‹ Le général Auguste Colbert,Chapitre 122 sur 150 · NOT£S · texte numérisé non relu

NOT£S

Nby A Bbrthibr.

Landsberg, 19 février 1807. 10 heures du matin.

Monseigneur,

J'ai reçu la lettre par laquelle vous me dites d'arrêter mon mouvement pour aujourd'hui, afin de donner à Tartillerie le temps de suivre.

Dès hier soir, j'avais ordonné au général Marchand d'établir sa division par échelons d'ici à Drewenz et d'occuper, de concert avec la cavalerie légère du général Guyot, Woymanns, Orchen, Worienen et Gallehnen; mais la division du général Gardanne ainsi que les dragons du général Klein et le reste de la cavalerie légère du général Lasalle sont en marche pour occuper les cantonnements à Freymarckt, Arensdorf et environs.

Toute la nuit a été employée à retirer l'artillerie et les caissons de munitions embourbés, on fera l'impossible pendant cette journée, la nuit et la matinée de demain, pour que la plus grande quantité suive. Toute l'artillerie est sauvée, nous ne perdons que cinq caissons sans munitions.

Mes sapeurs et deux bataillons sont employés aux réparations les plus nécessaires de la route que nous allons suivre. Tout le monde a rivalisé de zèle pour nous tirer de l'extrême embarras où nous étions hier. Aucune voiture du 6® corps ne serait restée en arrière, sans la grande quantité de voitures, de bagages, canons et caissons du 4« corps et de la garde impériale, qui ont fait rester nos chevaux pendant six heures dans la boue sans manger, en sorte qu'ils tombaient d'inanition, lorsqu'il a fallu traverser les plus mauvais passages.

L'ennemi ne suit point. Le prince de Ponte-Corvo a couché hier à Bucholz ; il me mande qu'il ne pourra, qu'avec des peines incroyables, retirer son artillerie. Je lui ai fait connaître ma position et la détermination que j'ai prise pour attendre mon artillerie.

Je remercie Votre Altesse des soins qu^elle a bien youlu prendre de nous assurer du pain et de Teau-de-yie à Freymarckt; je partirai à midi pour m'y rendre.

Nby.

Nby a Bbrthibr.

• Freymarckt, 19 février 1807.

Monseigneur,

Toute Tartillerie de mon corps d'armée était aujourd'hui à midi en deçà de Landsberg ; demain elle filera de bonne heure. Le 6^ régiment d'infanterie légère et les voltigeurs resteront à Drewenz pour protéger sa marche.

Une vingtaine de Cosaques se sont présentés aux deux compagnies de voltigeurs établis à Osdhen; ils se sont aussi montrés en avant de Woymanns.

Les Cosaques sont venus en plus grand nombre sur la route d'Heilsberg ; un poste de chasseurs établi à Galassen a été chargé par eux; trente-six de nos hommes ont été pris, et une partie du reste blessés. Notre cavalerie légère est entièrement démoralisée ; on ne peut plus compter sur elle.

Le général Ferret, du corps d'surmée du maréchal Soult, en passant aujourd'hui par Freymarckt, a fait piller d'autorité le pain et l'eau-de-vie que vous aviez destinés aux troupes de mon corps d'armée. L'offîcier de dragons, chaîné de la conservation et de la remise de ces denrées, lui a inutilement montré l'ordre qu'il avait reçu de vous à cet égard. Le général Ferret a déclaré qu'il allait faire enlever le pain et le vin de vive force, si on refusait de le livrer.

Je demande que cet officier général soit puni exemplairement d'une conduite aussi contraire au bon ordre, et qui aursdt les suites les plus funestes, si elle trouvait des imitateurs.

Ney.

iȔ NOTES

Le 20 au soir, Ney écrit à Berthier qu'il vient de recevoir un rapport du général Guyot, qui, avec sa cavalerie, fermait la marche du corps d'armée, et que la surprise du détachement du 22^ de chasseurs n'a pas occasionné une perle aussi considérable qu'on Tavait cru. L'arrière-garde de ce général a été attaquée par 300 Cosaques ou hussards, sur les hauteurs en arrière de Landsberg. Un escadron qui la soutenait a chargé avec vigueur, et dès lors le mouvement rétrograde s'est opéré avec tranquillité jusqu'à Drewenz. La troupe venait d'entrer dans ce village, lorsque l'ennemi s'est montré de nouveau. Une autre charge, soutenue par les voltigeurs, l'a encore dispersé. Le général Guyot se loue beaucoup de l'infanterie.

Ney a Bertuibr.

Pfeymarckt, 31 février 1807, 6 heurds du matin.

Monseigneur,

J'ai reçu les dispositions générales arrêtées par l'Empereur pour l'emplacement des corps de la grande armée. J'ai donné les ordres nécessaires à l'exécution de celles qui me concernent.

Je conserverai Arensdorf aujourd'hui par une brigade d'infanterie, qui demain suivra sa destination sur Queetz et Allenstein.

La division du général Marchand se rapprochera aujourd'hui de Guttstadt, qu'elle ne pourra occuper que ce soir, le maréchal Davout m'ayant écrit qu'il ne pouvait évacuer cette ville que cet après-midi.

J'envoie aussi, sur l'invitation de ce maréchal, un régiment d'infanterie et la brigade de cavalerie légère du général Golbert à Heilsberg, pour protéger l'enlèvement de cinquante mille rations de farine. Demain cette troupe rentrera dans les cantonnements qui lui sont assignés.

Je n'ai aucune nouvelle de la position des dragons du général Grouchy.

Je pars ce matin pour me rendre à Guttstadt. J^aurai rhonneur d'adresser, dans le jour ou dans la matinée de demain, à Votre Altesse ,rétat des cantonnements que j'ai désignés pour remplir les intentions de S. M., sur la position du 6« corps d'armée.

Nby.

Bbrthibr a Nby.

l.iebstadt, âl février 1807, à 2 heures du matin.

L'Empereur a vu avec peine par votre dernière lettre, Monsieur le Maréchal, que quelques Cosaques avaient eu l'air de prendre l'offensive. Il ne faut pas laisser pousser votre arrière-garde par 3 ou 400 Cosaques. S. M. désire donc que dans la journée vous disposiez la cavalerie à vos ordres de manière à les attaquer vigoureusement et à les pousser plusieurs lieues, jusqu'à ce qu'on les trouve appuyés soit par de l'infanterie, soit par ime force de cavalerie. L'Empereur met de l'importance à cette opération, qui mettra un frein à l'audace de ces Cosaques. S. M. désire que vous encouragiez sa cavalerie, que vous lui fassiez penser que vous avez grande opinion de ce qu'elle peut faire. Enfin, Monsieur le Maréchal, S. M. désire que vous calculiez votre opération de manière à faire quelque mal aux partis de Cosaques qui vous suivent. La poussée que vous leur donnerez servira d'ailleurs de reconnaissance pour connaître les mouvements de l'ennemi.

L'Empereur me charge de vous dire qu'il vous a confié le point de Guttstadt comme le plus important de sa position ; qu'il est nécessaire que vous ayez une correspondance très suivie pour m'instruire de tout ce qui se passe ; que vous devez porter une grande surveillance à

faire bien servir. Vous savez assez par vous-même que, dans nos armées, rien ne se fait bien que par celui qui commande. Une fois que vous aurez bien établi votre système de défense, vous devez opposer des postes de voltigeurs pour couvrir les principales communications. Veillez à ce que les grand^gardes ou postes de cavalerie, non seulement se trouvent soutenus par de Tinfanterie, mais aussi prescrivez qu'elles changent de place, de manière que Tenuemi né puisse les trouver la nuit où elles se montraient la veille. Après les précautions défensives, il reste à combiner quelque opérations d'avant-garde, si Pennemi s'aventurait, et à enlever des postes ; faire par là des prisonniers et être instruit de ses mouvements. Il faut pour ces opérations : prudence, audace, et surtout votre extrême

vigilance.

Le Major général,

Bbrthibr.

Ney a Bbrthibr.

Freymarckt, le !21 janvier 1807, 7 heures du matin.

A Son Altesse Sérénissime le Prince de Neufchâtel,

Ministre de la guerre.

Monseigneur,

Je reçois à l'instant la lettre que Votre Altesse m'a fait l'honneur de m'écrire aujourd'hui à 2 heures du matin, par laquelle elle m'invite à disposer de ma cavalerie de manière à repousser vigoureusement les partis de Cosaques qui oseraient suivre mon arrière-garde.

Votre Altesse aura remarqué, dans ma lettre de ce matin, que la brigade de cavalerie légère qui me reste est en mai^ che sur Heilsberg avec un régiment d'infanterie pour protéger l'enlèvement des farines que le maréchal Davout y a rassemblées.

Le général Lasalle est également en mouvement pour se

rendre à Neidenburg, destination que le grand-duc de Berg lui a assignée.

L'ennemi, depuis Téchec qu'il a éprouvé hier, n'a plus reparu ; il n'osera probablement rien entreprendre sur mon infanterie qui méprise complètement les Cosaques. Il n'en est pas de même de la cavalerie légère, non pas qu'elle soit frappée de terreur, mais parce que les chevaux, qui n'avaient pas de nourriture depuis six jours, loin d'être en état de galoper, peuvent à peine porter leurs cavaliers. La cavalerie s'est reposée hier et a trouvé du fourrage dans ses cantonnements.

Votre Altesse croira facilement, j'espère, que je ne suis pas d'humeur à laisser harceler mon arrière-garde, lorsqu'il y a possibilité de repousser l'ennemi avec la même arme.

