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SUR LE CHAPITRE XXVIII

Net a Berthibr.

Au quartier général, à Romitten, le 10 février 1807.

J'ai rhonneur de rendre compte à Votre Altesse que les troupes du 6° corps d'armée sont réparties dans les positions suivantes :

Le général Golbert, avec sa brigade de cavalerie légère, le 2® bataillon du 6® régiment d'infanterie légère et deux pièces d'artillerie occupe Porschkam et Pompicken, route de Landsberg à Kreutzbourg, et il viendra prendre la tête du corps d'armée à la hauteur de Scbrombehnen, aussitôt que les troupes du prince de Ponte-Corvo l'auront relevé, ou lorsque l'armée marchera sur Wittenberg.

Le premier régiment de la division Marchand occupe Vierzighuben, Lewitten et Weterckeim.

La deuxième brigade de cette division : Muhlhausen, Schultitten et Schrombehnen.

La première brigade du général Gardanne à Knauten et Romitten; la deuxième brigade, Kniepittenet Fossehnen.

Le lieu du rassemblement général de l'armée est en arrière de Muhlhausen. à l'embranchement des routes d'Eylau et de Domnau.

Net.

Ne Y A Bbrthibr.

Romitten, le 11 février 1807.

S. A. R. le grand-duc de Berg m'a envoyé hier soir un de ses aides de camp pour m'inviter de mettre de Tinfanterie à sa disposition, afin de s'emparer de Wittenberg. J'ai fait observer à S. A. que le passage de la Frisching qu'il venait d'effectuer avec toute sa cavalerie, à l'exception des cuirassiers restés à Muhlhausen, me paraissait contraire aux instructions de Votre Altesse et aux intentions de S. M. Cependant, pour ne pas compromettre le grand-duc, j'ai fait partir de suite le 69® régiment pour s'établir au pont de Gros-Lauth, et protéger au besoin sa cavalerie.

J'ai envoyé avant le jour un de mes aides de camp au delà de la Frisching, pour connaître la position du corps de cavalerie de S. A. le grand-duc et le lieu de son quartier général.

Le général Golbert me rend compte qu'il n'a pu occuper Kreutzbourg par un simple corps d'observation, ainsi que le portaient mes instructions d'hier, parce que de fortes reconnaissances de hussards et de Cosaques entrent et sortent sans cesse par cette ville pour patrouiller; que des partis ennemis sont venus jusqu'à Porschkam attaquer ses avant-postes et enlever quelques hommes isolés qui cher chaient des vivres dans la campagne. Le général Colbert n'a encore aucune nouvelle de S. A. le prince de Ponte-

Corvo.

Le Maréchal Ne y.

Murât a l'Empereur.

Gros-Lauth, le 12 février.

Je descends de cheval, après avoir visité mes avantpostes ; l'ennemi n'avait fait qu'une simpje démonstration

sur tous les points, mads sur tous les points il nous a trouvés disposés à nous défendre, et est resté dans ses positions.

Je me suis porté de ma personne à nos vedettes, éloignées de cinquante ou de cent pas tout au plus de Fennemi, afin de mieux m'assurer si Ludwigswalde est occupé peir les mêmes troupes ; j'ai été fort surpris de les voir si près les uns des autres sans se fusiller, et en ayant demandé la raison,. le maréchal des logis qui commande les premiers piquets m'a répondu : « Il n'y a qu'un instant, les Cosaques nous ont fait signe d'approcher, ayant rejeté leurs lances en arrière; nous avons été à eux, ils nous ont offert de Teau-de-vie, nous avons bu ensemble comme les meilleurs amis du monde ; ils nous ont dit en nous serrant la main : Braves CosaqueSy braves Franches^ et nous sommes depuis ce temps comme vous nous trouvez, fort tranquilles. »

Gomme j'étais là, est arrivé un officier du 16* régiment de chasseurs à cheval avec un trompette, pour aller remettre aux avant-postes une lettre et de l'argent pour un de leurs officiers ; l'officier ennemi s'est avancé, a très bien reçu l'officier, a pris la main du trompette, la lui a serrée en lui disant : <f Braves Franches, » Ce matin, le général qui commande les avant-postes a embrassé mon aide de camp Lagrange.

