SUR LE CHAPITRE XXIX
Ney a Soult.
Schmolainen, iO mars, à midi.
Vous êtes sans doute instruit, mon cher Maréchal, que l'Empereur m'a fait donner Tordre, par le Ministre de la guerre, de faire faire des ouvertures à Tennemi, pour connaître s'il est disposé à convenir d'une ligne de démarcation pour nos cantonnements respectifs, avec la condition de ne s'attaquer que vingt-quatre ou quarante-huit heures après un avis donné.
La perte d'un de mes officiers, que je crois prisonnier, m'a fourni un prétexte pour envoyer un parlementaire qui entrera ensuite en matière sur l'objet principal de sa mission. On est en ce moment en pourparlers et j'attends le résultat que je vous ferai connaître sur-le-champ, en vous priant d'en instruire l'Empereur.
J'ai fait ce matin un petit mouvement 'pour concentrer davantage mes échelons. Voici les positions que j'occupe : j'ai deux bataillons à Zechern, un régiment à Schmolainen, un régiment à Peterswalde, ayant des postes avancés à Marwern et communiquant avec votre droite à Benern, un régiment à Altkirch, ayant des postes à Gronau et à Rosenbeck;
Deux régiments à Liugnau et Wolfsdorf et villages en arrière de ce point. La plus grande partie de ma cavalerie est placée sur le développement et en arrière de cette ligne, n'ayant que des piquets nécessaires sur mon front de Zechem, Peterwalde et Mawern, pour la chaîne de vedettes et communications des patrouilles avec vos troupes. Enfin deux régiments d'infanterie à Guttstadt.
Le Ministre me mande que vous serez rentré le 11, ou le 12 au plus tard, dans la ligne de cantonnements prescrite par les dispositions générales. J'espère cependant que vous ne dégarnirez pas entièrement mon flanc gauche avant de connaître le résultat des pourparlers qui ont lieu avec Tennemi, afin que, de mon côté, je puisse sans inquiétude me replier sur la ligne défensive que je prendrai à Gultstadt et environs.
Ce matin, mon mouvement s'est efiectué sans que l'ennemi ait paru le remarquer ; de son côté, il est parfaitement tranquille, augmentant ses moyens de défense à Launau par des épaulements^ des tranchées, des abatis et des redoutes à embrasure.
Gomme il n'y a qu'un instant que je rentre de ma tournée aux avant-postes et que j'ai reçu en même temps la lettre du Ministre de la guerre, j'ai différé mon rapport jusqu'au retour du parlementaire. Je vous serai obligé, mon cher Maréchal, de donner au Ministre connaissance de cettre lettre, afin que le retard de mon rapport ne cause aucune inquiétude.
Ney.
Ney a Berthier.
Schmolainen. 10 mars.
J'ai fait faire par un officier parlementaire des ouvertures indirectes, relativement à upe cpnyention à feire avec l'eU" nemi pour la tranquillité 4^ nos c^tqnnements respectife ;
mais les généraux russes s'étant montrés peu disposés à un semblable accord, il n'y a point eu de proposition expresse, et cet arrangement paraît impossible.
Mes troupes ne feront aucun mouvement demain : celui qu'elles ont fait aujourd'hui suffit à notre sûreté ; aprèsdemain 12, elles prendront des dispositions conformes aux premières intentions de l'Empereur. J'aurai Thonneup de vous soumettre mes dispositions à cet égard,
Nby.
Ney a Soult.
Schmolainen, 10 mars.
Je viens de recevoir, mon cher Maréchal, la lettre par laquelle vous m'annoncez que vos troupes rentreront dans leurs cantonnements après-demain 12.
Je vous ai écrit cet après-midi pour vous prévenir qu'il serait possible qu'il y eût, entre l'ennemi et nous, une convention pour la sûreté de nos cantonnements respectifs ; les généraux russes y ayant paru peu disposés, cet arran« gement n'aura pas lieu, et il n'y a pas eu de proposition expresse.
Je vous ai fait connaître le mouvement préparatoire que
mes troupes ont fait aujourd'hui ; demain elles n'en feront
aucun, et après-demain elles reprendront leurs premières
positions ; je m'empresserai de vous communiquer mes
dispositions à cet égard.
Ney.
Ney a Berthier.
Schmolainen, 1 1 mars 1807.
L'ennemi n'a fait aucun mouvement sur le front de son camp de Launau ; les avant-postes s'obseryen^^ ^^dQjçis^ d'aussi près que les jours prépèdeûts.
Demain, à cinq heures du matin, je ferai exécuter Tordre de mouvement dont je vous adresse la copie.
Comme Tintention de l'Empereur est de conserver Guttstadt, je ne crois pas prudent de m'étendre davantage, jusqu'à ce que les desseins de l'ennemi soint positivement connus. A la vérité, je n'ai rien à craindre sur le front de cette position, ni par la rive droite de l'Allé ; mais il n'en est pas de même de mon flanc gauche, l'ennemi pouvant arriver en force sur Lingnau et Wolsdorf pour menacer mes derrières. Dans tous les cas, cette position sera défendue jusqu'à la dernière extrémité.
Voici les renseignements que j'ai pu me procurer sur la situation de l'ennemi vis-à-vis de moi. Le prince Bagration, conmiandant l'avant-garde, occupe, avec son corps d'armée, les positions de Launau et de Langwiese ; il a sous ses ordres le lieutenant-général Platow, le prince Charlatow et le général Pahlt. La force de ce corps est, dit-on, de 20,000 combattants.
Un officier du général Golbert s'est entretenu hier avec un aide de camp du prince Bagration. Ce dernier a dit que les avant-postes, de part et d'autre, étant établis convenablement, les Russes n'attaqueraient l'armée française que d'après des ordres supérieurs. On dit, dans l'armée russe, que l'empereur Alexandre est à Memel et que son quartier général doit être transféré à Heilsberg, où sa garde à pied
et à cheval va arriver incessamment.
Ney.
Ordre de mouvement pour le 12 mars 1807 Au quartier général en chef, à Schmolainen, le 11 mars 1807.
Ire Division aux ordres du général Marchand.
La brigade du général Golbert occupera, par le 6° d'infanterie légère, la position en avant de Kossen. Il gardera
par un bon poste, qu'il fera retrancher, la hauteur vis-àvis, sur la rive gauche du ruisseau qui passe sur le flanc d'Altkirch et se jette dans l'Aile à un quart de lieue audessous du pont de Kossen, route de Schmolainen. Il liera la gauche par des sentinelles et vedettes, avec la droite des troupes à Altkirch.
Le 39® régiment occupera le faubourg de Guttstadt, à Tembranchement des trois routes de Kossen, de Schmolainen et d'Altkirch, gardant le pont de Kossen ; il servira de réserve au 6^ régiment.
Rassemblement de cette brigade dans la position de Kossen.
Quartier général du général Colbertà Guttstadt.
La brigade du général Mai*cognet, les 69® et 79°, à Altkirch et Neuendorf, établissant des postes et vedettes à cheval pour être en communication avec Lingnau.
Rassemblement de cette brigade à Altkirch où s'établira le général Marcognet.
2® Division commandée ^ar le général Roguet,
La brigade du général Bardet (25® léger et 27® de ligne) occupera Lignau, Scharnick et Wolfsdorf, communiquant avec Altkirch, où. sera la brigade du général Marcognet et avec le poste d'Elditten du corps du maréchal Soult.
Rassemblement de cette brigade à Lingnau.
Quartier général à Scharnick.
La brigade du général Labassée (50® et 59® de ligne) à Guttstadt, où s'établira aussi le quartier général de la brigade et celui de la division.
Rassemblement de cette brigade sur les hauteurs en arrière de Guttstadt.
Division de cavalerie légère du général Lasalle,
La 1^® brigade ira cantonner à Neuendorf et Lingnau. La 2® brigade à Wolfsdorf.
La 3« brigade à Queelz et Ankerdorf.
Quartier général du général Lasalle à Queetz.
Cette division fournira un poste journalier de 50 chevaux à Altkirch pour fournir à la chaîne de vedettes, des patrouilles et reconnaissances à faire. Un second, de même nombre de chevaux à Wolfsdorf, pour le même objet, qui se liera avec la gauche du poste d' Altkirch et communiquera avec Elditten.
Rassemblement des brigades aux lieux indiqués pour chacune d'elles.
Division de dragons du général Gronchy.
La division de dragons cantonnera à Warlack, Waltersmuhl, Komalmen, Hohenfeld et Kleinfeld.
Quartier général de la division à Warlack. En cas d'attaque générale, cette division se repliera sur les hauteurs en avant de Neuendorf.
La brigade de cavalerie légère attachée à la l»"® division de Tarmée, commandée par le colonel La Perrière, fournira un poste de oO chevaux à la position de Kossen, pour fournir les vedettes sur le front du 6« léger. Les 30 de hussards et 10«de chasseurs occuperont Glottau e^ Knopen.
Rassemblement à Kossen.
Le mouvement s'effectuera à cinq heures du matin. Toutes les troupes de Tarmée resteront sous les armes et prêtes à agir au besoin jusqu'à dix heures du matin qu'elles entreront dans leurs cantonnements respectifs, s'il n'y a rien de nouveau.
Quartier général en chef à Guttstadt.
Le parc de réserve de l'armée à Bruckendorf.
Ne Y A Berthier.
Gutlstadt, 12 mars 1807.
Conforn%ément à la lettre que vous m'avez fait Thonneur de m'écrire hier, je vais m'occuper de reconnaître les meilleures positions pour faire camper mes deux divisions de manière à couvrir l'intervalle qui existe entre l'Aile et la Passargfc, depuis Quttstadt jusqu'à Elditten. Le soldat ayant presque toujours bivouaqué depuis l'ouverture de la campagne, trouvera de l'avantage à camper, pourvu que les vivres puissent être distribués avec exactitude. Cette disposition exigeant nécessairement des travaux, il est indispensable qu'il nous soit envoyé des outils par le commandant en chef du génie.
Je ne crois pas que S. A. R. le grand-duc deBerg puisse s'approcher de la rive droite de l'Aile sans livrer bataille. L'ennemi paraît avoir concentré ses forces sur les deux rives de «ette rivière afin d'être maître de manœuvrer selon les circonsteinces.
Les Cosaques étaient venus hier prendre poste à Althof et Schonewiese ; je donnai ordre que deux compagnies de voltigeurs, soutenues par quatre autres de fusiliers et un détachement de cavalerie légère, partissent à minuit pour cerner ces deux villages à la fois et faire main basse sur ce qui s'y trouverait. La colonne de droite n'a rien trouvé ; elle a poussé ses reconnaissances sur Klingerswalde et Battutron. Celle de gauche, dirigée sur Schonwiese, a rencontré l'ennemi, mais en arrière de ce village ; elle l'a poursuivi avec vivacité et a tué deux Cosaques dont les chevaux sont restés. La reconnaissance a été poussée jusqu'à la gauche de Nosberg. On a remarqué dans la plaine de Freudenberg une centaine de Cosaques qui paraissent appartenir au poste de Seeburg.
P,S, — On me fait Je rapport qu'il y a de l'infanterie russe
vis-à-vis le poste de Schonwiese. Je présume que c'est un détachement venu du petit camp de Sterlings.
Ney.
Ney a Berthibr.
Guttstadt, 13 mars 1807.
J'ai eu rhonneup de vous rendre compte ce matin que mon mouvement rétrograde sur Guttstadt était efTectué, et que Fennemi n'avait fait aucune tentative sérieuse pour le troubler ; il s'était, en effet, borné à placer ses vedettes vis-à-vis les nôtres ; mais, à trois heures de l'après-midi, une colonne de 1,000 chevaux, moitié hussards, moitié Cosaques, a débouché par Gronau sur Altkirch ; nos petits postes d'infanterie se sont repliés à la tête du bois, et le général Marcognet a disposé le 69® régiment de manière à faire croire qu'il n'avait que peu de monde. L'ennemi, se flattant alors d'emporter le village sans éprouver beaucoup de résistance, a fait une charge furieuse et s'est abandonné jusqu'à quinze pas de ce régiment dont il a essuyé le feu à bout portant. L'effet en a été tellement meurtrier, que l'ennemi en se sauvant a laissé 23 chevaux et un grand nombre d'hommes sur le champ de bataille : il est aisé de juger par là qu'il a une quantité considérable de blessés. Encore quelques charges aussi malheureuses, et les officiers russes perdront pour longtemps l'envie de hasarder leur cavalerie contre nos bataillons.
Tandis que cela se passait à Altkirch, des Cosaques se sont montrés sur la rive droite de l'Aile, vers Schmolainen; nos postes d'infanterie s'en sont débarrassés avec quelques coups do fusil.
Ney a Berthier.
Guttstadt, 15 mars 1807.
J'ai rbonneur de vous rendre compte que mon mouvement rétrograde s'est effectué ce matin ; Tennemi ne nous a pas suivis immédiatement, mais vers les sept heures, un détachement de son infanterie, soutenu par des Cosaques, s'est avancé sur Zechern et vers la forêt de Schmolainen, en escarmouchant légèrement. Quatre compagnies de voltigeurs et un détachement de cavalerie légère étaient disposés de manière à couvrir les communicatione de Zechern et de Peterswalde qui traversent la forêt pour aboutir à Schmolainen ; un fort poste d'infanterie est resté dans ce dernier village pour la garde du pont de TAlle.
L'ennemi n'a pas osé suivre notre marche dans la crainte d'une embuscade; si, dans la journée de demain, il ne se montre pas plus entreprenant, il deviendra probable qu'il veut entrer en cantonnements.
Je tâcherai de conserver Schmolainen et une partie de la forêt en y tenant un corps volant, afin d'éclairer les mouvements de l'ennemi et de couvrir les positions de Kossen et d'Altkirch.
P.-S. — Je viens de recevoir les renseignements suivants :
On a observé que Tennemi a considérablement diminué ses postes et vedettes et, pendant toute la nuit, on a entendu des voitures d'artillerie ou de bagages marcher vers Heilsberg.
Le prince Bagration occupait hier et ce matin encore le camp de Launau ; sa réserve est à Langwiese et Heilsberg. Le corps du général Tolstoy est à Seeburg et BischofTstein. On porte le l®** corps à 15,000 hommes et le second à 12,000. On m'assure que les deux rives de l'Aile sont garnies de troupes russes, et on ajoute que le général Benningsen est à Bartenstein. Je viens d'écrire à S. A.
le grand-duc de Berg, à Passenheim, pour lui faire part de ma position et de ce que j'ai appris dePennemi.
Nby.
Ney a Berthier.
Guttstadt, 14 mars 1807.
Monseigneur,
On m'annonce que l'ennemi occupe déjà Schwendt et que ses reconnaissances sont venues faire le coup de pistolet avec les vedettes de dragons du général Grouchy» entre Wolfsdorf et Elditten. Je propose au maréchal Soult, comme une chose indispensable pour la sûreté de nos cantonnements et pour couvrir un peu mon flanc gauche, de faire occuper par quelques compagnies de voltigeurs Schwendt, Diettrichsdorf et la forêt qui sépar Wolfsdorf d'Elditten, et de faire lier la chaîne de ses vedettes à la mienne qui s'étend jusqu'au delà de Wolfsdorf.