Je sens toute l'importance du point de Guttstadt, et Votre Altesse peut être certaine que mes dispositions seront telles que je n'aurai point de surprise à craindre et que je serai en mesure de chasser l'ennemi s'il tentait de nous en chasser. Je resterai à Guttstadt et irai partout où le bien du service l'exigera.

Un aide de camp du maréchal Davout m'a appris ce matin que les Prussiens occupent Bartenstein avec de l'infanterie et de la cavalerie : il est probable qu'ils pensent que notre retraite est décidée. Mais, s'ils remontent davantage l'Aile, ils trouveront les mêmes soldats qui les ont battus

et les battront encore.

Le Maréchal Nby.

Ney a Bbrthier.

Guttstadt, 22 février 1807.

Monseigneur,

En arrivant hier soir à Guttstadt, j'y trouvai le maréchal Davout et une partie de ses troupes ; je fis arrêter les miennes hors de la ville, à l'exception d'un régiment d'in-

tanterie qui se rendit avec la cavalerie légère du général Golbert à Heilsberg pour y relever la division du général Gudin. Aujourd'hui le 3^ corps s'est dirigé sur Allenstein, et mes troupes occuperont demain les positions indiquées dans les dispositions générales dont j'ai l'honneur de vous envoyer copie.

L'ennemi n'a point fait aujourd'hui de mouvement sur l'Aile, et il ne s'est pas non plus montré sur ma gauche vers Landsberg; cependant les rapports que je reçois annoncent la marche sur Bartenstein du corps prussien du lieutenant général Lestocq, auquel s'est joint un bataillon russe.

J'ai parcouru aujourd'hui les diverses positions autour de Guttstadt et je me suis déterminé à choisir celle des hauteurs en arrière de cette ville, la droite sur la direction de Knopen et la gauche vers le lac de Sawanna, ayant la route de Liebstadt et celle d'Osterode par Queetz sur mes deux flancs.

Je ne crois pas que l'ennemi puisse me forcer à évacuer Guttstadt ; je ne négligerai aucune mesure de surveillance, et j'espère que, s'il se présente, il sera reçu avec une vi" gueur capable de le faire repentir de son entreprise. J'aurai soin d'instruire les maréchaux Soult et Davout de tout ce qu'il sera utile de leur faire connaître.

P.-S. — Il est 6 heures, qu'un de mes aides de camp de retour d'Heilsbcrg , me fait le rapport ci-joint sur le mouvement des Prussiens à Heilsberg. Je contremande en conséquence la prise de possession des cantonnements. L'armée étant presque en totalité réunie ici, je vais attendre jusqu'à demain pour connaître les desseins de l'ennemi. S'il arrive sur Guttstadt, probablement comme il l'a fait aujourd'hui par Heilsberg sur les deux rives de l'Aile, j'empêcherai de contrarier ses vues jusqu'à ce qu'il soit à bonne portée de mes troupes et de mon artillerie : alors j'ordonnerai l'attaque générale et je l'enfoncerai sur tous les points. J'espère que la leçon qu'il recevra le fera tenir tranquille. Nby.

Co'pie du Rapport cTun aide de camp arrivant

d'Heilsherg,

Vers deux heures de Taprès-inidi, l'ennemi a montré devant le poste de cavalerie établi par le général Colbert à Markheim environ 200 chevaux; ce poste s'est replié et est venu annoncer l'arrivée de l'ennemi. Le général Colbert a fait sur-le-champ prendre les armes à sa cavalerie et à un bataillon du 39^ régiment qui était à Heilsberg, et s'est porté vers le point attaqué. L'ennemi s'y était renforcé d'un peloton de cavalerie et de 2 à 300 hommes d'infanterie. Le général Ciolbert rangea ses troupes en bataille et défendit le déûlé qui conduit à la ville. Il fut prévenu dans le même moment que l'ennemi marchait sur notre gauche par la rive gauche de l'Aile avec deux escadrons de cavalerie, 300 hommes d'infanterie et une pièce de canon. Sur cet avis ce général envoya l'ordre au bataillon du 39® qui se trouvait à Bewernicken et Launau, de se retirer par la rive gauche de l'Aile si l'ennemi l'attaquait et de se replier sur les troupes de la brigade qui se trouvent sur cette rive. Le général Colbert, se voyant attaqué par sa gauche et par sa droite, et ayant l'ordre positif de ne point se compromettre dans le poste d'Heilsberg qu'il n'occupait que provisoirement, ordonna la retraite, qui s'est exécutée très lentement et avec tout l'ordre possible. En se retirant il brûla le pont d'Heilsberg pour éviter d'être harcelé par la cavalerie prussienne.

En venant rendre compte de ce qui se passait, j'ai fait monter à cheval le 7® de hussards qui se trouvait à Liebenberg, et ce régiment s'est porté en avant pour soutenir s'il était besoin le général Colbert.

Les généraux Lasalle et Marcognet ont été également prévenus.

Le général Colbert a eu la précaution de faire brûler deux ponts sur l'Aile dans les environs d'Heilsberg.

Il n^est pas à ma connaissance que nous ayons perdu un seul homme.

Guttstadt, 22 février, à 6 heures du soir.

Signé : Vogt.

Au GÉNÉRAL GOLBBRT.

• Heilsberg, 23 février 1807.

Monsieur le Général,

Sa Majesté le Roi de Prusse mon Maître m^ayant chargé d'une lettre pour Sa Majesté TËmpereur des Français et Roi d'Italie, que je dois lui présenter en personne, je vous supplie, Monsieur le Général, de me faire savoir quand et où je pourrai passer vos avant-postes pour me rendre auprès de Sa Majesté l'Empereur votre Auguste Maître. J'attends votre réponse, Monsieur le Général, par Poffîcier porteur de cette lettre, en étant avec parfaite considération,

Monsieur le Général, Votre très humble et très obéissant serviteur,

DE Kleist,

Colonel et aide de camp général de S. M. le Roi de Prusse.

Ney a Berthibr.

Schmolainen, le 23 février 1807, à 10 heures du matin.

A Son Altesse Sérénissime le Prince de Neufchâtel,

Ministre de la guerre.

Monseigneur,

Toutes les mesures avaient été prises ce matin pour bien recevoir l'ennemi s'il se présentait ; mais il s'est borné à

établir ses avant-postes de cavalerie légère mêlée d'infanterie, sur les hauteurs en arrière de Bewemilcen, Langwiese et Lawden, rive gauche de TAUe, et à Wosseden, Reichenberg et Siissenberg, rive droite. J'ai ordonné au général Golbert de le chasser de ces trois derniers lieux, et de ne pas permettre que Fennemi passe sur la rive gauche de la Sensée.

Tout étant tranquille, j'ai ordonné aux troupes de se mettre en marche pour prendre les cantonnements dont j'ai eu l'honneur d'adresser hier l'état à Votre Altesse.

La brigade de cavalerie légère du général Guyot avait suivi le général Marchand dans sa position de Zechem, malgré l'ordre que je lui avais expédié dès le 21 de rejoindre le 4«'corps d'armée à Wormditten; cette brigade est partie ce matin pour Liebstadt.

Les Cosaques poussent des patrouilles par Drewenz et Burgerswalde sur Arensdorf et* Wolfsdorf ; ils sont venus hier faire le coup de pistolet entre Rosenberg et Gronau.

Je viens de faire placer les trois compagnies de voltigeurs du 25^ léger à Scharnick, Lingnau et Neuendorf, avec cinquante chevaux, pour communiquer avec le maréchal Soult à Elditten et pour diriger des reconnaissances sur Arensdorf et Drewenz.

J'adresse aux maréchaux Soult et Davout l'emplacement de mes troupes. Je vais retournera Guttstadt.

P. 'S. — J'ai reçu hier l'avis ci-joint que la division du général Klein devait suivre le mouvement de mon corps d'armée; mais elle est bien sans doute rendue à Elbing, sa première destination. J'adresse aussi à Votre Altesse plusieurs pièces qui étaient jointes à cette lettre.

Je n'ai encore aucune nouvelle de la division du général Grouchy ; dès qu'elle sera ici, j'enverrai la cavalerie du général Lasalle à Neidenburg, conformément aux dispositions générales arrêtées par l'Empereur pour les cantonnements de ses troupes.

Ney.

Guttstadt, 23 février 1807, 8 heures du soir. Ney a. Berthier.

Monseigneur,

L'ennemi a continué, d'occuper Amt-Heilsberg, Medicn, Wargitten et Sûssenberg ; cet après-midi il est venu faire le coup de fusil avec nos avant-postes. Le général Colbert rayant laissé approcher de Liebenberg, Kolm et Sloltzhagen, a repris tout à coup Tofifensive et l'a poussé très vigoureusement jusqu'au delà de la Sensée ; il a fait quelques prisonniers, tué ou blessé plusieurs hommes.

Après cette expédition, ce général est rentré dans ses positions, et l'ennemi de son côté a porté ses avant-postes en arrière de Reichenberg et de Sûssenberg. Demain, à la pointe du jour, le général Lasalle se joindre au général Colbert soutenu par un régiment d'infanterie et quelques pièces de canon, pour chasser tous les postes prussiens qui sa trouvent en deçà de la Sensée.