Je suis d'opinion que l'ennemi ne tiendra pas devant Kœnigsberg, et je l'en crois déjà parti. J'ai pris ce soir les honnêtetés des Cosaques et celles de leurs uhlans et hussards pour des adieux : je parierais que je ne me trompe pas.

MURAT

Le 13, Murât écrit à l'Empereur qu'il sait maintenant que toute l'armée ennemie est concentrée sous la ville de Kœnigs^ |)erg, et (j|ue f'pnn^i^i yeutdécid^meiittQttrn^rles positions

du général Guyot. « Tout le mondeest à cheval. Dans aucun cas, rennemi ne parviendra à nous tourner. »

Et en terminant : « J'avoue que je me suis grandement trompé, je croyais Tennemi en retraite. »

MURAT

MiLHAUD A MURATt

Weissenstein, 14 février.

Monseigneur,

J'ai eu l'honneur de vous rendre compte ce matin que nos avant-postes avaient été attaqués cette nuit à deux heures. Nous avons repoussé tout ce qui s'est présenté, et avons pris quelques chevaux. A cinq heures, je me suis mis en meirche pour faire, suivant vos ordres, la reconnaissance de Borchersdorf. J'avais chargé la seconde brigade commandée parle colonel G... (illisible) de cette reconnaissance, et je le soutenais avec les deux autres brigades. Nous avons chassé de Borchersdorf dix escadrons de hussards ou Cosaques. Je n'ai pas voulu laisser pénétrer entre deux bois mes troupes; nous avions pris plus de vingt chevaux et hussards. J'avais fait prévenir de ma reconnaissance le général Bruyère. Lorsque j'ai ordonné aux brigades de rentrer par échelons, après avoir bien examiné la position de l'ennemi, la retraite fut d'abord opérée avec le plus grand ordre, mais ce qui paraîtra incroyable et m'indigne et m'afflige, c'est qu'une misérable charge de 200 Cosaques et de deux escadrons de hussards, d'abord repoussés par mon aile droite, a fini par mettre le désordre dans deux escadrons. J'ai mené moi-même à la charge successivement deux ou trois régiments, nous avons tout enfoncé, et, au milieu du succès, une colonne sortie du village, forte de quatre escadrons de hussards, a remis le désordre dans nos rangs, et j'ai eu la douleur de voir mes trois lignes non pas culbutées, mais faisant demi-tour les unes après les autres I J'aurais voulu mourir dans la

mêlée, quatre grenadiers m'ont sauvé la vie ; mais je déclare, mon prince, que je ne veux pas commander à de pareilles troupes. Ce n'est pas le mal que l'ennemi nous a fait; ' malgré le désordre et Ja fuite des dragons, la division n'aura perdu qu'une quarantaine de chevaux; le colonel du 12*, aussi brave qu'intelligent, a été blessé; nous avons eu trois ou quatre of&ci6iB blessés et une cinquantaine de tués ou blessés.

Je n'ai pu rallier les dragons qu'à une lieue de Weissenstein, près d'Underwangen. Je suis rentré avec peine dans Weissenstein, d'oii j'ai chassé les Cosaques et quelques hussards.

MiLHAUD.

Nby a Bbrthibr.

Romitten, le ik février 1807.

Monseigneur,

Ce matin, la division de dragons du général Milhaud se retira très en désordre de Weissenstein où. elle avait été inquiétée. Le 3« de hussards s'étant porté en avant, les cinquante Cosaques qui avaient causé cette alarme se replièrent, et la division de dragons, après avoir eu beaucoup de peine à rallier ses fuyards, rentra dans ses cantonnements.

Mes deux régiments de cavalerie légère sont établis à Underwangen, communiquant avec les troupes qui sont en avant d'eux ou sur leurs flancs.

Le général Marchand me rend compte que les chevaux de son artillerie n'ont ni foin ni avoine, et qu'il est impo^* sible de s'en procurer aux environs. Il est à désirer que cet état de choses cesse promptement.

P.'S. — Quatre dragons du 21* régiment viennent d'arriver à l'instant et confirment que toute la division Milhaud est dans le plus grand désordre. J'ai fait arrêter ces alarmistes et les enverrai demain au quartier général Impérial.

Net.

Nby a Bbrthier.

Roroitten, 16 février 1807.

Monseigneur,

J'ai vu cet après-midi, àGrofr-Lauth, les dispositions générales que l'Empereur a arrêtées adjourd'hui pour le changement de position deTarmée. J'ai provisoirement expédié aux généraux Klein et Lasalle les ordres nécessaires pour que demain ils se rapprochent de Muhlhausen et couvrent l'infanterie.

A mon retour ici, j'ai expédié aux généraux des instructions particulières sur l'ensemble des opérations confiées à l'arrière-garde, et je n'ai rien négligé pour être certain que ces mouvements s'exécuteront avec fermeté, et que, si l'ennemi a l'audace de chercher à m'entourer, il trouvera une résistance capable de l'en faire repentir.

Je me tiendrai toujours à portée de voir la conduite des troupes et celle des officiers, et de donner les ordres que les circonstances pourraient nécessiter.

Je prendrai position le 17 sur le plateau en arrière d'Eylau, et communiquerai avec le prince de Ponte-Gorvo à Schlautienen, et, s'il est possible, avec le maréchal Davout.

L'ennemi n'a fait aucune démonstration sur mon front et sur ma droite, mais il paraît vouloir diriger quelques forces en cavalerie sur le flanc gauche du prince de Ponte-

Corvo.

Nby.

Nby a Bbrthibr.

Preusch-Eylau, 17 février 1807, 6 heures du soir. Monseigneur,

Toutes les troupes occupent en ce moment les positions prescrites, savoir :

La division du général Gardanne sur les hauteurs en arrière d'Eylau, près de Topprienenet Grunhofchen. Les dragons du général Klein, à l'exception d'un régiment établi à Serpallen, sont placés par échelons sur la route de Landsberg, jusqu'à la hauteur de Gallehnen.

La division du général Marchand occupe par sa première brigade la position à droite d'Eylau, route de Domnau, et par sa seconde la gauche de cette ville, près le moulin à vent, route de Kreutzbourg : les voltigeurs de cette division gardent Schmoditten et Schloditten.

La cavalerie légère du général Lasalle est placée en arrière d'Eylau, à l'exception des brigades des généraux Colbert et Guyot, qui, après avoir fermé la marche absolue de l'armée, occupent Gosercken, Althof, Leitken, Gros-Sausgarten, Kuttschitten et Lampasch.

L'ennemi n'a point suivi en forces mon mouvement ré^ trograde, parce que j'ai eu la précaution de faire passer avant minuit sur la rive gauche de la Frisching la cavalerie qui était sur la rive opposée, et de faire garder par l'infanterie les gués et ponts qui s'y trouvent. Il est à supposer que Tennemi craignait une embuscade, puisqu'il a suivi la cavalerie jusqu'à la Frisching sans l'inquiéter, et qu'il s'est retiré en toute hâte dès qu'il a aperçu l'infanterie.

Demain, à cinq heures du matin, les troupes seront sous les armes et se dirigeront sur Landsberg, en observant l'ordre de marche établi pour aujourd'hui.

L'aide de camp Bertrand partira demain au grand jour pour transmettre à l'Empereur les rapports qui me parviendront sur les mouvements de l'ennemi. Je ne crois pas, d'après ce qui s'est passé aujourd'hui, que nous soyons suivis. Le dégel a rendu la plaine impraticable pour la cavalerie, et les grandes routes sont également mauvaises. On peut présumer que le mouvement rétrograde s'opérera sans brûler une amorce.

Nby.

Nby a Bbrthibr.

Landsberg, 18 février 1807, à 5 heures de l'après-midi.

Monseigneur,

J*ai rhonneur de vous rendre compte que les troupes de mon corps d'armée qui étaient sous les armes avant six heures du matin, se sont mises en marche de Preusch-Eylau pour se diriger sur Landsberg, dans le même ordre que le jour précédent. Cependant, pour éviter le trop grand encombrement, Tennemi ne s'élant point présenté, la division de dragons du général Klein, rassemblée sur les hauteurs en arrière de Gallehnen, a ouvert la marche aussitôt que la ête de colonne de la division Gardanne est sortie de sa position de Grunhofchen.

La division de cavalerie légère du général Lasalle était pour la même raison réunie à Storchnest, et a suivi sur le flanc gauche de la di vison Gardanne.

Le général Marchand n'a pu se mettre en mouvement avant dix heures du matin. La marche était fermée par la brigade de cavalerie légère du général Golbert, qui occupait encore à midi Eylau et Schmoditten.

Les troupes étant extrêmement fatiguées par la difficulté des chemins cantonneront dès aujourd'hui ainsi qu'il suit : les dragons du général Klein à Drewenz et environs; la division de cavalerie légère du général Lasalle à Wotterlack, Paustern, Gross-Pehsten et Lichkorn.

La division d'infanterie du général Gzo'danne à Nost, Sienken et Gross-Glandau.

La division du général Marchand à Landsberg; la brigade de cavalerie légère du général Colbert et un bataillon de voltigeurs à Woymanns, Lichen, Worienen et Muggen.

Demain, l'armée se dirigera sur Freymarckt pour y cantonner. J'adresserai à Votre Altesse les dispositions que j'ai arrêtées à cet effet.

J'espère que nous retirerons nos canons et les caissons de munitions des chemins affreux d'Eylau à Landsberg.

Je pense que Thumanité exige qu'on laisse à Landsberg une partie des blessés retirés d'Eylau; les voitures sur lesquelles ils étaient chargés se sont 4}risées ou sont embourbées; plusieurs de ces malheureux sont morts en chemin, et c'est les condamner à une mort certaine que de les traiter de la sorte : on emportera tous ceux qui sont transportables.

Je laisserai demain im bataillon de voltigeurs et la brigade de cavalerie légère du général Guyot, qui relèvera le général Golbert, depuis Landsberg jusqu'à Burgerswalde, afin de protéger l'enlèvement de nos munitions et de nos blessés,

Quatre Cosaques sont venus aujourd'hui à midi à Eylau, escortant le général Bertrand. L'ennemi a sans doute voulu profiter de cette circonstance pour s'assurer de notre retraite ; cependant il n'a pu connaître l'évacuation d'Eylau, que nous occupions encore assez fortement à cette heure ; d'ailleurs il a été arrêté à Schloditten et renvoyé de suite sous escorte assez loin de là, vers Muhlhausen.

P,'S* — Un de mes aides de camp, de retour de Tarrièregarde, me fait le rapport que deux pelotons de Cosaques se sont présentés à Eylau vers trois heures de l'après-midi, sans faire le coup de pistolet; ils n'ont pas même suivi la marche rétrograde de nos troupes. On a entendu une légère fusillade vers Orschen et Eychen, route que lient le prince dePonte-Gorvo. Je viens d'y envoyer un de mes officiers. Il paraît que nous serons obligés d'abandonner plusieurs caissons de munitions. Dans la seule marche d'aujourd'hui, il est mort plus de cinquante chevaux du train : ils tombent d'inanition, faute de nourriture. Si le chemin de demain est aussi horrible, je crains d'être obligé d'abandonner mon artillerie.

Nby.

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