Cette disposition étant parfaitement convenable pour la tranquillité de nos positions respectives, j'espère que le maréchal les adoptera sans difficultés ; je prie cependant Votre Altesse de vouloir bien lui en écrire.
L'ennemi est tranquille ce matin ; ses vedettes sont visà-vis les miennes, vers Zechern, Peterswalde, Altkirch et Lingnau.
P.-S. — La cavalerie légère ennemie qui occupait Nosberg et Klingerswalde s'est repliée sur Seeburg. Nos reconnaissances ont été dirigées jusqu'au delà des villages dénommés.
Ney,
Guttstadt, 14 mars 1807.
Je viens de visiter tous mes avant-postes, depuis la tête du bois, en arrière de Zechern, jusqu'à Wolfsdorf. A mon
arrivée à Peterswalde, j'ai vu passer douze mille hussards russes qui semblaient venir des environs d'Arensdorf. Un officier de Cosaques est venu prier Tofficier de voltigeurs, en position au bois de Peterswalde, d'empêcher nos sentinelles de faire feu sur leurs vedettes ; il a ajouté qu'ils ne demandaient pas mieux que d'être tranquilles et qu'ils en avaient grand besoin. On a demandé à cet officier pourquoi on voyait aujourd'hui tant de cavalerie revenirde la droite; il a répondu qu'ils avaient quatre régiments de Cosaques et autant de hussards à employer au service des avantpostes ; que toute cette cavalerie , manquant de fourrages, était obligée d'en chercher au loin et de changer souvent de cantonnements ; enfin, que si cet état de choses durait encore un mois, ils mourraient infailliblement de faim, eux et leurs chevaux.
Des Cosaques sont venus demander du pain à nos soldats, assurant qu'ils n'en avaient point reçu depuis six jours.
Je viens d'ordonner divers travaux pour lier davantage ma position ; elle est d'une étendue immense et demanderait, pour être bien gardée, beaucoup plus de monde que je n'en ai; cependant mes dispositions sont telles que je n'ai point à craindre de surprises, l'ennemi ne pouvant faire aucun mouvement considérable sans être aperçu ; je suis d'ailleurs en mesure de réunir de bonnes masses sur les points essentiels de ma ligne de défense.
La plus grande tranquillité règne partout; néanmoins l'ennemi paraît toujours rester au bivouac dans la forêt de Launau ; ses feux que l'on aperçoit encore ne sont plus à la vérité aussi nombreux qu'auparavant ; il a un peu d'infanterie au village de Zechern ; il garde aussi Peterswalde, mais seulement avec des Cosaques qui se replient à la chute du jour. Le reste de sa ligne de vedettes s'étend par Gronau et Regerteln; il envoie souvent des patrouilles àLauterwalde, Petersdorf et Schwendt.
Ney.
Ne Y A Berthier.
Guttstadt, 15 mars 1807, à 9 heures du soir.
Désirant avoir des renseignements sur la position de Fennemi, j'ai fait réclamer aujourd'hui M. de Montesquieu, lieutenant au 59° régiment, d'ordonnance près de moi, fait prisonnier le 6 de ce mois : un aide de camp du prince Bagration est venu recevoir la lettre près de Zechern, en disant que M. de Montesquiou se portait bien, qu'il n'était pas loin et que bientôt on aurait réponse.
L'officier que j'avais chargé de cette mission a remarqué que l'infanterie russe était toujours au bivouac dans la forêt de Launau, qu'une troupe de cavalerie assez considérable était au piquet dans la plaine, et qu'enfin il ne paraissait y avoir aucun changement. Les officiers russes lui ont dit, avant l'arrivée de l'aide de camp, qu'ils se baraquaient tant bien que mal, et qu'ils ignoraient pourquoi ils restaient ainsi réduits à la plus grande misère.
Il y a huit jours, j'envoyai pour la seconde fois à Heilsberg un de mes espions. C'est un homme très intelligent, ancien soldat prussien et habitant de Guttstadt. Ce malheureux avait été dénoncé; il fut arrêté par les Cosaques et conduit chez le général Benningsen. Après un long interrogatoire dans lequel il ne convint de rien, malgré la menace d'être envoyé en Sibérie, il fut chargé de chaînes et jeté dans la tour du château d'Heilsberg. Connu dans le pays comme artiste vétérinaire, il inspira de la pitié au geôlier, avec qui il but de l'eau-de-vie ; ce dernier oublia les clefs, et notre homme parvint à s'échapper au milieu de la nuit dernière. Voici son rapport :
Les équipages du général Benningsen, qu'il avait remarqués le jour de son arrestation, se trouvaient encore devant la porte de son logement. Hier, pendant la journée, il a vu une forte colonne d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie prendre la route de Bartenstein.
Pendant toute la nuit dernière, plusieurs centaines de voitures du pays ont été employées à l'évacuation des magasins de vivres de Bartenstein. Toutes les églises sont encore pleines de denrées ; enfin, un homme d'Heilsberg lui a dit que l'armée russe évacuerait cette ville d'ici à deux jours.
L'homme échappé d'une manière si extraordinaire porte aux pieds et aux mains des traces non équivoques des fers qu'il a portés : peut-être est-ce un traître qui n'a obtenu sa liberté qu'à la charge devenir me faire un conte pour m'inspirer de la sécurité.
Quoi qu'il en soit, si l'ennemi vient à moi, je suis en mesure de le bien recevoir.
Je me propose en outre de confronter l'espion avec d'autres.
Ney.
Ney a l'Empereur.
Guttstadt, 15 mars.
Je recois avec une bien vive reconnaissance l'assurance que l'intention de Votre Majesté est de porter mon corps d'armée à la même force que les autres ; cette preuve de confiance que je suis si jaloux de mériter, est la récompense la plus précieuse que je puisse recevoir.
L'augmentation de mes troupes n'en nécessitera point dans mon artillerie qui est, je crois, suffisante dans ce moment.
Le service des vivres s'est amélioré : nous avons du pain pour quatre jours, et nous espérons de nouvelles ressources; on éprouve seulement de l'embarras pour trouver de la viande : il est à désirer que nous puissions recevoir des derrières unconvoi de bestiaux.
Hier, j'ai rendu compte à votre Ministre delà guerre que j'ai vu, en avant de Peterswalde, une colonne d'environ
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1,200 chevaux russes, qui venait d'Arensdorf et marchait vers Launau et Heilsberg. Deux heures après mon départ des avant-postes, on a également vu défiler dans la plaine de Peterswalde une autre colonne de cavalerie de même force, avec de Tartillerie, venant aussi d'Arensdorf et suivant la même direction que la première. L'ennemi n'a vis-à-vis de moi que de la cavalerie ; il a seulement un peu d'infanterie au village de Zechern; il tient encore des troupes au bivouac dans la position de Launau, mais les feux sont beaucoup moins considérables qu'ils ne l'étaient il y a quelques jours.
J'ai demandé au Ministre de la guerre, et je désire recevoir bientôt, des outils nécessaires à la confection des ouvrages que je crois indispensable de faire exécuter pour fortifier ma ligne de défense. Strictement parlant, la position de Guttstadt est mauvaise, mais l'ennemi ne peut faire aucun grand mouvement sans que j'en sois instruit, et toutes les mesures sont prises pour réimir rapidement mes masses et être en état de le bien recevoir. Je mettrai tous mes soins à me procurer des renseignements sur ce qui se passe à ma droite.
Nby.
Ney a Berthier.
Guttstadt» le 16 mars 4807.