Un parlementaire s'est présenté à la chute du jour annonçant l'arrivée de M. deKleist, colonel aide de camp général du roi de Prusse. Je vous fais passer la lettre par laquelle c0t officier déclare être porteur de dépêches pour l'Empereur ; j'ai ordonné au général Colbert de le recevoir cette nuit même et de me l'envoyer sur-le-champ. Demain avant le jour je le dirigerai sur Osterode par Queetz, Deppen, Gallinden et Taberbruck. L'officier qui aura l'honneur de vous remettre cette lettre fera préparer les chevaux sur cette route.

Nby .

Ney a Brrthirr.

Guttstadt, 24 février 1807.

J'ai prescrit au général Colbert de renoncera toute entreprise sur l'ennemi, mais d'être constamment en mesure de

repousser avec vigueur toute espèce d'agression. Il n*y a aujourd'hui absolument rien de nouveau, etTennemi paraît de son côté se tenir sur la défensive.

Le général Golbert a répondu d'après mes ordres à la première lettre du colonel de Kleist : que, si cet officier pouvait donner sa parole qu'il ^vait des explications verbales à donner sur la lettre dont il était porteur pour l'Empereur, il serait admis aux avant-postes; et que, dans le cas con" traire, la lettre seulement serait reçue, pour être envoyée sur-le-champ à S. M. La réponse ci-jointe ayant levé toutes les difficultés, M. de Kleist se rend à Osterode, accompagné d'un de mes aides de camp.

Nby.

Au GBNBRAL GOLBERT.

Heilsberg, 24 février 1807.

Monsieur le Général,

J'ai l'honneur de vous dire, en réponse à la lettre que M. le lieutenant de Saint-Paul m'a remise de votre part, que Sa Majesté le Roi mon Maître, en me confiant la lettre pour Sa Majesté l'Empereur Napoléon, m'a chargé d'explications verbales relatives au contenu de ladite lettre. Je vous prie donc, Monsieur le Général, de vouloir me faire savoir si je serai à même de pouvoir exécuter les ordres du Roi mon Maître, en continuant mon voyage pour me rendre près de Sa Majesté l'Empereur et Roi, ou si, ne pouvant passer les avant-postes de l'armée française, je dois renoncer de m'acquitter de la mission dont le RoimonMaître m'a chargé. C'est avec la plus parfaite considération que je suis,

Monsieur le Général,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

DE Kleist, colonel et aide de camp général.

Nby a Bbrthibr,

Guttstadt, 25 février 1807.

Hier, dans raprès-midi, Teimemî a resserré plusieurs de nos cantonnements sur la rive gauche de TAlle, depuis Launau, Zechem, Peterswalde, jusqu'à Gronau, qui ont été abandonnés sans perte de notre part, ainsi que Freudenberg et Wonnenberg, sur la rive droite. L'ennemi poussait en même temps de forts partis de cavalerie sur Elditten, et il attaquait même le poste de Scharnick, d'où il a été repoussé. D'un autre côté, il étendait sa gauche jusqu'à Seeburg. Tous ces mouvements m'avaient fait présumer que son intention était de m'attaquer ce matin, mais il s'est borné à occuper avec de la cavalerie les points qu'on avait évacués. Son but est sans doute de nous priver de la petite quantité de subsistances que le soldat tirait de ces villages. Cet état de choses m'a déterminé à faire quelques changements à mes dispositions du 23.

L'ennemi a montré hier devant mes avant-postes beaucoup plus de cavalerie que je ne pouvais lui en opposer ; cependant, comme j'ai déjà eu l'honneur de vous le dire, nous n'avons fait aucune perte. J'ai été instruit que, pendant les escarmouches qui ont eu lieu, quelques bataillons prussiens avec de l'artillerie se sont dirigés par Launau sur Freymarckt.

Mon corps d'armée, Monsei^eur, est dans une pénurie extrême : le pain manque totalement; à peine trouve-t-on de la viande ; il n'existe plus ici de fourrages et surtout d'avoine. Je vous supplie de faire faire sur Guttstadt quelques versements de pain ou farine et d'avoine. Cet objet est de la plus haute importance et mérite toute votre attention. Si je pouvais étendre mes troupes et prendre d'autres cantonnements que ceux que la proximité de l'ennemi me force d'occuper aux environs de Guttstadt, il me serait sans doute beaucoup plus facile de vivre.

Votre Altesse peut se rappeler que c'est la première fois

que je me plains du défeut de subsistances, et la dernière extrémité, a pu seule m'y déterminer.

Nby.

A Monsieur lb MARéCHAL Nbt.

Osterode, le 96 février 1807, à minuit.

Votre aide de camp, Monsieur le Maréchal, est arrivé à sept heures du soir : les renseignements que vous aurez eus et les événements qui se seront passés depuis dix heures du matin jusqu^au soir régleront votre conduite. Il est tout simple que Fennemi avance sur tous les points de la ligne des avant-gardes de cavalerie et d'infanterie, sans que cela puisse prouver qu'il soit décidé à continuer la campagne, et quand il aurait ce projet, le dégel en retarderait l'exécution ou la lui ferait ajourner.

L'Empereur désire donc, qu'à moins de renseignements ou d'événements dont il n'a pas connaissance, vous ne quittiez pas Guttstadt de la journée de demain, car l'ennemi, dsms votre position, ne peut vous forcer qu'avec un corps de troupes considérable et avec des mouvements préparatoires qui vous donneraient toujours ,1e temps d'éviter un engagement et de vous porter sur la route d'AUenstein. L'ennemi, en se rendant maître de Guttstadt, se trouverait en possession d'un point important et qui, dans la mauvaise saison, devient bien utile à vos troupes. Guttstadt évacué, nos cantonnements seraient à découvert. Si cependant les événements qui se sont passés dans la journée vous portaient à quitter cette ville, il est nécessaire que vous teniez une position imposante en arrière, le plus près qu'il vous sera possible, afin que, craignant de vous voir marcher pour reprendre la ville, l'ennemi soit obligé de s'y tenir en force et ne puisse se porter brusquement sur Liebstadt. Si vous aviez déjà évacué Guttstadt et que l'ennemi ne l'occupât que faiblement, vous pourriez le réattaquer au mo-

ment où il s'y attendrait le moins. Dans tous les cas, l'intention de TEmpereur est que vous envoyiez à Deppen, pour flanquer nos cantonnements, toute la cavalerie légère du général Lasalle, avec un régiment d'infanterie. Hier au soir, l'ennemi s'est porté vis-à-vis Liebstadt, sur la rive droite de la Passarge, où il a montré plusieurs détachements d'infanterie, appuyés d'une assez nombreuse cavalerie ; il a mis plusieurs pièces de canon en batterie vis-àvis nos postes ; mais, lorsqu'il a vu qu'on lui répondait, il s'est désisté de son entreprise. Jusqu'à cette heure, il paraît que le but de l'ennemi a été de cherchera savoir si nous voulions oui ou non tenir en position : rien ne prouve qu'il soit résolu à courir les chances de venir nous déposter de notre position. Au surplus, Monsieur le Maréchal, l'intention de l'Empereur est de livrer bataille à Pennemi, en concentrant toutes ses forces sur le plateau d'Osterode, où il croit pouvoir réunir 90,000 hommes. S. M. regarderait comme une chose heureuse que l'ennemi s'aveuglât assez pour nous attaquer dans cette position ; mais il nous serait désavantageux que, ne voulant pas courir cette chance, nous fussions trompés sur les projets de l'ennemi, et qu'en éprouvant une faible résistance, il s'emparât de la bonne position de Guttstadt.

Après vous avoir fait connaître, Monsieur le Maréchal» les intentions de l'Empereur, S. M. s'en rapporte entièrement à votre expérience et à votre zèle pour son service. Vous ne devez pas considérer votre corps comme isolé, mais bien comme lié à l'ensemble du système. Enfin, soit que vous restiez à Guttstadt, soit que vous l'ayez évacué, vous devez garnir le pont de Guttstadt.

Le Major général,

Alkx. Berthier.

Nby a Berthier.

Guttstadt, S6 février, i heure du matin.

Tous les rapports que je reçois confirment que Tennemî continue ses mouvements sur ma gauche. Hier, à la chute du jour, une seconde colonne d'infanterie prussienne de quelques bataillons a défilé de Heilsberg sur Launau et Freymarckt.

Le général Roguet, placé à Queetz, m^annonce qu'environ 400 hommes de cavalerie sont venus avant la nuit attaquer pour la seconde fois le village de Schamick. Mon infanterie, après avoir repoussé cette cavalerie jusqu'à Wolfsdorf, y a trouvé des forces plus considérables et a été obligée de rester sur la défensive. L'ennemi a eu beaucoup de tués et de blessés.

Le poste de Lingnau, en poussant ses reconnaissances sur Pétersdorf, a trouvé environ deux cents hommes de cavalerie.

Le général Roguet me mande également qu'il a entendu le canon du côté de Liebstadt, et que la communication avec cette ville par Wolfsdorf et Elditten est totalement interceptée.

Hier, à la chute du jour, Tennemi a fait une nouvelle reconnaissance sur tout le développement de mes avantpostes, sur la rive droite de TAlle ; il a montré environ douze cents chevaux, depuis Heilsberg jusqu'à Seeburg. Les environs de Wartenburg et d'Allenstein ont été tranquilles jusqu'à ce moment, et nos reconnaissances de cavalerie ont été jusqu'à Passenheim sans rien rencontrer.

Le lieutenant général Lestocq est arrivé hier à Heilsberg où se trouvent quelques régiments d'infanterie; le reste de son corps d'armée est en marche de Bartenstein. On m'assure que cette division, qui a reçu des renforts de Kœnigsberg, est forte de 12 à 14,000 mille hommes, et qu'elle appuiera à la gauche des colonnes russes qui

doivent incessamment reprendre roffensive et se diriger sur Wormditt et Mehlsack.

Les magistrats du pays ont été convoqués au nom du général Bennigsen, pour pourvoir à la subsistance des colonnes russes, qui, suivant la lettre de convocation, sont en pleine marche sur Mehlsack. Cet écrit a été intercepté aux avant-postes du général Golbert ; peut-être a-t-il été publié à dessein de nous tromper. Les rapports du maréchal Soult et du prince de Ponte-Gorvo contribueront sans doute à fixer votre opinion à cet égard. Quoi qu*il en soit, j'ai rhonneur de vous adresser récrit original avec la traduction.

Nby.

Nby a Bbrthibr.

Guttstadt, 36 février 1807, 10 heures du matin.

Pour acquérir quelque certitude sur les forces et les desseins de l'ennemi , j'ai fait attaquer ce matin, avant la pointe du jour, par le 6° d'infanterie légère, le village de Peterswalde; Tennemi y avait beaucoup plus de forces qu'on ne le croyait; cependant le village a été emporté, et trois bataillons russes qui s'y trouvaient ont essuyé une grande perte. Nous avons fait prisonniers le général major baron de KorfT, son aide de camp, plusieurs autres officiers et quelques centaines de soldats. Les Russes se sont repliés sur Zechern, où ils ont montré de plus grandes forces. On continue à se tirailler, et je ne serais pas étonné que nous ne fussions à notre tour obligés de céder du terrain. Cependant j'ai donné Tordre le plus positif de conserver pour aujourd'hui les positions que j'ai eu l'honneur de vous faire connaître par ma lettre d'hier. Mais, comme il devient certain que les lettres interceptées que j'ai eu l'honneur de vous adresser ce matin à une heure contiennent la vérité, je crois nécessaire, pour ne pas compromettre évi-

demment mon corps d'année, de me replier demain sur AUenstein, conformément aux dispositions ci-jointes. Ce mouvement sera donc exécuté, à moins que vous ne jugiez convenable de m'expédier des ordres contraires que j'aurais le temps de recevoir.

Le major de Korff m'a dit qu'il avait passé avant-hier par Landsberg avec quatre régiments d'infanterie et un de hussards et qu'il formait la gauche de l'avant-garde.

Depuis deux jours, je suis tellement serré sur Guttstadt, qu'il serait dangereux de diriger ma marche par Queetz sur Osterode, parce que les chemins sont impraticables. D'ailleurs, ma communication avec Liebstadt est interceptée, et l'ennemi paraît avoir dirigé assez de forces sur ce point.

Les Prussiens paraissent vouloir suivre le mouvement des Russes, en remontant la rive gauche de l'Aile et se dirigeant sur Liebstadt ; ils n'ont montré que fort peu d'infanterie, depuis Heilsberg jusqu'à Seeburg, mais assez de cavalerie pour fatiguer extrêmement la troupe.

J'envoie à Osterode le général russe prisonnier ; il est disposé à donner tous les renseignements qu'on lui demandera, pourvu qu'on ne lui fasse pas de mal : ce sont là ses expressions ; ainsi, avec quelques caresses, on peut en tirer des lumières.

P.S. — On me prévient que les Prussiens, sur la rive droite de l'Aile, attaquent nos avant-postes. Les Russes, sur la gauche, continuent à tirailler depuis Zechem, Peterswalde et Gronau; on aperçoit une colonne d'environ 6,000 hommes qui marche sur FreymarcktparLaunau.

Nby A Bbrthibr.

Guttstadt, le 26 février 1807, 8 heures du soir.

Les prisonniers de guerre russes assurent que le général Essen a fait sa jonction avec le général Benningsen.

Le canon s'est £Eiit entendre vers Liebstadt à huitheures du matin; toutes les reconnaissances que j'ai dirigées sur Elditten, pour communiquer avec le 4® corps, ont été ramenées par renne mi ; elles ont toutes vu des forces assez considérables en infanterie et cavalerie russes. J'ai appris que le général Saint-Hilaire avait fait rompre tous les ponts sur la Passarge.

Je donne avis de mon mouvement et des positions que mes troupes occuperont demain 27, aux maréchaux Soult et Davout.

Le 6" d'infanterie légère s'est couvert de gloire àPattaque de Peterswalde; l'ennemi a laissé environ deux cents hommes sur le champ de bataille, et il a dû avoir le triple de blessés. Outre le général que je vous ai envoyé, nous avons pris deux lieutenants-colonels et plusieurs autres officiers. Les Russes, ayant reçu de Zechem un renfort de 1,200 hommes, se sont avancés pour reprendre Peterswalde. Le 6® régiment, qui avait ordre de ne pas se compromettre, s'est retiré jusqu'à la forêt qui couvre Schmolainen, et s'y est maintenu malgré plusieurs attaques; le feu a duré sans relâche depuis quatre heures du matin jusqu'à six heures du soir.

Le village de Gronau ayant été menacé d'être tourné par une colonne d'infanterie et de cavalerie, on s'est borné à occuper fortement Altkirch, que l'ennemi n'a point attaqué, non plus que les positions, de Neuendorf, Lingnau, Scharnick, Warlack et Waltersmuhl, occupées par le général Roguet.

Les Prussiens ont attaqué vers six heures du matin tous mes avant-postes, sur la rive droite de l'Aile; ils ont été repoussés partout par les généraux Golbert et Lasalle. Cependant, j'ai fait replier le 39« sur Schmolainen, à l'exception de quelques compagnies restées dans la forêt pour couvrir le mouvement rétrograde que je ferai effectuer demain à quatre heures du matin.

L'ennemi continue de marcher sur Freymarckt, par Launau. La tranquillité qui règne aux environs de Wartenburg

prouve qu'il n'a pas beaucoup de monde au delà de Seeburg, où il paraît borner sa gauche.

Le 6® régiment a eu dans l'affaire d'aujourd'hui de 100 à 150 hommes aupius hors de combat.

P.'S. — Le général Lasalle me rend compte que l'ennemi est entré cet après-midi àWartenburg, et qu'il y a environ 2,000 hommes, tant infanterie que cavalerie, dans cette partie.

Le général Roguet me mande, qu'en prenant possession de Wblfsdorf, il y a trouvé deux escadrons ennemis, qui se sont repliés sur Petersdorf. L'ennemi a eu plusieurs blessés.

Ney.

Nby a Berthibr.

Âllenstein, 27 février, 1 heure de raprès-midi.

Je reçois à l'instant la lettre que Votre Altesse m'a tîait l'honneur de m'écrire hier à minuit. — Guttstadt a été évacué ce matin à quatre heures comme je vous l'avais annoncé hier. L'ennemi est resté en forces dans la forêt de Schmolainen devant le 6« léger jusqu'à deux heures du matin que ce régiment s'est replié sur Guttstadt, fermant la marche de la colonne qui se dirigeait sur Allenstein.

Je viens d'ordonner au général Roguet qui, avec les 25® léger et 27e de ligne, devait se rendre à Petersv^alde, de rétrograder sur Deppen et Heiligenthal.

La 2« brigade de la division Gardanne se dirigera demain sur Schlitt et Blanckenberg, de manière que cette division pourra en un jour se rendre à Guttstadt parQueetz et Glottau.

Le général Lasalle, avec ses trois brigades de cavalerie légère, se rendra demain dans la même position que le général Roguet et occupera Deppen pour éclairer les dibec-

lions d'Ëlditten, Wolfsdorf et Guttstadt. Les dragons du général Grouchy qui se trouvent aujourd'hui à WatrieDen viendront deipain à Allenstein et environs.

D'après ces dispositions, si TEmpereur ordonne que je reprenne Guttstadt, je serais en mesure de m'en rendre maître du 1^^ au 2 mars en concentrant mes forces sur Queetz à l'exception d'un régiment d'infanterie que je laisserais à Allenstein. Cependant^ comme il est à présumer que l'ennemi inquiéterait ma gauche pendant cette entreprise, il serait, je crois^ nécessaire de me faire appuyer sur la direction d'Elditten et Wolfsdorf par quelques troupes du maréchal Soult. S'il est prouvé que l'ennemi n'ait absolument que des troupes légères pour former un cordon d'observation sur le développement de la Passarge et de l'Aile, il est probable qu'il sera aisément forcé à la retraite et que l'échec qu'on pourra lui faire éprouver l'empêchera de continuer à harceler sans cesse nos cantonnements.

La ville de Guttstadt, comme j'ai eu l'honneur de vous en rendre compte, n'offre aucune ressource en subsistances; la nécessité d'occuper pour vivre des cantonnements éloignés nuit à la sûreté de ce poste.

Peut-être me trompai-je (mc), mais il me paraît incontestable qu'il vaudrait mieux que mon corps d'armée fût en colonne depuis Queetz jusqu'à Taberbruck, en gardant Allenstein avec un régiment d'infanterie. Guttstadt, dont j'ai bien reconnu tous les environs, doit être attaqué par la rive gauche dé l'Aile; or, si, occupant la position de Queetz, je devais faire cette opération, il me serait facile de cacher mon mouvement et je pourrais aisément, partant à deux heures du matin, arriver avant le jour sur la hauteur qui domine la ville, que l'ennemi serait forcé d'évacuer précipitamment sous peine d'être entièrement détruit. En cas d'événement, j'aurais pour appui naturel le 4° corps, sans que le maréchal Soult fît aucun mouvement en ma faveur.

Si au contraire j'opère par la rive droite, il m'est impossible de cacher mes desseins; j'aurais plusieurs corn-

bats à livrer ayant d'arriver à Guttstadt, et si j'avais affaire à un ennemi supérieur, je serais livré à mes propres forces.

Quoi qu'il en soit, je vais prendre tous les moyens possibles d'avoir de bons renseignements sur les forces que Tennemi a à Guttstadt et aux environs, et, quels que soient les ordres de l'Empereur, ils seront exécutés avec vigueur et exactitude.

Je regrette vivement, Monseigneur, que votre réponse à ma lettre d'hier n'ait pu être expédiée avant minuit; j'avais espéré recevoir à temps vos instructions ; et en effet, im officier, sans trop se hâter, eût pu trouver mon corps d'armée à Guttstadt où j'aurais attendu les événements, puisque

S. M. le désirait.

Net.

Nby a Bbrthibr.

Âllenstein, 27 février, 10 heures du soir.

En vous écrivant ce matin, je n'ai pu vous rendre un compte détaillé de l'exécution du mouvement rétrograde de Guttstadt sur Allenstein parce que les rapports ne m'étaient pas encore parvenus; les officiers d'état-major restés aux arrière-gardes viennent de me les apporter.

La brigade du général Belair ayant beaucoup £Eitigué hier, le général Colbert a fermé la marche sur la route principale avec le 39® de ligne et le 10« de chasseurs à cheval ; il a quitté Guttstadt à midi et demi.

Après deux heures de marche, l'arrière-garde a été vivement attaquée par une nuée de Cosaques dont la force était au moins de 1,200 hommes; les voltigeurs et quelques compagnies du 39® les ont reçus à bout portant et ont fait un feu très vif et très meurtrier qui a jeté le désarroi parmi eux. Le 10® de chasseurs a alors chargé avec toute la vigueur et l'ensemble possible, a sabré une trentaine de Cosaques et en a, pris quatre. Cette première résistance a

ralenti les attaques de Tennemi, qui s'est borné pendant quelques instants à nous suivre d'assez près et à faire le coup de pistolet. Enfin, à la sortie du village de Spiegelberg, les Cosaques ont fait une seconde charge générale avec des cris affreux ; mais cette nouvelle tentative leur a encore été plus funeste que la première, ils ont essuyé tout le feu d'un bataillon du 39® et ont laissé beaucoup d'hommes et de chevaux. Le 10® de chasseurs a de nouveau £Bdtune charge fort belle. L'ennemi dès lors s'est borné à nous suivre de loin, et bientôt il s'est totalement arrêté. Le général Colbert me dit : « Je me moque de tous les Cosaques de la terre avec un régiment aussi bien commandé que le 39». »

Le général Lasalle avec sa cavalerie légère et huit compagnies de voltigeurs était en communication avec le général Colbert, couvrant le flanc gauche et se retirant par Eschenau, Gratken, Tollack et Alt-Wartenburg; il a été attaqué par la cavalerie prussienne mêlée de Cosaques, qui a été repoussée partout.

Dans toute cette retraite nous n'avons eu que trois chasseurs du 10® régiment blessés de coups de lance; cinq chevaux ont été tués.

Plusieurs Cosaques, dont les chevaux ont été tués dans les différentes charges, refusant absolument de-se rendre, ont été tués à coups de baïonnette.

Je vous fais passer copie d'un rapport qui mérite de l'attention en ce qu'il est d'un témoin oculaire ; Tofficier qui me l'a fait est ici; il affirme surtout avoir vu un parc d'artillerie de vingt-cinq pièces auprès de Bischofstein, ce qui annonce la présence sur ce point d'une force assez consi* dérable.

J'ai rhonneur de vous mettre sous les yeux copie de mes dispositions sur l'emplacement de mes troupes pour demain. Si Votre Altesse juge convenable d'y faire quelques changements, j'attendrai ses ordres ici demain jusqu'à midi ; après quoi je me rendrai à Schlitt, oii j'ai fixé mon quartier général.

P.'S. — Je rouvre ma lettre, Monseigneur, pour vous accuser réception de celle que vous m^avez écrite aujourd'hui à trois heures du soir. Les dispositions que je vous soumets remplissant les intentions de Sa Majesté, je n^y changerai rien ; en effet, je serai en mesure de marcher au premier ordre sur Liebstadt et Mohrungen, et je garderai en môme temps Allenstein. Quant à Pattaque sur Guttstadt, vous aurez reçu dans TintervaJle ma lettre de cet après-midi, qui contient quelques réflexions sur la manière que je crois la meilleure de tenter cette entreprise ; je recevrai sans doute demain matin la réponse et les instructions de Votre Altesse.

Ney.

Ney à Berthibr.

Schlitt, !•' mars 1807.

La brigade de cavalerie légère du général Wattier, se rendant hier à Heiligenthal, a été attaquée à Spiegelberg par 300 Cosaques: le 11® régiment de chasseurs a fait une charge vigoureuse à la suite de laquelle l'ennemi s'est retiré, laissant dix hommes sur le champ de bataille.

Le général Lasalle m'annonce ce matin que Tennemi a un poste entre Queetz et Anckendorf, ainsi que plusieurs autres sur la même ligne ; il y a un gros de Cosaques à Wolfedorf qui pousse de fortes patrouilles sur Warlack et Waltersmuhl, et empêche de pousser des reconnaissances sur Elditten.

P,-S, — Le général Wattier ne devait point passer par Spiegelberg, mais par Redikainen ; mais il a été égaré par son guide.

Ney.

Nby a Berthibb.

Schlitt, le 1"' mars 1807, 5 heures du matin.

Monseigneur,

Je reçois à rinstant Tordre que Votre Altesse m'a adressé hier à six heures du soir. En examinant, Monseigneur, la disposition de mes cantonnements au 28 février, et en calculant les distances et le temps qu'il faut pour que les ordres parviennent, vous remarquerez qu'il m'est impossible de réunir aujourd'hui toutes mes troupes pour me conformer sui>le-champ aux intentions de l'Empereur qui ordonne que j'occupe Guttstadt comme avant-garde, que je place ma ligne de manière à appuyer ma droite sur les hauteurs en arrière de cette ville, et prolonger ma gauche jusqu'à la Passarge, du côté d'Elditten, et que je garnisse de postes d'infanterie la rive gauche de l'Aile, jusqu'à Allenstein.

Je donne les ordres nécessaires pour concentrer la troupe, et, demain ou après-demain au plus tard, j'attaquerai l'ennemi ; je ferai tous mes efforts pour atteindre en tout point

le but que se propose S. M.

Nby.

Nby a Berthier.

Deppen, 2 mars 1807, 4 heures du matin.

Je reçois les dispositions qne l'Empereur a arrêtées pour faire faire demain une attaque simultanée par ses divers corps d'armée. Je suis entièrement en mesure de marcher à l'ennemi à quelque heure que ce soit. Je suis déterminé, à moins d'ordres contraires, à attaquer un peu avant le jour, afin d'ôter à l'ennemi la connaissance de l'ensemble de mon opération.

L'ennemi occupe Queetz, et il a une double chaîne de vedettes sur les hauteurs qui dominent Anckendorf par Komalmen et Waltersmiihl. J'ai fait reconnaître un lieu de rassemblement en arrière d'Anckendorf, afin de tomber brusquement sur Queetz et de là sur Glottau, pour m'emparer de Guttstadt.

Je crois qu'il Êiut renoncer à faire quelques prisonniers (1) aujourd'hui, à moins que l'occasion ne s'en présente naturellement; une tentative à cet égard donnerait lieu à une affaire de cavalerie, et la mienne est très inférieure en force à celle de l'ennemi. Dès qu'un de nos ofQciers se présente pour observer, on aperçoit les vedettes se tripler ; on en remarque jusqu'à 150 placées à cinq ou six pas l'une de l'autre. Les hauteurs sur lesquelles l'ennemi a ses avantpostes empêchent de voir ses mouvements.

Je donne ordre à la brigade d^ général Belair de venir s'établir aujourd'hui à Munsterberg et à Schwuben, en laissant cependant du monde à Allenstein, jusqu'à l'arrivée du régiment d'infanterie de la division Morand. Le général Belair attaquera demain l'ennemi en flanc, entre Glottau et Guttstadt, dès qu'il entendra que je suis en mesure d'opérer sur Queetz avec la principale colonne.

Ney.

Ney a Berthier.

Schlitt, le 3 mars 1807, 2 heures de Taprès-midi.

Je viens de reconnaître les positions en arrière de Queetz, par lesquelles ma colonne débojachera demain pour en chasser l'ennemi et m'emparer de Guttstadt.

(1) Ceci fait allusion à Tordre du jour signé Berthier, en date du !•' mars 1807, où il est recommandé à Ney de faire quelques prisonniers.

L'ennemi craignait probablement une attaque aujourd'hui, puisqu'il n'a point entretenu de feux sur le front de ses postes pendant la nuit dernière. On ne voit absolument que des Cosaques qui forment la chaîne des postes, depuis Queetz, Komalmen et Wastersmuhl. Aucun mouvement n'a été remarqué, et la plus grande tranquillité règne partout Des rapports particuliers annoncent qu'il y a quelque infanterie à Guttstadt et aux environs.

Je viens d'arrêter les dispositions dont je vous adresse copie, pour mon attaque de demain. La troupe est dans les meilleures dispositions et je réponds de battre l'ennemi, eût-il vingt mille hommes devant moi. Le soldat espère qu'après cette affaire il aura du repos, des vivres et la faculté de travailler aux réparations de l'habillement et de la chaussure, qui en ont un besoin extrême.

