CHAPITRE XXVIII
Ajoutons que ces gibiers de Cosaques^ peu d'années après, étant redevenus en Espagne tout simplement des cavaliers, formèrent une des cavaleries les plus belles et les plus redoutables de TEurope. On peut à cet égard interroger les Anglais.
Cependant approchait le moment arrêté dans la pensée de Napoléon pour commencer son mouvement rétrograde. Le 16 février, les maréchaux reçurent leurs instructions. Le jour fixé, tous les avant-postes devaient rester dans leurs positions ordinaires, afin de masquer le mouvement de retraite. On devait commencer par faire filer tout ce qui pouvait encombrer la marche de l'armée : la grosse cavalerie prendrait les devants; puis les corps d*armée se mettraient en marche : Davout à la droite, se dirigeant par Bartenstein sur Heilsberg, Soult au centre marchant sur Liebstadt; Bernadotte sur Wormditten ; enfin le major général écrivait à Ney : « L'Empereur, Monsieur le Maréchal, vous confie le commandement de l'arrière-garde ; vous aurez sous vos ordres, outre votre corps d'armée, la division de cavalerie légère du général Lasalle, la brigade du général Guyot détachée du corps de Soult, et la division de dragons du général Klein. »
Dans la nuit du 16, le maréchal Ney fit repasser la Prisching à sa cavalerie établie sur la rive droite et garder les ponts et les gués par de Tinfanterie,
Le 17, au matin, le corps d'armée se mit en marche 6t bivouaqua le soir autour d'Eylau que l'Empereur, avec sa garde, avait déjà quitté. Le 18, on se remit en Diarche pour Landsberg. Pour éviter Tencombrement, la cavalerie des généraux Klein et Lasalle flanquait la
division Gardanne ; puis suivait la division Marchand ; le général Colbert, qui fermait la marche, occupait encore à midi Eylau et Schmoditten. