CHAPITRE XXVIII
droite, a fini par mettre le désordre dans deux escadrons. J'ai mené moi-même à la charge successivement deux ou trois régiments, nous avons tout enfoncé, et, au milieu du succès, une colonne sortie d*un village, forte de quatre escadrons de hussards, a remis le désordre dans nos rangs, et j'ai eu la douleur de voir mes trois lignes, non pas culbutées, mais faisant demitour les unes après les autres. J'aurais voulu mourir dans la mêlée, quatre grenadiers d'élite m'ont sauvé la vie; mais je déclare, mon prince, que je ne veux plus commander à de pareilles troupes. Je n'ai pu rallier les dragons qu'à une lieue de Weissenstein, près d'Uderwangen » (1).
Maintenant voici comment le maréchal Ney rend compte de celte affaire qui se passait devant ses avantpostes :
c Romitten, 14 février.
« Ce matin la division de dragons du général Milhaud se retirait très en désordre de Weissenstein, où elle avait été inquiétée; le 3® de hussards s'étant porté en avant, les 50 Cosaques qui avaient causé cette alarme se replièrent, et la division de dragons, après avoir eu beaucoup de peine à rallier ses fuyards, rentra dans ses cantonnements » (2).
En somme, on n'avait perdu qu'une quarantaine de chevaux et il y avait eu une centaine d'hommes tués ou blessés. A notre gauche, les troupes du corps de
(i) Rapport du général Milhaud (pièces justificatives). (2) Voiries Pièces justificatives.
Bernadette ayant éprouvé un échec assez semblable, les Russes annoncèrent pompeusement dans un bulletin daté d'Eylau, du 25 février, que douze régiments français avaient été détruits en entier (1),
Quant aux dragons auxquels était arrivée cette mésaventure, ce n'était pas tout à fait de leur faute, ils étaient tout aussi braves que leurs camarades, mais leur arme avait été victime d'ime idée fausse, malheureuse : on s'était fort épris, au commencement du siècle, de Tidée de former des hommes qui fussent à la fois de bons fantassins et d'excellents cavaliers. Le matin, comme on la souvent répété, on leur démontrait que la cavalerie était impuissante contre Tinfanterie, et le soir que Tinfanterie devait inévitablement être culbutée par de bonne cavalerie. Une fois qu'on eut des hommes munis de cette double instruction, lorsqu'il s'agit d'aller en Pologne, on pensa à la mettre à profit. Il y avait de 5 à 6,000 dragons formés par le général Baraguey d'Hilliers ; on n avait pas pour le moment de chevaux pour les monter, on les fit partir à pied, et ce ne fut qu'après avoir fait ainsi 4 ou 500 lieues, qu'on leur en donna. Il est assez facile de comprendre qu'une cavalerie ainsi formée ne pouvait avoir la même expérience, la même habitude que celle composée d'hommes qui n'avaient fait que le métier de cavalier et n'avaient pas cessé de le faire. Aussi les dragons en Pologne ne furent-ils pas toujours heureux : d'où vint le nom de gibier de Cosaques, que des camarades peu charitables leur donnèrent à cette époque.
(l) Voir de Canitz, Histoire de la cavalerie.