Ney.

Net a Berthier.

Guttstadt, 4 mars 1807, Monseigneur,

Un corps de troupes russes, sorti d'Heilsberg, est venu ce matin prendre position sur les hauteurs en avant de Launau. J'étais, vers les sept heures du matin, en avant de Zechern; l'ennemi montrait alors 7 à 8,000 hommes. Il a commencé à attaquer les avant-postes sur la ligne de Zechern à Peterswalde; bientôt après il a fait filer quelques bataillons d'infanterie dans la forêt, vis-àvis le premier de ces villages ; il s'est alors engagé une fusillade assez vive avec le 30° régiment et un bataillon du 27**. Quelques coups de canon ont été tirés de part et d'autre.

L'ennemi, ne pouvant nous débusquer de Zechern, cherchait à nous attirer sur Launau; il n'a réussi ni dans l'un ni dans l'autre projet ; il a fait également sans succès char-

ET PIÈCES JUSTIFICATIVES 3i7

ger plusieurs fois ses Cosaques, ce qui a donné lieu à une canonnade fort vive.

L'ennemi a tenu constamment ses principales forces dans la position de Launau, et toute la journée s'est passée à îaÀTe des feux sans aucun résultat. Les charges, que les Cosaques ont eu la témérité de faire sur notre infanterie, leur ont coûté fort cher. Les bataillons russes ont'certainement aussi souffert beaucoup. Notre perte est à peu près de 100 hommes tués ou blessés.

Je viens de contremander la reprise des cantonnements qui devait avoir lieu demain; cette disposition sera exé* cutée le 6, si Tennemi s'éloigne.

Je serai demain de bonne heure à Zechern, pour juger de 1^ force de Fennemi et tâcher de pénétrer ses desseins. Votre Altesse trouvera ci-joint une note contenant quelques renseignements sur Fennemi.

Ney.

Ney a Berthier.

Guttstadt, 4 mars 1807.

Une reconnaissance de dragons avait été poussée ce matin sur la division de Freymarckt. Voici le résumé du rapport de Fofficier qui la commandait :

L'ennemi a eu cette nuit, à Funsfeld, trois grands bivouacs sans feux ; il a commencé sa retraite à une heure du matin ; une partie de sa troupe s'est retirée surBenem, Fautre a pris la route de Gronau.

Divers généraux russes sont passés pendant la nuit à Benem, entre autres les princes Galitzin, qui en sont partis à minuit.

Ney.

m IH.

NbY a VEliPBKBUR.

5 mars 1807.

Sire,

Guttstadt et les autres cantonnements du 6« corps ne présentent plus aucun moyen de &ire subsister les troupes : cette circonstance et la présence continuelle de l'ennemi lui rendent les secours qu^on peut tirer d'ailleurs plus nécessaires qu'à tout autre corps. Peut-être Votre Majesté pense-t-elle qu'il a participé à la distribution des ressources venues de la gauche; il n'en est pas ainsi, et j'ose la supplier d'ordonner :

1<> Que des convois réguliers seront siir-le-champ organisés pour diriger sur Guttstadt les approvisionnements en grains ou farines nécessaires pour le 6^ corps, dont la consommation journalière est de 18,000 rations ;

2» Qu'il sera également fait des distributions d'eau-devie et d'avoine ;

3° Que le transport se fera jusqu'à Guttstadt. On n'a pas fait rétrograder une seule des voitures ou chevaux des équipages militaires et du pays, qui ont été fournis pour Févacuation des blessés [sic) .

Sire, la situation de mon corps d'armée, sous le rapport des subsistances, est telle que je trahirais tous mes devoirs en ne la faisant pas connaître à Votre Majesté.

Daignez agréer, etc

Le Maréchal Ney.

Ney a Berthier.

Guttstadt, 5 mars 1807.

J'ai l'honneur de vous rendre compte que l'ennemi continue à occuper, avec environ 10,000 hommes d'infante-

rie et de cavalerie, la position de Launau. Je n^ai pu distinguer ce qu'il a vers Heilsberg; cependant la fumée des bivouacs annonce qu'il s'y trouve une réserve. Les avantr postes de Tennemi bordent la forêt sur la route de Launau à Freymarckt, jusque vis-à-vis Peterswalde et Zechern ; ses sentinelles et ses vedettes sont à demi-portée de pistolet des nôtres. Je pourrais écraser ces avant-postes par un feu de mitraille, mais j'ai défendu toute agression qui pourrait amener une affaire partielle, dans Topinion où je suis que, si le maréchal Soult appuyait mon attaque sur Launau, l'ennemi ne sauverait ni infanterie ni canons.

Hier, l'ennemi, sentant combien sa position était critique, et croyant que je n'avais à Zechern que quelques compagnies dMnfanterie, commença, dès sept heures du matin, à attaquer ce poste ; il y mit beaucoup d'impétuosité, mais il fut repoussé avec une grande perte ; néanmoins la fusillade continua sans relâche.

L'ennemi multipliait ses mouvements offensifs; il manœuvra par sa droite et fit mine de vouloir pénétrer dans la forêt, entre Zechern et Peterswalde, pour couper le 50^ régiment; mais quatre compagnies d'élite de la 25® légère et le 27« de ligne, soutenus par le 59®, donnèrent si brusquement sur la colonne d'infanterie russe, qu'elle se retira dans un désordre extrême, quoique secondée par une nuée de Cosaques.

Une affaire générale allait s'engager, et je n'étais pas en mesure de soutenir mes troupes, tandis que l'ennemi continuait à renforcer les siennes. J'ordonnai en conséquence à mes réserves de rester dans les positions défensives , et je me bornai à faire faire un feu bien nourri de mousqueterie et d'artillerie.

Cependant, l'ennemi, manœuvrant très mal^ vint sept à huit fois avec peu d'ordre et en poussant des cris affreux, jusqu'à quinze pas de mes bataillons ; il fut reçu avec une fermeté et un sang-froid admirables, particulièrement par le 50® régiment. Le champ de bataille atteste encore que.

dans ces différentes tentatives, les Russes ont fait une perte énorme.

. A trois heures de Taprès-midi, le feu cessa vis-à-vis Peterswalde, et Tennemi commença à réunir tous ses moyens pour réattaquer Zechern; il fit, jusqu^à sept heures et demie du soir, un grand nombre de tentatives qui furent inutiles^ malgré son acharnement. Enfin, à dix heures et demie, il tenta un dernier effort, gravit la hauteur et pénétra jusqu'à quarante pas du 50® régiment, qui fut dans cet instant ce qu^il avait été pendant toute cette journée. Ce dernier combat est celui qui a coûté le plus cher à Tennemi. Le général Labassée lui avait tendu le piège de faire retirer toutes les sentinelles.

Uaspect du champ de bataille a pu ce matin faire apprécier avec quelque certitude la perte de Tennemi ; elle est au moins de 2,000 tués ou blessés ; les prisonniers disent que plusieurs de leurs bataillons sont réduits à moitié.

Le 50® régiment a eu 150 hommes hors de combat; le 59®, 12 ; le 27® régiment, 30, et les compagnies d'élite du 25® léger, 20.

L'artillerie, dirigée par le lieutenant Gomin, a tiré avec beaucoup de justesse ; elle a fait sauter deux caissons à l'ennemi et a fait taire cinq pièces de son artillerie.

Ce matin, nos soldats ont fait un trait de générosité digne d'être cité : quinze blessés russes que nous n'avions pu faire évacuer comme les autres, faute de moyens de transport, étaient restés sur le champ de bataille ; après avoir partagé avec eux leurs pommes de terre et les avoir fait panser, ils les ont portés aux premières vedettes, où des officiers russes sont venus les. recevoir, témoignant toute leur sensibilité de ce bon procédé.

Voici les dispositions que j'ai prises ce matin pour me concentrer davantage et être en mesure de repousser toute agression de la part de l'ennemi.

Le 59® est venu remplacer le 50©, que j'ai placé en deuxième ligne, derrière Zechern et Peterswalde.

Le 6* d'infisuiterie légère est venu prendre position à la tête du bois, pour remplir Pintervalle de Zechem à Peterswalde. Le 76« a remplacé ce régiment à Schmolainen;

Le 27« de ligne à Peterswalde ;

Le 25® léger à Mawern, Rosenbeck et Gronau, soutenu par le 39« à Altkirch ;

Le 69® à Guttstadt; la cavalerie légère du général Lasalle, avec deux régiments de dragons, à Zechem et Peterswalde ; deux autres régiments de dragons sont en réserve à Schmolainen ;

Le 3® de hussards et le iO« de chasseurs, à Mawern, Rosenbeck et Gronau, communiquant avec les troupes du maréchal Soult à Benem.

J^attends les oinlres de TEmpereur.

P.'S. — L^ennemi a attaqué cet après-midi les postes du 27® régiment : il a été repoussé ; il y a eu, de part et d^autre, quelques blessés.

Nby,

Ney a Davout.

Guttstadt, 5 mars 1807.

Hier, mon cher Maréchal, je me suis battu depuis sept heures du matin jusqu^à dix heures et demie du soir, les Russes s^obstinant à me chasser de Zechem, et moi me bornant à défendre fortement cette position. Je ne vous Ëitiguerai point du détail des attaques multipliées qui ont eu lieu, presque sans intervalle; pendant ce temps, Tennemi, chargeant avec fureur et culbuté chaque fois par le feu de la mousqueterie et de Tartillerie, a éprouvé une très grande perte, qui s'élève au moins à 2,000 hommes tués ou blessés.