L'ennemi continue à conserver avec des forces assez considérables la forêt et la position de Launau; rien n'annonce positivement qu'il soit dans l'intention de cantonner, puisque son infanterie se baraque.
Quoique la position de mes avant-postes en arrière de Zechern, Peterswalde, Altkirch et Beiswalde me mette à l'abri de toutes surprises, et qu'aucun grand mouvement de troupes ennemies ne puisse avoir lieu sans que j'en sois prévenu sur-le-champ, comme ma position de Guttstadt
est sans appui, puisque rennemi peut aisément manœuvrer par ma gauche et menacer mes derrières, je crois devoir soumettre à Votre Altesse mes idées sur les moyens de me faire soutenir dans le cas où des forces supérieures m'obligeraient à combattre longtemps sur le même terrain.
Je désirerais que le maréchal Davout pût, en moins de six heures, réunir une division d'infanterie dans la position d'Anckendorf, en avant de Deppen, pour couvrir le point principal de ma retraite et former un échelon de secours, disposition nécessaire puisque Tennemi pourrait, en se portant de Lauterwalde sur Wolfsdorf et Queetz avec une forte colonne de cavalerie, intercepter, par un mouvement rapide, mes communications avec Deppen et Elditten.
Tandis qu'une division du maréchal Davout se réunirait sur Anckendorf, celle du général Morand, placée à Allenstein, pourrait marcher par sa gauche, en laissant néanmoins des postes d'observation sur TAlle, porter une brigade à Bergfried et l'autre à Rosengarten ; ces deux points sont importants pour couvrir la communication d'Osterode et appuyer la droite d' Anckendorf . Il serait encore plus essentiel pour moi qu'une colonne du maréchal Soult débouchât par Elditten pour tenir tête à l'ennemi et le prendre en flanc.
Si ces mouvements s'opéraient simultanément sur mes derrières et mon flanc gauche à mesure que la canonnade annoncerait que l'affaire devient sérieuse sur mon front, j'aurais le temps de concentrer mes forces sur les points où l'ennemi dirigerait ses principaux eff'orts, et alors je me battrais assez longtemps pour que l'Empereur ait le temps d'ordonner des mesures offensives pour contraindre l'ennemi à reculer.
Si les réflexions que je viens de vous soumettre, sur la combinaison avec mes moyens de défense des secours que je puis recevoir, répondent aux vues de S. M., je prie Votre Altesse de me faire connaître si, en cas d'événements extraordinaires, je puis compter sur les dispositions que je propose pour me soutenir. Ney.
Ney a Berthier.
Guttstadt, 16 mars 1807.
Il n'y a aujourd'hui rien de nouveau aux avant-posles; l'ennemi occupe toujours les mêmes positions à Launau, Zechem, Peterswalde et Gronau. Un régiment de Cosaques est à poste fixe à Nosberg et Seeburg ; il n'y a point d'infanterie ennemie sur la droite de l'Aile, depuis Schmolainen jusqu'à Allenstein.
Ney.
Ney a Berthier.
Guttstadt, 16 mars 1807.
Aujourd'hui, à deux heures de l'après-midi, j'ai entendu une assez forte canonnade dans la direction de Braunsberg, j'ai même cru distinguer la fusillade. Je présume que le prince de Pontc-Gorvo attaque les Prussiens dans cette partie, ou qu'eux-mêmes cherchent à faire replier notre aile gauche : peut-être aussi aurait-il cherché à etfectuer un débarquement de troupes par le Frische-haff, sous la protection de chaloupes canonnières. Il n'y a absolument rien de nouveau sur tout le développement de ma ligne.
Ney.
Davout a Berthier.
Peterswalde, 16 mars 1807.
M. le maréchal Ney m'ayant fait connaître qu'il était impossible que ses chevaux d'artillerie subsistassent s'il n'en-
voyait fourrager dans quelques-uns de nos villages, j'ai envoyé l'adjudant commandant Romeuf pour déterminer, avec son chef d'état-major, les villages où son artillerie pourrait aller au fourrage.
J'adresse à Votre Altesse le rapport que m'a fait cet officier sur une canonnade qu'il assure avoir entendue aujourd'hui, vers trois heures après midi, du côté de Braimsperg.
M. le maréchal Ney m'a proposé le plan ci-joint, dans le cas où il seraitattaqué par l'ennemi ; comme il ne me paraît présenter aucun inconvénient, je l'exécuterai, et, en même temps, les divisions Morand et Gudin se réuniraient à Allenstein et Hohenstein, et seraient toutes prêtes à agir suivant les ordres que transmettrait S. M.
Davout.
Nby a Bbrthibr.
Guttstadt, 17 mars.
Il n'y a rien de nouveau à mes avant-postes ; l'ennemi occupe la même position en avant de Launau, et mes vedettes, non plus que les piquets, n'ont remarqué aucun mouvement
de troupes.
Ney.
Ney a Bbrthier.
Guttstadt, 17 mars, 4 heures de l'après-midi.
Je viens d'être informé que tous les avant-postes de Gosaques, sur la rive droite de l'Aile, vers Liebenberg, Stemberg, Stoltzhagen et Freudenberg, sont partis cet iprès-midi pour se rendre à Seeburg.
Pour juger par mes propres yeux de la position de l'en- :iemi à Launau et à Zechem, je me suis rendu ce matin à
ni âO
la tête de la forêt entre Zechern et Peterswalde ; j'ai remarqué qu'il avait beaucoup dimiDué ses forces, et je pense qu'il ne reste plus devant moi que trois ou quatre bataillons. Les vedettes de Cosaques sont également moins nombreuses : leur droite ne s'étend plus que jusqu'à Gronau.
Demain matin je pousserai des reconnaissances sur plusieurs points pour savoir si l'ennemi se dispose à évacuer la position de Launau, ainsi que le portent les rapports de mes agents secrets.
Je préviens le maréchal Davout du mouvement de l'ennemi sur Seeburg; peut-être a-t-il le dessein de faire des tentatives sur AUenstein.
Ney.
Bbrthibr a Ney.
A M, le Maréchal Ney,
Osterode, 18 mars 1807.
L'Empereur désirerait, Monsieur le Maréchal, confidentiellement entre lui, vous et moi, la véritable situation de votre corps d'armée.
Votre chef d'état-major est-il présent ? A-t-il près de lui deux adjudants commandants, six adjoints à l'étatmajor ?
Avez-vous six ou huit aides de camp ?
Avez-vous un adjudant commandant qui vous soit attaché personnellement ?
Chaque division a-t-elle son général de division présent ?
Chaque général de division a-t-il ses trois aides de camp ?
Chaque brigade a-t-elle son général de brigade ?
Chaque général de brigade a-t-il ses deux aides de camp?
Chaque division a-t-elle son adjudant commandant et -rois adjoints ?
L'administration est-elle complète ?
Quel est le présent sous les armes ?
Datns le présent sous les armes y a-t-il des hommes non innés ? Combien ?
Ce qui rentre au corps compense-t-il ce que le corps perd par maladies ou autrement ?
Ainsi augmentons-nous, perdons-nous, ou restons-nous ians la même situation ?
Gomment les vivres sont-ils assurés chaque jour ?
Chaque soldat reçoit-il sa distribution de pain et de viande ? D'où la tire-t-on et d'où la tirera-t-on d'ici à un mois ?
L'officier et le soldat souffrent-ils dans leurs cantonneoaents ?
Est-on fatigué ?
Comme tous ces détails sont confidentiels, Monsieur le Maréchal, faites connaître la véritable situation des choses : 3ela importe à l'Empereur ; l'officier que je vous adresse ittendra votre réponse.
Le Major général,
Berthier.
Ney a Berthier.
Guttsladt, 18 mars.
Le départ du régiment de Cosaques des environs de sternberg, Stolzhagen et Nosberg, ne paraît être que la .uite du service des avant-postes établis, car un autre régiaentde cette arme occupait aujourd'hui les mêmes posiions lorsque mes reconnaissances, en débouchant sur l'enlemi de divers points, l'ont reconnu sous les armes. On st rentré de part et d'autre sans commettre d'hostilités.
La reconnaissance envoyée à la pointe du jour sur Die-
trichsdorf a rapporté que Teimemi n'a pas de parti dans ce village depuis trois jours et que la dernière fois qu'il y est venu il n'y avait que quatre Cosaques.
Une autre reconnaissance s'est portée sur Somerfeld, par Petersdorf et Lauterwalde : elle a rencontré l'ennemi posté entre Lauterwalde et Somerfeld, occupant ce dernier village par deux postes d'environ 30 hommes chacun.
Le village de Regerteln est visité par des patrouilles détachées du poste de Gronau et Rosenbeck où il y a environ 400 Cosaques.
L'infanterie ennemie, d'après tous les rapports, ne quitte point la forêt de Launau; on remarque seulement aujourd'hui que le nombre en est réduit à de forts postes ; on aperçoit quatre principaux feux; le reste paraît être entré en cantonnements. Le grand bivouac de cavalerie, en avant de Launau, n'existe plus ; ainsi tout annonce que l'ennemi craignait notre présence et qu'il ne s'est déterminé à prendre ses quartiers qu'après m'avoir observé pendant quatre jours de suite ; où il n'a vu sur mon front, depuis Zechern, Peterswalde, Altkirch et Beiswalde, que des postes d'infanterie et de cavalerie pour soutenir la double chaîne de vedettes.
Ney.
Ney a Berthier.
Guttstadt, 19 mars.
Je m'empresse de vous faire connaître la véritable situation de mon corps d'armée, et je réponds aux diverses questions que renferme votre lettre, dans le même ordre qu'elles sont posées.
Mon chef d'état-major est à son poste ; il a le nombre prescrit d'adjudants commandants et d'adjoints.
J'ai un nombre suffisant d'officiers auprès de moi.
La deuxième division n*a point de général de division.
Chaque brigade a un général de brigade.
Tous les généraux ont leurs aides de camp, à Texception du général Roguet auquel il en manque un.
Mes deux divisions ont chacune un adjudant commandant, mais seulement deux adjoints au lieu de trois.
L'administration n^est pas complète à beaucoup près Tordonnateur en a rendu compte à l'intendant général.
Le présent sous les armes est de 12,385 hommes dMnianterie, officiers compris.
Il y a dans le présent sous les armes 118 hommes qui ne sont pas armés.
11 n'y a point de compensation entre les hommes qui vont aux hôpitaux et ceux qui en reviennent : la proportion commune des partants aux rentrants est de 4 à 1.
Ainsi le corps d'armée s'affaiblit.
Nous vivons au jour le jour.
Le soldat reçoit chaque jour une ration entière de viande et deux tiers de ration de pain.
La viande se tire du pays. Le pain vient partie d'Elbing, partie d'Osterode.
En pain, le service ne peut être assuré pour un mois qu'avec des ressources tirées d'Osterode ou d'Elbing ; il faut ou 7,200 quintaux de grain ou 6,000 quintaux de farine : le tiers pourrait être reçu par les corps à Osterode et les deux autres tiers expédiés d'Elbing par M. Mathieu Favier ; il faudrait pour ce versement sept convois de cinquante voitures chacun. On pourrait peut-être se procurer ces voitures dans l'arrondissement d'Elbing ou dans les cantonnements des l^r et 4« corps ; mais il est d'une haute importance que ces transports aient lieu sans délai avant que le dégel ait rendu ces chemins impraticables.
En viande, il n'en existe point dans nos cantonnements. Le service ne peut être assuré pour un mois qu'avec des secours envoyés des derrières ou du territoire occupé par les 1®"^ et 4® corps. Les bestiaux du pays ne pèsent que de 250 à 300 livres : il en faudrait donc 200 par semaine.
III îft.
Les officiers et soldats éprouvent des privations pénibles, la nécessité où. je suis de me resserrer y contribue. Les pommes de terre sont épuisées ; enfin les souffrances ou le bien-être des troupes seront déterminés par Tétat du service des vivres.
La troupe se remet de ses fatigues ; le moral est excellent; les avancements bien placés font beaucoup d'effet sur Tofficier, et Ton peut en toute occasion compter sur le corps d'armée.
En vous rendant compte, Monseigneur, du nombre d'hommes présents sous les armes à mon corps d'armée, je n'ai parlé que de l'infanterie, parce que la brigade de cavalerie légère, les 3® de hussards et 10^ de chasseurs, n'a que 250 chevaux et que le bien du service exigerait que ces deux corps fussent envoyés sur les derrières pour s'y refaire pendant quelque temps.
Votre Altesse m'a annoncé, par sa lettre du 12, qu'il me serait délivré chaque jour, à Osterode, 14,000 rations de pain et 8,000 rations d'eau-de-vie; il s'en faut de beaucoup que ces fournitures soient faites régulièrement ; les corps y envoient et, après avoir longtemps attendu, ils ne reçoivent souvent qu'une faible partie de ce qui leur revient.
Les équipages de mon corps d'armée et toutes les voitures du pays ont été employés au transport des blessés ; tout a été retenu, on ne nous a pas renvoyé un cheval. Ce défaut absolu de transport est une source de misère.
La subsistance de mes troupes est en ce moment l'objet de toutes mes sollicitudes ; mais j'espère beaucoup de l'intérêt que Votre Altesse voudra bien y prendre.
Ney.
Ne Y A Bbrthibr.
Guttstadt, 19 p(iai;9.
Votre Altesse m'a indiqué Tarrondissemei^t de Deppei^ pour y faire prendre des fourrages; cet arrondissement
que j'ai fait reconnaître se borne à deux petits villages qui n'offrent absolument aucune ressource. Je vous demande comme une mesure indispensable de m'assigner un terrain suffisant pour y fourrager et de le préserver des incursions des autres corps d'armée. Si cela est impossible, veuillez ordonner que toute ma cavalerie se retire sur les derrières de l'armée ; ce serait la perdre entièrement que de la laisser plus longtemps dans l'état où. elle se trouve.
Je suis dans le même embarras pour mon grand parc établi à Briickendorf, où les chevaux ne peuvent plus vivre ; des troupes du 4® corps y sont venues, menaçant de mettre le feu ^u village si on ne leur laissait enlever du fourrage. Je suis donc obligé de vous demander un autre emplacement pour mon parc, sans cela il deviendrait bientôt impossible qu'il pût faire un mouvement puisque le reste de ses chevaux périrait infailliblement. Les chevaux du pays, en supposant qu'il en existe, ne peuvent pas remplacer les nôtres.
Ney.
Ney a Berthibr.
Guttstadt, 19 mars.
Je vous prie de nouveau de déterminer une ligne de démarcation entre mon corps d'armée, le 3« et le 4*^, afin qu'il y ait de l'ordre dans les fourrages que l'on fait pour les besoins de la cavalerie et de l'artillerie.
Le général Grouchy me rend compte que les commandants des cantonnements sur la rive gauche de la Passarge s'opposent formellement à ce que les dragons enlèvent les fourrages; les chevaux de cette division ne sont plus nourris que du chaume des toits ; ils n'ont pas d'avoine depuis un mois.
