en débordant toujours la division prussienne du général TEstocq.

Nous rencontrerons probablement quelque cavalerie de cette division aux environs de Wormditt, mais [nous y ferons peu d'attention.

Je pars à l'instant pour Wormditt, où j'attendrai les ordres de Votre Altesse.

J'ai réuni tous les prisonniers prussiens et russes pour les diriger sur Guttstadt et de là à Thorn, conformément aux ordres de Votre Altesse.

Ney.

Le général Golbërt au maréchal Ney,

Open, 6 février 1807, 5 heures du matin.

Monseigneur,

J'ai l'honneur de vous rendre compte qu'une reconnaissance poussée sur Wormditt rapporte que l'ennemi a évacué cette ville ; un train d'artillerie y est passé dans la journée d'hier, ainsi que plusieurs détachements d'infanterie de différentes forces et des voitures d'équipage; d'autres bagages devaient encore passer sous l'escorte d'un régiment de grenadiers. Tout ce qui est passé à Wormditt vient de Liebstadt et se dirige sur Heilsberg, par où la retraite semble s'effectuer.

J'ai rhonneur d'être avec respect votre très obéissant serviteur,

A. GOLBKRT.

MURAT A l'ExMPEREUR.

Freymarckt, le 6 février 1807.

Sire,

La cavalerie de Votre Majesté a mérité aujourd'hui les éloges que vous lui avez si souvent prodigués : Votre Majesté a vu avec quelle aadace elle a débouché et avec quelle bravoure elle est revenue à la charge. Les dragons ont chargé après le général Golbert, ils ont culbuté toute la cavalerie qu'ils avaient en face, et étaient parvenus à s'emparer de quatre pièces de canon, mais, arrêtés par le feu de trois régiments d'infanterie, ils ont dû céder et ont été ramenés par la cavalerie ennemie. Mais j'étais déjà en avant du défilé avec la division d'Hautpoul. Le l'^'^ régiment de cuirassiers a chargé à son tour, mais, arrivé sous le feu de l'infanterie et chargé par une cavalerie bien supérieure, il a été ramené avec la brigade de la division Klein qui avait chargé avec lui. Alors je me suis porté vigoureusement en avant avec toute la division d'HaulpouL Ce moment a été décisif; un cri général s'est fait entendre : Vive l'Empereur! rallions-nous au prince! Une charge générale a eu lieu, tout a été culbuté, cavalerie, infanterie et canon.

Le village a été enlevé. Cependant le général Legrand marchait à notre gauche avec un régiment d'infanterie, et est arrivé presque aussitôt que nous sur les hauteurs du village, et s'est porté en avant pour contenir l'infanterie qui marchait pour le reprendre. Les éclaireurs de gauche sont parvenus à s'emparer d'une batterie de quatre pièces de canon, mais l'ennemi a formé ses colonnes d'attaque contre le régiment qui était en avant du village. Déjà il

i76 NOTES

était vigoureusement repoussé, lorsque j'ai ordonné au général d'Hautpoul de déboucher par le village sur les derrières de cette infanterie. Jamais mouvement n'a été fait plus à propos et avec plus de bravoure : les cuirassiers ont abordé cette infanterie, ont pénétré dans les carrés, et au moins 12 à lo,000 Russes sont restés morts ou blessés sur le champ de bataille ; le reste a été fait prisonnier, les canons ont été repris. Alors toute la cavalerie ennemie, soutenue par de l'infanterie, a chargé le régiment de cuirassiers; il a soutenu et repoussé la charge de la cavalerie ennemie ; ce n'est que lorsque l'infanterie s'est portée en avant avec toute la cavalerie qu'il a dû faire sa retraite. Il s'est replié dans le plus grand ordre sur notre infanterie, qui a reçu cette cavalerie par un feu si bien soutenu, qu'elle a pris la fuite, après avoir perdu beaucoup de monde. L'ennemi de nouveau est resté maître des quatre pièces de canon, qui ont été enfin reprises par l'infanterie, qui s'est très bien conduite dans toute l'affaire.

Sire, je dois les plus grands éloges aux généraux Belliard, d'Hautpoul, Klein, Saint-Sulpice, Pinard et Golbert, et à mon aide de camp de Piéton, qui est arrivé un des premiers sur la batterie avec les cuirassiers. Enfin, Sire, tout le monde a fait son devoir. Je désire que Votre Majesté ait été satisfaite de sa cavalerie, dont le moral est plus fort que jamais.

Le résultat de cette journée a été la prise de 9 pièces d'artillerie, 4 drapeaux, 7 à 800 prisonniers, et 12 à ;l,bOO morts sur le champ de bataille.

Nous avons à regretter de notre côté le colonel Lebaron , du 6° régiment de dragons, et quelques officiers.

Mur AT.

Ney a Bbrthibr.

Wormditten, 7 février, 4 heures i /2 du matin.

Monseigneur,

Je reçois à Tinstant la lettre que vous m'avez fait Fhonneur de m'écrire hier à six heures du soir. Je donne les ordres les plus pressants pour que mon corps d'armée se mette en marche sur-le-champ pour Sienken, en passant par Migehnen, Lichtenau, Drewenz, Stabunken et Gros^ Glandau. Si j'entends un engagement considérable vers Landsberg, je ferai tous mes efforts pour arriver assez tôt pour y prendre part, et je m'occuperai sans cesse de trouver, s'il est possible, une direction encore plus courte.

Nby a Bbrthibr.

Au quartier général à Landsberg, le 7 février 1807, 6 heures du soir.

J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Altesse que le corps d'armée s'est mis en marche à cinq heures du matin des positions qu'il occupait à Wormditten et Liebstadt pour se diriger sur Landsberg : les colonnes n'y arriveront que tard. Cependant la divison du général Marchand occupera ce soir Alchen et Eichen, route de Kreutzbourg, où s'établira aussi la cavalerie légère du général Lasalle.

La division du général Geu'danne, ainsi que la brigade de dragons commandée par le colonel Delorme, prendront position en avant de Landsberg, à l'embranchement de la route de Mehlsac, direction de Kreutzbourg.

A moins d'ordres contraires de Votre Altesse, la troupe se mettra en marche demain à 6 heures précises du matin, pour se diriger sur Kreutzbourg.

L'ennemi occupait ce matin Mehlsac par quelques escadrons de cavalerie, de Tinfanterie et du canon. Nos détachements de flanc ont pénétré jusqu'à la portée du canon, et ont ramené des prisonniers et plusieurs voitures de bagages.

Le reste de la division prussienne du lieutenant général Lestocq a pris la direction d'Heiligenbeil par Preuss-Holland.

Hier, dans la matinée, une colonne considérable d'artillerie et de bagages, escortée de quelques bataillons et escadrons russes et prussiens, a défilé par Wormditten sur Mehlsac, se dirigeant sur Heiligenbeil. Cette colonne devait se retirer par Landsberg, mais Taffaire qui a eu lieu à Sienken aura probablement fait opérer ce changement.

Ne Y.

Billet au crayon du maréchal Ney à Berthier.

Av, Ministre de la Guerre,

Althof, le 8 février 1807.

J'ai poussé cet après-midi le corps du général prussien TEstocq jusqu'à Schmoditten, où l'ennemi a pris position, et où il paraît avoir fait sa jonction avec les Russes.

La première brigade de la division Marchand occupe Schloditten, mais n'y restera que jusqu'à deux heures du matin, si l'ennemi reste en présence.

La 2® brigade de cette division reste en avant d' Althof.

La 2^ brigade du général Gardanne est placée en arrière de ce village.

La première brigade est restée à Pompicken. où l'ennemi avait laissé un corps de flanquement assez considérable d'infanterie, de cavalerie et du canon. Cette brigade rejoindra cette nuit et s'établira à Draugsitten.

La cavalerie légère du général Lassalle ainsi que la bri-

gade de dragons, en arrière d'Althof, où je resterai égale* ment.

Nous avons pris deux pièces de canon à Tennemi et fait quelques prisonniers.

J'attends les ordres de Votre Altesse sur la position que je devrais occuper demain, en cas de bataille contre les Russes.

Lb MAKécHAL Net.

L^ brigade Roguet rentre à cet instant. '

Billet au crayon de Dutaillis à Soult,

Âlthof, le 9 février 1807, 2 heures du matin. Monsieur le Meiréchal,

J'ai rhoniieur de vous prévenir que la brigade du général Belair a occupé Schloditten ce soir à sept heures, ainsi que j'ai eu Thonneur de vous le dire.

Vers dix heures, il y a été attaqué par les Russes ; l'ennemi a été culbuté et a perdu 5 ou 600 hommes tués : il s'est retiré.

Le maréchal Ney, qui voulait faire évacuer ce village vers deux heures du matin, a jugé à propos de l'évacuer dès ce soir. L'ennemi n'y est pas rentré jusqu'à ce moment.

Respects,

Dutaillis.

Soult a Berthier.

Le 9 février 1807, à 8 heures du matin.

J'ai l'honneur d'adresser à Votre Altesse un billet que M. le général Dutaillis m'a écrit aussitôt son arrivée

à Althof ; je la prie de vouloir bien le mettre de suite sous les yeux de S. M.

L'ennemi a sans doute réoccupé le village de Schloditten, que M. le maréchal Ney avait pris ; mais on remarque dans sa ligne qu'il y a probablement une diminution considérable, car il n'y a presque pas de feux dans la position qu'il occupe. Tout est, du reste, fort tranquille.

SOULT

Page 1