Ce matin les Russes occupaient encore, avec 10,000

hommes d*iiifanterie et de cavalerie, la position de Launau . nos sentinelles et les siennes sont à portée de pistolet. La journée d*aujourd*hui a été tranquille, à quelques coups de fusil près.

Mes troupes sont concentrées et j ^attends les événements. J'occupe Zechem, Peterswalde, Altkirch, Schmolainen et Guttsladt.

Je m^empresserai, mon cher Maréchal, de vous instruire de tout ce qu'il y aura d'important, et de vous faire part des renseignements qui me parviendraient sur l'ennemi.

Je vous réitère l'assurance de ma sincère amitié.

P,'S. — Des gens du pays, venant de la campagne, assurent que le corps de gauche de l'armée russe, en position à Bischofstein^ a fait un mouvement depuis hier pour se concentrer à Bartenstein. J'envoie un agent secret à Heilsberg, pour savoir si le général en chef Benningsen y est toujours. Je vous serais obligée de faire transmettre ces renseignements au Ministre de 1^; guerre, n'ayant pas d'occasion plus sûre.

Ney.

Dans une lettre datée de Schmolainen, 6 mars, le maréchal se plaint de nouveau, très vivement, au Ministre, de l'incapacité du général Gardanne, qui, la veille, a failli compromettre le succès ; il lui reconnaît cependant de la bravoure. « Mais, ajoute le maréchal, c'est une des qualités les moins essentielles pour un général. »

Voici un extrait de cette lettre :

« Aujourd'hui, j'ai donné l'ordre au général Gardanne de se rendre à Thorn ; il a demandé d'aller au quartier général impérial pour se plaindre de mes procédés. J'ai l'honneur de vous déclarer, Monseigneur, qu'il m'est impossible de servir avec un général de cette trempe. »

Le maréchal ajoute qu'une considération qui doit frapper le Ministre, c'est que Gardanne, comme le plus ancien général de division, prendrait le commandement, si luimême était tué ou blessé.

Co'pie de la dépêche remise à M. de Montesquiou.

Zechern, le 6 mars 1807, 7 heures du matin. Sire,

J'ai rhonneur de rendre compte à Votre Majesté que Tennemi paraît avoir choisi la position de Launau pour y appuyer la gauche de son armée, et que sa droite se prolonge sur la direction de Launau. Les forces de Tennemii se sont accrues depuis hier, du moins à en juger par les feux de bivouac.

L^ennemi a travaillé la nuit à la construction d'une redoute à embrasures placée derrière la route de Launau, vis-à-vis le moulin à vent de Zechern ; il y a en batterie cinq pièces de 7 qui tirent de temps à autres {sic) sur les postes; le boulet porte même jusqu'au delà de Zechern. Cette batterie nous oblige à replier les nôtres en arrière et à la droite de Zechern.

L'ennemi s'étend dans la forêt, vers Mawern, et on m'annonce à l'instant qu'il fait un mouvement d'infanterie sur cette partie. Il ne cesse de me provoquer au combat ; mais je resterai sur une défensive respectable et redoutable, jusqu'à ce que Votre Majesté m'ait fait appuyer et ait donné ses ordres sur l'ensemble des opérations.

Des renseignements, quoique indirects, annoncent que le corps du général Tolstoy, qui était à Bischofstein, s'est concentré sur Bartenstein dès le 3, et doit se trouver à Heilsberg et Langwiese.

J'ai donné ordre au générai Gardanne de se rendre à Thorn : le général Roguet le remplace dans le commandement de cette division.

Daignez agréer, etc., etc.... Ney.

324 iNOTES

Ney a Berthier.

Schmolainen, 6 mars 1807.

Depuis hier rennemi n^a plus montré de Cosaques visà-vis Peterswalde et Zechern : ils ont été remplacés par des hussards et dragons. On a aussi remarqué près de Launau beaucoup de cavalerie coiffée de chapeaux; o^ présume que ce sont des cuirassiers.

Les dispositions de Tennemi à Launau m^ont déterminé à faire quelques changements à la position de mes troupes. Ainsi le Z9^ de ligne est venu s^établir sur les hauteurs, entre Gronau et Peterswalde, de manière à pouvoir soutenir ce dernier poste, s'il était attaqué en force. La cavalerie légère du général Lasalle est à Zechern, Peterswalde et Schmolainen; j'ai envoyé les dragons à Altkirch et Gronau.

Demain, je ferai relever les troupes sur le front de la ligne ennemie, conformément aux dispositions de Tordre de naouvement ci-joint.

P.'S. — Un agent secret me rentre à l'instant d'Heilsberg : il y a dans cette ville peu d'infanterie, mais beaucoup de Cosaques. L'armée russe, d'après ce qu'il a appris, est rassemblée en arrière de Launau ; des abatis considérables ont été faits sur tout ce front, et beaucoup d'artillerie garnissait les positions adjacentes. Demain, il retournera pour avoir d'autres renseignements ; il n'a pu me dire si le général Benningsen est à Heilsberg, mais plusieurs autres généraux se trouvent à Heilsberg et à Langwiese.

Ney.

Ney a Berthier.

Schmolaineii) 6 mars 1807.

J'ai rhonneur d'envoyer à Votre Altesse un Cosaque pris ce matin, et le rapport du chef de bataillon Delorme, aide de camp du général Marcognet, que j'ai chargé de faire une reconnaissance sur Sperlings, pour savoir si Tennemi se borne à garder la rive gauche de TAlle ; mais il paraît positif, d'après les renseignements du Cosaque, que le général Tolstoy est en ligne, avec les troupes du général en chef Benningsen, dans la position de Launau, à Texception de deux régiments d'infanterie qui campent à Sperlings, et environ 2,000 Cosaques qui battent le pays dans les directions de Stemberg et de Seeburg. Par la position de l'ennemi sur mes derrières et en force devant moi, je me trouve dans une situation critique et très press£tnte; il faut que S. M. se décide sur Tensemble des opérations à faire dans une circonstance semblable, afin d'éviter un désastre à mon corps d'armée, s'il était attaqué en même temps par les deux rives de l'Aile. Ce matin, l'ennemi a établi une redoute à embrasure en avant de Launau ; elle est garnie de cinq pièces de 7 qui tirent de temps à autre sur Zechern et les postes d'infanterie qui gardent ce point.

L'ennemi a prolongé sa ligne d'infanterie dans la forêt, jusqu'à la hauteur de Mawern. Ce matin, il a établi trois pièces de canon en dehors de la forêt, dans une position saillante qui sépare Zechern de Peterswalde. Hier, l'ennemi a déjà fait ime forte démonstration pour tourner Zechern par sa gauche, et isoler les troupes en position à Peterswalde, quoique j'aie placé un régiment pour remplir cet intervalle. Il est à craindre que l'ennemi ne parvienne à forcer le centre de ma position, en mênfie temps qu'il opérerait sur mes derrières par la rive droite de l'Aile. Alors je n'aurais de retraite, toutefois si elle était possible, que sur la direction d'Altkirch.

Les divers mouvements de reniiemi sur Pelerswalde m'ont déterminé d'apporter quelques changements à ma position d'hier. Aussi j'ai fait porter ce matin le 39® de ligne sur les hauteurs, entre Gronau et Peterswalde, de manière à soutenir ce poste s'il était attaqué par des forces supérieures.

J'attends des ordres de Votre Altesse avec la dernière impatience.

P.-^y. — L'attaque que l'ennemi a faite hier, depuis midi jusqu'à cinq heuresdu soir, a été infiniment meurtrière pour l'ennemi : il avait, comme à Zechern, renouvelé ses attaques ; le 27® l'a constamment repoussé ; nous avons eu environ 120 hommes en tués et blessés. Ce qu'il y avait d'extraordinaire pendant l'attaque sur Peterswalde, c'est que l'ennemi était sous les armes devant Zechern sans tirer xm coup de fusil, ce qui prouve évidemment son projet de tourner cette dernière position, en dirigeant son attaque

sur Peterswalde.

NeY a BliRTHIKR.

Schiiiolaiiien, 7 mars.

La première division de mon corps d'armée a relevé, ce matin, la deuxième, comme j'avais eu l'honneur de vous l'annoncer hier. L'ennemi est resté sous les armes pendant tout ce mouvement ; il s'attendait sans doute à être attaqué» Il n'a pas été tiré un coup de fusil.

L'ennemi fait des abatis considérables ; les paysans sont rassemblés par les Cosaques pour travailler aux retranchements et batteries qu'il fait construire sur tout le développement de son front. Ce sont les Gosaqnes et les hussards qui fournissent aujourd'hui la chaîne des vedettes vis-à-vis de.... (laissé en blanc). On aperçoit quelques mouvements d'infanterie ; mais ils paraissent n'avoir pour but que de rectifier les positions.

ET PIKCES JUSTIFICATIVES 327

On distingue du moulin à vent, en avant de Zechern, des feux de bivouac pour 20,000 hommes d'infanterie; la cavalerie paraît nombreuse. Les rapports de mes espions, des gens du pays et des prisonniers, annoncent unanimement qu'une grande partie de l'armée russe se trouve dans la position de Launau, ayant ses réserves à Langwiese et environs.

Le camp ennemi de Sperlings n'a fait aucun mouvement ; mes patrouilles d'infanterie côtoient les deux rives de l'Aile, le plus près possible de cette position pour l'observer. L'encaissement de cette rivière, de ce côté-là, rassure contre les entreprises qui pourraient être tentées ; je n'ai négligé aucune précaution pour éviter les surprises et être prêt à repousser toutes attaques, jusqu'à ce que l'Empereur ait pris un parti quelconque.