Je TOUS prie avec instance, Mpnseigneur, d'ordonner que ions les cs^tQi^nements de l^infEoiterie du 4^ corps on ne
iijfW'
mette aucim obstacle à renlèvement des fourrages. Si la division Grouchy est encore privée pendant huit jours des secours qu^elle pourrait en tirer, elle deviendra incs^le de faire aucun service, et dans ce cas il vaudrait beaucoup mieux la renvoyer ^ur les derrières.
Nbt a Bbrthibh.
Guttstadt, 21 mars.
L'ennemi continue à avoir un peu d^inÊmterie dans la forêt de Launau ; ce sont des Kalmoucks, des Cosaques et des hussards qui font le service des avant-postes.
Le prince Bagration a toujours son quartier général à Launau. Je ne puis plus envoyer d'agents secrets à Heilsberg, ni faire revenir ceux que j'y avais déjà : les Cosaques ne laissent passer personne et maltraitent tellement tous ceux qui se présentent pour traverser leurs lignes qu'aucun individu n'ose s'y exposer.
Je n'ai point encore de nouvelles certaines de l'arrivée du IS® régiment de chasseurs à cheval.
Le général de brigade Desenfants est ici depuis hier.
Nby.
Net a Berthier.
Guttstadt, 22 mars.
Il n'y a rien de nouveau aux avant-postes; tout est dans la plus grande tranquillité.
Les troupes reçoivent aujourd'hui une demi-ration de pain ; la viande manque toujours. Le soldat ne s'en procure qu'en allant la chercher jusqu'à six lieues sur les derrières dans les cantonnements des 5^ et 4® corps, et les
bestiaux qu^îls ramènent ne fournissent pas au dixième des besoins : il en résulte d'ailleurs que les détachements employés à cette recherche diminuent encore la force des bataillons, et que la chaussure, qui déjà n'est pas en très bon état, se détériore encore davantage. La bière et le vin promis au corps ne sont point encore arrivés.
Aujourd'hui j'ai envoyé à Osterode la plus grande partie des chevaux de mon parc de réserve attelés à tout ce qu'on a pu se procurer de voitures. J'espère que Tordonnateur Joinville ne perdra pas cette occasion de nous donner du pain, de la farine ou du grain, autant qu'on en pourra charger.
Il serait à désirer aussi qu'il pût donner un peu d'avoine pour les chevaux d'artillerie, qui n'en ont pas depuis un mois.
Net.
Davout a l'Empbrbur.
Peterswalde, 2S mars.
J'observerai à Votre Majesté, relativement à la réduction de nos cantonnements du côté du maréchal Ney, que ses troupes viennent fourrager et faire des vivres dans nos villages, et que nous trouvant entre lui et la garde, nous n'avons que ce qu'il faut pour le logement des troupes qui sont très resserrées.
Davout.
Nby a Bbrthibr.
Guttstadt, !23 mars 1807.
Il n'y a rien de nouveau aujourd'hui aux avant-postes; Tennemi montre les mêmes forces qu'à l'ordinaire.
Les troupes reçoivent ce matin une demi-ration de pain et une ration d'eau-de-vie.
Net.
Net a Berthibr.
Guttstadt, 24 mars.
Un homme du pa^^s, qui a passé hier dans plusieurs cantonnements occupés par la cavalerie russe, aux environs de Freymarckt, Arensdorf et Sommerfeld, assure qu'elle doit en partir demain. Des rapports à peu près semblables m'ont été faits pour la rive droite de l'Aile par des espions ; mais je pense que ces changements n'ont lieu que pour relever par de nouveaux régiments ceux qui faisaient le service des avant-postes.
Nous n'avons d'ailleurs rien de nouveau; l'ennemi est tranquille.
J'ai reçu hier un peu de pain, d'eau-de-vie et de sel ; j'espère que ces secours continueront; la moindre interruption dans les convois ferait tomber entièrement le service.
La viande manque toujours.
Ney.
Ne Y A Berthier.
Guttstadt, 25 mars 1807.
L'ennemi a fait hier un grand fourrage et a montré 5 à 600 hommes de cavalerie à Regel teln, Gronau, Rosenbeck. Les rapports des paysans annoncent que les Russes enlèvent, ainsi que nous le faisons, la paille et le peu de bestiaux qui leur restait encore.
Ce matin, à deux heures, j'ai fait diriger un bataillon et SO chevaux sur Schonwiese, Klingerswalde et Eschenau pour fourrager. Les postes de Cosaques qui s'y trouvaient
se sont repliés. Ce détachement est rentré avec un peu de paille et quelques vaches, ressource qui est loin de suffire aux besoins. On n'a pu distribuer hier que 600 livres de viande pour les cinq bataillons qui tiennent garnison ici et à Amt-Guttstadt. Les 5® et 4® corps d'armée pourraient facilement nous envoyer des bestiaux, dont ils ne manquent pas, mais cela n'aura lieu que si Votre Altesse en donne l'ordre positif.
Je ne dois pas vous laisser ignorer que sur la route d'Elbing ici, les officiers qui commandent dans les cantonnements ne permettent pas que les voitures de transport s'arrêtent dans les villages, ni qu'on y prenne de fourrages pour la subsistance des chevaux ; il en résulte qu'il n'y a qu'une partie des denrées expédiées qui arrivent à leur destination. Il est inutile de vous représenter combien il est nécessaire de réprimer ce désordre et de protéger la marche des convois. Je répéterai à Votre Altesse ce que j'ai écrit aux maréchaux Soult et Davout : dans les circonstances où nous nous trouvons, on doit faire abnégation de corps d'armée, et toutes les troupes de l'Empereur, ne formant qu'une famille, ont un droit égal aux partages des ressources qui existent.
Nby.
Ney a Berthier.
Guttstadt, 35 mars.
Le 15® régiment de chasseurs est arrivé hier; il a remplacé les 5® et 7® de hussards, il® de chasseurs et chevaulégers bavarois qui sont partis le même jour pour Elbing.
La division de dragons du général Grouchy, perdant tous les jours des chevaux par le défaut de nouriture et par les obstacles que mettent à l'enlèvement de la paille les cantonnements d'infanterie des 5® et 4® corps d'armée, qui me tiennent étroitement bloqué, .part pour se rendre
aujourd'hui à Alt-Rapiten, Loken et environs. Le général Grouchy enverra un officier demander à Votre Altesse de désigner les cantonnements où cette division pourra faire subsister ses chevaux.
Il ne me reste plus maintenant en cavalerie qu'environ 230 chevaux des 3® de hussards et 10® de chasseurs, et 400 du 15® de chasseurs, non compris ceux de rartillerie et des états-majors, tous ne vivant plus que de mauvaise paille. Si Votre Altesse n'ordonne pas positivement aux maréchaux Davout et Soult de laisser fourrager avec ordre dans leurs cantonnements d'infanterie, je serai forcé, avant qu'il soit huit jours, de renvoyer sur les derrières les débris de ma cavalerie.
L'ennemi enlève tout ce qui existe de ressources sur mon front et sur mes deux flancs; il faudrait un grand combat pour l'éloigner de moi, et il est vraisemblable que ma position n'en serait pas améliorée.
Ney a Berthier.
Guttstadt, 26 mars.
L'ennemi a augmenté hier le nombre de ses postes d'infanterie dans la forêt de Launau vis-à-vis Zechem et Petersv^alde ; ces derniers villages sont toujours occupés par des Cosaques et des hussards. Ces légers changements senties seuls que l'on remarque.
L'ennemi paraît être comme nous dans une grande pénurie de fourrages et même de vivres ; ses soldats viennent souvent demander du pain aux nôtres, offrant en échange de l'eau-de-vie.
