CHAPITRE XXVII
[ue l'ennemi pût juger de sa position ; c'était enfin nontrer à ses propres soldats sa confiance et la leur téémoigner.
A onze heures du soir, après que Tattaque contre ichloditten eût échoué, Benningsen et ses généraux tinrent un conseil à cheval. Osterman-Tolstoï, Enoring st Lestocq émirent Tavis de préparer une nouvelle attaque pour le lendemain. « Pour la première fois, disaient-ils, Bonaparte est battu en bataille rangée ; il serait impolitique au plus haut degré de détruire Teffet moral immense produit par un tel fait en se retirant devant lui. D Le général en chef ne partagea pas cet avis. Déjà on connaissait le nombre des hommes mis hors de combat: il était de plus de 17,000, des milliers de soldats avaient en outre abandonné leurs régiments ; on ne pouvait pas compter sous les armes plus de 40,000 hommes. Les vivres manquaient complètement. Sans doute l'armée russe avait en grande partie maintenu ses positions, mais ses commimicatioassur Kœnigsberg pouvaient être coupées à droite, ^s derrières étaient menacés à Anklappen, toutes ses réserves étaient épuisées, on ne pouvait plus compter sur aucun renfort, tandis que le corps de Ney était arrivé et que celui de Bernadotte pouvait arriver pendant la nuit. A ces considérations, il faut en ajouter une qui pouvait bien n'avoir pas échappé au général russe: c'est que les 7,000 hommes de la garde impériale à pied n'avaient pas tiré un coup de fusil dans la journée (1). Or, les Prussiens qui en arrivant pendant la
(i) Correspondance de Napoléon, t. XIV. n» 11,796.
bataille avaient fait un peu pencher la balance en faveur des Russes, n'étaient pas plus de 6 à 7,000 ; la considération avait donc sa valeur.
Benningsen ordonna la retraite ; elle se ût pendant la nuit, sans être inquiétée ; les Russes prirent la roule de Kœnigsberg et s'arrêtèrent à Wittenberg qui n'en est qu'à trois lieues ; les Prussiens du général Lestocq se retirèrent par Domnau et Friedland. L'ennemi avait abandonné plusieurs milliers de blessés.
On a dit que Napoléon avait eu un instant l'intention de se retirer. Que Napoléon ait pu prévoir l'éventualité d'une retraite, cela est possible, c'était son devoir comme général ; mais qu'il ait donné aucun ordre à cet égard, c'est ce qui n'est fondé sur aucun renseignement sérieux.
Et pourquoi se serait-il retiré? A quel moment? Ce n'était pas après la grande charge; la crise était passée, Davout arrivait, et ses succès contre l'aile gauche des Russes étaient incontestables. Serait-ce au moment où les Prussiens arrivèrent et où Kutschitten fut repris? Mais Davout n'en occupait pas moins la plus grande partie du terrain qu'il avait conquis, et se trouvait à Anklappen et Klein-Sausgarten encore très avancé sur l'aile gauche des Russes. Ce fut alors qu'arriva Ney à Schmoditten et Schloditten, menaçant les communications de l'ennemi. Dès lors, il n'y avait plus de chances pour les Russes, et toutes les raisons qui décidèrent Benningsen à se retirer étaient autant d'arguments pour faire rester Napoléon,