CHAPITRE XXVIII
Aspect du champ de bataille d'Eylau. — Les Russes se retirent sur Kœnigsberg. — Napoléon prend la résolution de s'arrêter. — » Son plan. — Murât passe la Frisching. — Le général Colbert à Pompicken. — Murât aux avant^postes. — Les Cosaques. — Les dragons et le 3* de hussards. -^ Ordres pour la retraite. — Ney couvre la retraite de l'armée. — Le général Colbert couvre la retraite du 6» corps. — Le Q* corps à Guttstadt. — Le général Colbert à Heilsberg. — Il rejette Tennemi au delà de Sensée. — Ney abandonne Guttstadt. —^ Ordre de Tempereur de le reprendre. — Mouvement en avant des maréchaux Soult et Bernadotte. — Position du 6* corps.
— Fin et résumé de la seconde partie de la guerre de Pologne.
— Le général Colbert pendant cette campagne. — Des qualités nécessaires au commandement des avant-gardes et des arrièregardes.
Lorsque le lendemain Taube vint éclairer le champ de bataille silencieux et glacé, on en vit toute Thorreur. Plus de 10,000 hommes étaient là, morts ou expirais, près de 30,000 avaient été blessés, 4,000 chevaux tués. L'impression fut telle, que l'imagination grossit encore ces nombres.
Depuis, un examen fait avec plus de calme a permis d'approcher autant que possible de la vérité. Les Russes eurent 8,000 tués, près de 20,000 blessés; les Francis 3,000 tués et 7,000 blessés. L'Empereur, dans
le bulletin, porte le nombre des blessés à 5,700, sa perte en tués à 1,900; 24 pièces de canon, 16 drapeaux furent trouvés dans la neige au milieu des cadavres.
Les Russes prétendirent avoir emporté 9 aigles, l'Empereur ne parle dans son bulletin que de la perte de Taigle du 18® de ligne. Pouvait-il ne parler que de celle-là et dissimuler la perte des autres?
A neuf heures du matin, on pouvait encore apercevoir à rhorizon des Cosaques éclairant Tarrière-garde des colonnes, sur les routes de Kœnigsberg et de Domnau. L*armée russe atteignit Wittenberg dans la matinée. Après une lutte aussi acharnée, une longue marche de nuit à travers la neige, elle était dans un gi'and état de confusion et de désordre : des corps entiers avaient disparu; pour d'autres, on ne voyait plus que quelques hommes groupés autour d'un drapeau.
La consternation fut d'autant plus grande à Kœnigsberg, que Benningsen, avec sa forfanterie habituelle, y avait fait annoncer une grande victoire.
Si l'armée française eût marché sur Tapiau, la position des Russes eût été affreuse : ils se seraient trouvés resserrés dans une impasse, entre la mer et le Kurisz- Haf , sans pouvoir s'échapper. Voilà de ces conseils qu'il est aisé de donner dans un livre. Le calcul stratégique parait d'ailleurs Fort juste et s^appuie sur l'autorité de Jomini; mais, dans les circonstances données, pouvait-on prendre un pareil parti? Napoléon en jugea différemment : il résolut de s'arrêter.
« J'ai fait ce que je voulais, écrivait-il à l'Impératrice^ le 9, du champ de bataille, j'ai repoussé l'ennemi