L'ennemi n'a pas montré d'infanterie jusqu'à ce moment sur la partie de la rive droite de l'Aile, depuis Sternberg, Stoltzhagen, Freudenberg et Wornenberg; il paraît qu'il a im bataillon à Seeburg. Les villages cités plus haut sont occupés par les Cosaques et des dragons qui envoient des
patrouilles jusqu'à portée de canon de Guttstadt : ils se gardent avec tant de surveillance sur tout le développement de cette ligne, qu'il m'est impossible de faire passer des espions au travers de leur chaîne de vedettes. On distribue aujourd'hui une demi-ration de pain.
Ne Y A Berthibr.
Guttstadt, 29 mars 1807.
Ce matin les forces ennemies dans la forêt et la position de Launau sont considérablement renforcées; il s'y trouve, à en juger par les feux de bivouac, au moins 15,000 hommes, non compris la cavalerie ; cependant on n'aperçoit aucun mouvement capable de donner des indices sur le but de cette disposition: peut-être l'ennemi s'attendaitil à être attaqué.
Le dégel qui continue toujours ne permettra pas avant douze jours d'entreprendre de grands mouvements, mais si le temps reste beau jusqu'à cette époque, on pourra passer à travers champs avec l'artillerie et de la cavalerie.
Depuis le 5 de ce mois je n'ai cessé de faire faire des abatis dans la forêt de Schmolainen pour rétrécir la ligne de mes postes d'infanterie et la mettre à Tabri de toute surprise ; mais le défaut d'outils et de bras m'empêche de faire exécuter les ouvrages en terre dont j'avais projeté la construction pour lier mes positions de défense et conserver la faculté de disposer de mes réserves si j'avais à repousser une attaque générale. Le soldat se refuse souvent m travail, quoiqu'il soit bien payé ; l'argent ne" peut stimuler son zèle dans un pays où il ne peut rien se procurer au delà de la demi-ration de pain qu'il reçoit chaque our. Il témoigne de l'humeur de ne pas recevoir la bière [u'on lui avait promise ; les voitures que les corps avaient envoyées à Elping pour la chercher sont revenues à vide; es officiers n ont encore reçu que la moitié du vin qu'on eut avait annoncé.
36i NOTES
Ces contrariétés dont je dois vous rendre compte m'empêchent d'user de la ressource que m'auraient offerte des travailleurs tirés des régiments, et je prie Votre Altesse de m'envoyer, s'il est possible, une ou deux compagnies de sapeurs, soit du quartier général impérial, soit des 3^ et 4^ corps d'armée. Sans ce secours, il me sera impossible de terminer les travaux commencés, et qui cependant sont indispensables pour suppléer aux troupes qui manquent à la garde d'un développement aussi considérable.
Les divisions russes des généraux Bagration et Tolstoy sont à Heilsberg et au camp de Launau. On n'est pas d'accord sur la force de ces deux corps, que cependant on dit être de 25 à 30,000 hommes. On croit que le général en chef Benningsen se trouve maintenant à Bartenstein.
J'ai l'honneur de vous adresser copie de rinterrogatoire subi par deux individus revenant du pays occupé par l'ennemi.
P. S, — L^ennemi n'avait occupé jusqu'à ce moment le village de Peterswalde qu'avec de la cavalerie ; ily a dans ce moment 400 hommes d'infanterie. On vient d'entendre le bruit du canon et de la mousqueterie, venant de notre gauche.
Nby.
Ne Y A Berthier.
Guttstadt, 30 mars 1807.
Les dispositions de l'ennemi pendant la journée d'hier et le rassemblement de ses forces dans la forêt de Launau semblaient annoncer qu'il était dans l'intention d'attaquer ce matin ; j'avais en conséquence doublé mes postes, et toutes mes troupes étaient disposées de manière à le bien recevoir ; mais il paraît que les mouvements de l'ennemi avaient été déterminés par la crainte d'être lui-même atta-
que. Les feux de ses bivouacs sont toujours très nombreux; ses troupes doivent être beaucoup plus fatiguées de service que les nôtres, puisqu' elles n'ont pas cessé de bivouaquer depuis le 3, jour de la reprise de Guttstadt.
Voici ce qui a pu alarmer Tennemi : hier matin, les postes en aurrière de Peterswalde ayant été relevés par le régiment de service, le capitaine de voltigeurs invita l'officier de Cosaques à retirer ses vedettes hors de la portée de fusil de nos sentinelles ; celui-ci, ne voulant pas prendre cela sur lui, fut en rendre compte à ses chefs, et bientôt après revint déclarer qu'il ne céderait pas un pouce de terrain. Le capitaine de voltigeurs avait également exigé que le village de Petersv^ralde ne fût occupé ni par l'un ni par l'autre parti, ce qui déterminales Russes à y envoyer de Tinfenterie. Pendant tous ces pourparlers les voltigeurs tirèrent sur les Cosaques et blessèrent quelques chevaux, ce qui les fit retirer sur-le-champ ; ils se tiennent maintenant à une distance convenable. L'infanterie qui occupe Peterswalde se garde avec beaucoup de précaution sans sortir du village.
L'ennemi s'attendait sans doute à être attaqué ce matin ; il paraît que mes avant-postes se sont trompés en croyant entendre hier le bruit du canon et de la mousqueterie.
Nby.
Ney a Berthier.
Guttstadt, 31 mars 1807.
Tout est tranquille sur la ligne de mes avant-postes l'ennemi se garde avec beaucoup de précaution ; il a resserré sa droite sur Peterswalde et n'occupe plus Gronau depuis hier* Les villages de Sommerfeld, Benern et Regerteln sont visités tour à tour par mes patrouilles et par celles des Russes. Un bon poste dWfantei^ie que j'ai feiit
placer hier, adossé au bois sur U flanc gaudie de Ginnui,
aura sans doute ^t replier les Cosaques qui occupaient ce
village, en leur faisant craindre d'être enlevés pendant la
nuit.
Noua commençons à Élre uapeuplua riches en pain ; j'espère, d'après les ordres que Voire Alteaae a donnés, qu'il n'j aura point d'interruption dans les convois et que le service sera régulier. Il sérail nécessaire qu'il nous fui accordé par jour 16,000 rations au lieu de 1{. Vous trouverez ciaprès la note exacte de la consommation journalière.
CoHêommatio* jounuUiire.
Présents sous les armes 11,600 rràom.
Rations des f^éraux.oIBciersdel'étal-
major généml et des divisions .... 600 —
Doubles rations des officiers des corps. 600 —
Bâtions des employés, soldats des équipages, boolai^^ers, etc 200 -—
Pour les hApitaux tOO —
16,000 ratiom.
Net.
Gultatadl, I" avril 1807.
Tout est parfaitement tranquille aux avant-postes; il par^t que tes dispositions de l'emiemi sont encore les mêmes dans la forêt et la position de Launau.
M. le maréchal Davout m'a fait part de son mouvement sur Osterode, en me prévenant qu'il laissait à proximité de moi six régiments pour me soutenir en cas de besoin. Nous sommes convenus d'une nouvelle démarcation de nos cantonnements pour faciliter un peu la subsistance àe) chevaux de mon artillerie et de ma cavalerie.
La proximité de rennemi, qui est toujours au bivouac à une portée de canon de mes avaat-postes, ne permet pas que je m'étende, comme Votre Altesse m'y invite ; car si je prenais ce parti et que je fusse attaqué un peu vivement, mes premières troupes seraient écrasées avant d'être secourues. J'ai dû disposer le corps d'armée de manière à pouvoir en moins de deux heures me porter en masse partout où le danger serait pressant: il n'y a à cela d'autre inconvénient que la difficulté de nourrir les chevaux.