J'ai oublié d'ajouter à mon rapport du 5, sur l'attaque de Zechern, repoussée par le 50^ régiment, que la dernière tentative de l'ennemi a été faite par une colonne de grenadiers russes, ce qui prouve qu'il y aurait une réserve pour appuyer les bataillons d'infanterie légère placés dans la forêt, en avant et sur la droite de Launau. Les bonnets et gibernes trouvés sur le champ de bataille, et le reste de l'uniforme des morts, ne permettent pas de douter de ce fait.

Je joins ici plusieurs lettres qui ont été remises ce matin aux avant-postes par un officier russe ; j'ai profité de cette occasion pour faire passer celles que vous m'avez envoyées hier. Un moment après l'échange de ces lettres, des généraux russes, suivis d'un groupe d'officiers, sont venus examiner les positions ; ils étaient attirés sans doute par les mouvements de mes troupes. Les officiers russes cherchent toutes les occasions de ^'entretenir avec les nôtres ; ils ont demandé le numéro dCi régiment qui les a si bien reçus ; ils sont, disent-ils, jaloux de lui rendre un jour la pareille. Ces officiers parlent beaucoup de paix ; ils sont d'une honnêteté parfaite. On remarque que leur moral est ébranlé et qu'ils ont beaucoup perdu de cette fierté

qu'ils montraient d'abord. Nos troupes, au contraire, annoncent une extrême confiance: cette différence d'esprit promet

les plus heureux résultats.

Ney.

Ney a Berthier.

Schmolainen, le 8 mars 1807, 8 heures du matin.

L'ennemi a beaucoup augmenté ses forces en infanterie dans la forêt de Launau, qui se prolonge sur le développement de Zechern et de Peterswalde. Hier soir, on distinguait les feux formant des groupes considérables, placés par échelons, et derrière ceux-là des lignes continues, depuis Launau jusque sur la direction de Raunau^ et aussi vers Linden-Waldchen. On juge qu'il y a 15,000 hommes d'infanterie devant moi, à la portée de fusil ; on ne peut évaluer le reste, à cause de l'éloignement.

Cette nuit, on a distinctement entendu, dans la hauteur de Zechern, un grand bruit de coups de hache et de chute d'arbres ; on croit que ce sont des abatis, mais il me paraît plus probable que Tennemi fait élargir une communication pour déboucher vivement sur Peterswalde, tandis qu'il amuserait le poste de Zechern.

D'après les dispositions de l'ennemi, la position de mes troupes devient critique : je suis absolument isolé, formant des échelons très en pointe qu'il serait difficile de concentrer dans une position défensive, sans courir les plus grands risques.

Nous sommes d'ailleurs si près de Tennemi qu'il me serait impossible de faire un mouvement rétrograde sans en être aperçu. Pour le persuader que je suis en mesure de le recevoir, et lui laisser même l'idée d'un mouvement offensif de ma part, j'ai fait construire pendant les nuits des 5, 6 et 7, une redoute à embrasures pour recevoir dix pièces de canon ; cet ouvrage, établi sur la hauteur à la

droite de Zechern, sera achevé ce soir. J'ai également fait faire des boyaux et des épaulements sur le front et la gauche de ce village où Finfanterie se trouve à Fabri et pourrait se défendre longtemps.

Je reçois à Tinstant la lettre que Votre Altesse m'a fait rhonneur de m' écrire hier à onze heures du soir ; elle m'apprend que le maréchal Soult doit faire aujourd'hui ime forte reconnaissance d'infanterie et de cavalerie sur la droite de l'ennemi. Je ne pense pas que cette seule démonstration puisse forcer l'armée russe à quitter sa position : il n'est plus douteux qu'elle est en mesure de recevoir la bataille.

Les armées de l'Empereur ne sont pas en présence, et cet état de choses est d'autant plus embarrassant pour moi, que l'Empereur désire qu'il n'y ait pas d'engagement sérieux. Le résultat de la tentative du maréchal Soult guidera ma conduite. J'envoie un de mes aides de camp sur le point de la reconnaissance pour en avoir promptement des nouvelles. Si, comme cela me parsdt certain, l'ennemi garde sa position, je le saurai assez tôt pour faire un mouvement rétrograde sur Guttstadt, où je resterai jusqu'à la dernière extrémité.

Gomme il n'est pas entré dans le plan de l'Empereur de marcher avec ses colonnes depuis le 4 du courant pour manœuvrer sur la droite de l'ennemi ou lui livrer bataille le 6 ou le 7, il est tout naturel que l'ennemi, me sachant seul devant lui, cherche à profiter de l'occasion.

Je crois que la prudence exige que je ne compromette point de braves troupes qui dans une bataille pourraient contribuer aux succès de S. M.

Votre Altesse me dit, dans le dernier paragraphe de sa lettre, qu'il est important de ne rien engager de sérieux si Tennemi est en forces supérieures ; il n'y a plus de doute à cet égard.

Il m'aurait été fort agréable que l'Empereur eût chaque Jour envoyé sur les lieux un officier chargé de voir par ses propres yeux. Le général Bertrand n'a vu que le premier

rassemblement de Tennemi le 5 ; les choses sont bien changées depuis.

Votre Altesse me laisse la faculté de prendre la position primitivement indiquée par l'instruction de S. M.; je pense que c'est le seul moyen d'éviter un désagrément irréparable, fort à craindre si j'étais attaqué. Je réponds que les officiers et soldats feront leur devoir, mais la supériorité du nombre cause des pertes considérables.

J'espère recevoir dans la journée des nouvelles qui déterminent positivement ma conduite. Dans tous les cas, assurez l'Empereur que je ne céderai le terrain qu'après l'avoir jonché d'ennemis.

Nby.

Schmolainen, 8 mars 4807.

Je viens de faire avec le général Mouton la reconnaissance des postes vers Zechern. L'ennemi paraît moins nombreux qu'hier ; cependant il est très difficile de juger ses forces, à cause des forêts qui couvrent toute la droite de la position de Launau. On voit beaucoup de fumée, et tous les officiers postés à Zechern assurent que la nuit dernière les feux de l'ennemi paraissaient infiniment plus considérables que la nuit précédente.

Nous avons remarqué un rassemblement de cavalerie assez considérable ; mais au bivouac, sur la hauteur de Launau, une colonne de plusieurs escadrons semblait venir de la droite et marchait sur Launau. La plus grande tranquillité règne partout.

J'avais envoyé un de mes aides de camp vers Benern pour connaître le résultat de la reconnaissance que devait faire le maréchal Soult ; il y a rencontré le général Bertrand qui se rendait aux avant-postes ennemis comme parlementaire. Ce général, dans un billet qu'il m'écrit,

m'annonce que la reconnaissance a été contremandée ; qu'il paraissait que Tennemi faisait un mouvement sur Villenberg, et que le maréchal Davout a reçu ordre de se porter sur Osterode. Il supposait que j'avais reçu cet avis.

J'ai l'honneur de représenter à Votre Altesse que si le maréchal Davout quitte l'Aile, je serai obligé d'y envoyer du monde pour couvrir mes derrières. Je vous prie d'ordonner, au contraire, qu'un ou deux régiments de ce corps d'armée viennent s'établir depuis Guttstadt jusqu'à AUenstein, afin que je puisse augmenter mes réserves en cas d'attaque sur mon front.

M. de Montesquiou, que j'ai expédié avant-hier de Zechem avec une lettre pour l'Empereur, a sans doute été fait prisonnier entre Benern et Freymarckt. Je lui avais fait prendre cette direction parce que le maréchal Soult m'avait mandé qu'il garderait ce dernier endroit, mais j'ai appris depuis qu'il est occupé par l'ennemi.

P. -S. — Je reçois à l'instant la lettre de Votre Altesse, en date d'hier, par laquelle elle me prévient du contreordre donné au maréchal Soult de la rencontre sur Freymarckt. Quant au mouvement préparatoire sur Osterode, les malades et les blessés ont toujours été dirigés sur ce point ; mon parc de réserves est à proximité de ce point,

à G (illisible)^ je lui donne Tordre d'aller en arrière

d'Osterode. Je ne ferai point de mouvement d'armée que je n'aie reçu l'ordre positif sur cette disposition.

Net.

Ney a Berthier.

Schmolainen, 9 mars, 4 heures de l'après-midi.

L'ennemi n'a fait aucun changement dans sa position de Launau, et ses avant-postes sont absolument les mêmes. Ce matin, vers dix heures, 150 Cosaques ont attaqué le»

dragons au poste de Benem ; ils ont été bien reçus et se sont retirés précipitamment.

. La difficulté de faire vivre les chevaux m'a fait envoyer une partie la cavalerie dans les villages vers la Passai^e et à proximité de Guttstadt, demain je ferai exécuter Tordre de mouvement que j'ai l'honneur de vous mettre sous les yeux. Ces nouvelles dispositions ne changent rien à l'ensemble de mes moyens défensifs, et me permettent au contraire de disposer plus facilement de mes échelons placés en réserve pour soutenir les troupes si elles étaient obligées de céder à un ennemi supérieur.

Un régiment d'infanterie de la division du général Morand est venu prendre poste à Knopen, sur l'Aile, audessus de Guttstadt; d'après cette position, je suis parfaitement tranquille sur tout ce qui pourrait se passer depuis Allenstein jusqu'à Zechern.

Net.

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