CHAPITRE XXVll
ser. CSe ne fut qu'à dix heures du soir que les généraux. russes Markow et Barclay Tabandonnèrent. Enfin Murat pensa que le gros de l'armée russe allait aussi se mettre en retraite ; il le dit à l'Empereur, qui luimême ne crut pas à une affaire générale immédiate ; toutefois il fit presser l'arrivée d'Augereau. Le maréchal Davout était à droite sur la route de Demnau ; Ney, comme on peut se le rappeler, près de Wormditten, sur la route de Kreutzbourg, cherchait à couper le corps prussien du général Lestocq. L'Empereur le fit prévenir de se rapprocher d'Eylau et d'y arriver le 8, de manière à pouvoir livrer bataille le 9. Du moins le duc de Rovigo affirme que ces dernières paroles furent dites, mais seulement de vive voix, aux officiers porteurs des dépêches ; c'est ce qui va être éclairci plus tard.
Tandis qu'il y avait ainsi doute dans l'armée française, la résolution du général Benningsen était arrêtée délivrer bataille. Depuis huit jours, toujours poussé l'épée dans les reins, parfois faisant mine ,de s'arrêter, puis regagnant par des marches de nuit quelque avance sur nos colonnes, c'est ainsi qu'il était arrivé à une journée de Kœnigsberg.
Il n'y avait plus moyen de reculer : se laisser pousser jusqu'à cette ville et livrer bataille sous ses murs eût été jouer d'un seul coup le sort de son armée et risquer tout à la fois le dernier rempart de la monarchie prussienne.
Benningsen avait donc rassemblé toutes ses forces,
doût une partie arrivait par des routes différentes de
celle qu'il avait suivie. Il avait fait également venir de
l'artillerie, et c'était avec 80,000 hommeset 400 pièces
de canon au moins, dont 150 déposition, qu'il attendait Tarmée française dans la plaine en arrière d'Ejlau.
11 y avait enfln de grandes probabilités pour qu'il pût être promptement rejoint par le corps du général Lestocq.
Le 8 au matin, en commençant la bataille, Tarmée française n'avait en ligne que le corps de Soult de 18,000 hommes , bientôt celui d'Augereau de 15,000, la garde de 9,000, enfin les 10,000 chevaux de Murât, en tout 52,000 hommes. A partir de midi, Davout était entré en ligne avec 18,000 hommes; ce fut donc avec 70,000 hommes que Napoléon soutint le fort de la bataille; Ney n'arriva que le soir vers sept heures.
En infanterie et en cavalerie, les forces des deux partis étaient à peu près égales, mais en artillerie les Russes avaient une grande supériorité.
Le champ de bataille était ime vaste plaine d'une lieue carrée, légèrement ondulée par de petits monticules, entre lesquels se trouvaient plusieurs lacs : tout était glacé et disparaissait sous la neige comme sous un linceul.
Je n'ai pas l'intention de raconter les détails de cette terrible bataille ; j'en rappellerai seulement les carac" tères principaux et quel en fut le résultat*
Constatons d'abord la supériorité des Russes en artillerie, comme nombre de pièces et comme calibre- L'artillerie des divisions avait au moins 150 pièces d^
12 et 250 pièces de 6 ou obusiers. Toute l'artillerie à» cheval en outre était réunie et formait une réserve d^ 60 pièces. Les Français n'en avaient pas en tout plus d^