Je vous prie, Monseigneur, de donner des ordres pour qu'il nous soit envoyé un peu d'avoine si cela est possible ; c'est le seul moyen de sauver les chevaux, si, comme cela paraît probable, nous devons encore rester un mois dans la même position.
Je crois qu'il serait de l'intérêt de l'Empereur de faire relever tous les quinze jours ma cavalerie par celle du 3« et du 4^ corps d'armée, de même que les chevaux strictement nécessaires pour traîner l'artillerie de mes deux divisions. Sans cette mesure, j'assure à Votre Altesse que mes trois régiments de cavalerie seront à pied, et mon artillerie sans chevaux ; on en a déjà beaucoup perdu par défaut de nourriture.
Les chevaux ainsi relevés se reposeraient et pourraient apporter pour sept à huit jours de fourrages, ce qui suffirait jusqu'au moment de leur rentrée dans les cantonnements.
Nby.
Nby a l'Empereur.
Guttstadt, s avril i807.
Sire,
Je viens de recevoir la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'écrire hier. Le Ministre de la guerre ne
m'a encore Fait connaître que trois des rêgimenla qui doivent former la 3° division ; ce sont les 31= léger, 15' et 17" de ligne; ils arriveront à Thom d'ici au 10 de ce mois. Je verrai avec beaucoup de plaisir le généra! Yandamme venir prendre le commandeinent dema 3° division. J'ai demandé au Ministre de la guerre de m'envoyer le général Liger-Belair en remplacement du général Desenfants. J'aj un nombre sufflaont de généraux de brigade; je supplie
Votre Majesté d'approuver qu'ils ao
ent employés ainsi
qu'il Buil :
l" I»TuiOD.
Mabcooubt.
Liosk-Bbi^ik.
s* DiTlMOD.
ROODBT.
GOLBEHT.
3* Diitafaw.
Bbom.
Haucunb.
La force de mon corps d'armée est de 13,800 honsM préaents sous les umes; quatre compagmes aaat, arrivé» de France, ie oorpi d'srméeestaugmeDtédepuJsIolwm)». Nous avons reçu 4,000 paires de souliers: 6,000 autm sont annoncées ; ce nombre est EufBsaut avec ce que les corps tirent de leurs propres ressources. Nous avons reçu 100 fusils; 100 autres me sont promis; l'armemeot alors sera complet.
Le service des vivres (pain) se lait régulièrement; celui de la viande est difficile et nécessite des secours. Il n'y t point de fourrages depuis longtemps ; j'ai prié le Minial« de nous envoyer d'Elbing un peu d'avoine, ne fût-ce qu'un quart de ration par jour ; cette faible quantité suffirait pour empêcher les chevaux de périr.
La situation de l'armée quant au moral est excellente; l'esprit des troupes n'a jamais été meilleur à aucune époque de la guerre.
Je supplie Votre Majesté de recevoir avec bonté l'hommage du profond respect avec lequel je suis, etc.
Nby.
Nby a l'Empereur.
Guttstadt, avril 1807.
Il n'y a dans ce moment que pour trois jours de pain et de viande; il n'est rien arrivé d'Elbing depuis le 30 mars, et rien n'est annoncé.
Le Ministre de la guerre avait ordonné, *le 27 mars, que 600 quintaux de farine restés à Mohrungen seraient donnés comme réserve à mon corps d'armée ; les caissons qui y ont été envoyés en conséquence sont revenus à vide. Cette ressource avait été détournée.
Le Ministre avait également décidé le même jour que 40,000 rations de pain^ venant de Bromberg à Osterode, seraient expédiées sur Guttstadt : cet ordre n'a point été exécuté.
Il en résulte que sans de promptes mesures le corps d'armée n'aura ni magasin de réserve à Deppen, ni subsistances à Guttstadt, situation d'autant plus alarmante que les chemins deviennent impraticables et que l'arrivée du 31^ léger va augmenter les consommations.
Je vous supplie, Sire, d'ordonner que l'ordonnateur Mathieu Fabvier expédie au 6® corps d'armée tout ce dont il pourra disposer en grains, farines et bestiaux, de manière à ce qu'indépendamment de la subsistance journalière, il puisse être formé une réserve comme Votre Majesté l'avait précédemment arrêté.
Nby.
Ne Y A Berthier.
Guttstadt, le 8 avril i807.
J'envoyai hieràPeterswalde un parlementaire avec une lettre et de l'argent pour un officier prisonnier; ce parle-
mentaire ne fut point reçu et on lui dit qu'il ne pourrait l'être avant ce matin 8 heures. Ce malin donc un de mes aides de camp s'est présenté à Zechern. Les officiers russes, ne parlant que leur langue, ont fait venir comme interprète un jeune porte-étendard qui d'abord a voulu conduire le parlementaire chez le prince Bagration, qui, disait-il, étaità Bewemicken ; mais un major s'y est opposé et a envoyé faire son rapport, d'après lequel un aide de camp du comte de Pahlen est venu recevoir la lettre et l'argent.
Pendant l'intervalle, mon aide de camp, s'apercevantque le porte-étendard était le seul qui entendît l'allemand et un peu le français, a cherché à le faire parler, comme je le lui avais prescrit. Ce jeune homme lui a donné avec beaucoup de naïveté les renseignements suivants : le général Benningsen est à 4 milles de Zechern derrière Heilsberg. Le général Lambert, commandant les avant-postes sous les ordres du prince Bagration, est à Launau, et le général Tolstoy à Langwiese, quoique ses troupes soient à Heilsberg et environs. Les Russes manquent de fourrage; ils perdent beaucoup de chevaux. On a répandu dans l'armée russe des bruits de toute espèce sur la guerre avec la Turquie ; il paraît cependant qu'on y sait maintenant la vérité; on y espère la paix, et il paraît qu'on compte peu sur des renforts qu'on attendait.
Mon aide de camp a observé que la lisière de la forêt de Launau est défendue par un abatis qui se prolonge depuis Detchen Kr. jusqu'en arrière de Petersv^ralde ; il a remarqué 60 à 80 baraques et environ 50 sentinelles en dehors du bois. Il y a 200 hommes d'infanterie en arrière du village de Zechern. Le reste du front de défense de l'ennemi est garni de vedettes très rapprochées les unes des autres : on en compte jusqu'à 80 dans un espace d'une demilieue.
Ney.
Nby a. Bbrthibr.
Guttstadt, 9 avril.
Tout est parfaitement tranquille sur la ligne de mes avant-postes.
L*ennemi a fait hier un fourrage sur ma gauche du côté de Wolsfdorf ; il paraît même s'être étendu vers la Passarge. Des sentinelles prétendent avoir entendu un bruit lointain
de canon.
Nky.
Nby a Bbrthibr.
GuUstadt, 11 avril.
C'est par erreur que j'ai annoncé à Votre Altesse qu'il existait au corps d'armée une compagnie de grenadiers et une de voltigeurs du 3« bataillon du 50° régiment. Le colonel de ce corps me rend compte que ces compagnies sont au 3^ bataillon à Boulogne.
P.'S. — Les compagnies qui se trouvaient ici n'étaient que
provisoires ; les officiers de grenadiers et de voltigeurs é talent
restés à Boulogne. Ce n'est que depuis deux jours que j'en
suis instruit, et comme les compagnies de grenadiers et de
voltigeurs des bataillons de guerre ne sont pas complètes
à beaucoup près, j'ai donné Tordre d'y incorporer celles que
je vous ai annoncées comme disponibles, qui suffiront à
peine.
Nby.
Nky a Bbrthibr.
Gutlstadt, 16 avril.
Nous n'avons point de dépôts particuliers pour les convalescents; nos malades sont évacués sur Osterode, et de là