CHAPITRE XXVII
deux cents. Ce prodigieux développement de Tartillerie ne vint donc pas, comme on serait disposé à le croire, de Napoléon, qui avait fait ses campagnes d'Italie avec 40 pièces de canon.
La bataille d'Eylau fournit Texemple d'une des plus grandes charges de cavalerie qui aient été faites, d'un des plus grands et périlleux efforts qui aient jamais été tentés par la cavalerie.
On était au commencement de la bataille ; l'Empereur avait fait porter en avant le 7® corps d'armée commandé par Augereau, pour attaquer le centre des Russes, tandis que leur gauche devait être attaquée et tournée par le général Davout. Ce corps, égaré au milieu des tourbillons de neige, perdant sa direction et se jetant trop à gauche, tomba au milieu des réserves de l'armée russe ; mitraillé, chargé, il disparut presque en entier. Il fallait masquer le vide qui s'était fait dans notre centre, arrêter le succès des Russes là où s'accumulaient toutes leurs forces. L'Empereur ordonna à Murât de se jeter avec sa cavalerie sur le centre. Tout se précipite alors: dragons, cuirassiers, grenadiers à cheval de la garde ; deux lignes de l'infanterie russe sont renversées, foulées aux pieds, on arrive jusqu'à la troisième adossée à un bois. La large trouée qu'on venait de faire était jonchée de cadavres, mais il fallut revenir, et l'infanterie russe avait eu assez de fermeté pour se reformer après le passage de cet ouragan, en faisant face en arrière ; il fallut donc encore la renverser pour se frayer un passage. Là périrent : les généraux d'Hautpoul et Corbineau, Dahlman, colonel des chasî^eurs de la garde impériale. Malheureusement les dé-
tails manquent sur la manière dont fut dirigée cette grande charge.
Dans le désordre causé par cette formidable attaque, une colonne russe s'avança jusqu'au cimetière d'Eylau où était l'Empereur, et arriva à quelques pas de lui. c< Jamais rien de ma vie ne m'a plus impressionné, raconte le général Bertrand; nous tremblions tous, l'Empereur ne bougea pas ; il dit seulement plusieurs fois en voyant les Russes : Quelle audace ! et ordonna à un bataillon de la garde de s'avancer. A la vue de ces grenadiers, les Russes s'arrêtèrent. Le peloton d'escorte les chargea en tête, et, pris en flanc par la brigade du général Bruyère, tout fut bientôt sabré ou dispersé. » La grande charge avait un peu atténué le désastre du 7® corps et arrêté les Russes, qui, tout en maintenant leurs positions, étaient cependant ébranlés. A une heure environ, Davout, que l'Empereur attendait impatiemment, débouchait sur la gauche des Russes. A trois heures, il avait fait reculer de près d'une lieue leur aile gauche. Ce fut à ce moment qu'arriva à Althof le corps de Lestocq qui s'était habilement dérobé à la poursuite du maréchal Ney. Benningsen voyait sa gauche refoulée, l'ennemi déjà sur ses de^ rières ; le combat pouvait d'un moment à l'autre se changer en déroute, tandis que sa droite tenait encore ferme. Il ordonna donc à Lestocq, qui était arrivé près de cette droite, de filer derrière Tarmée russe et de s© joindre à la gauche.
Le village de Kutschitten, alors attaqué par les Prus^ siens réimis aux Russes, fut repris, mais ce fut en vaiPque Lestocq tenta de s'emparer d'Anklappen. Davou*'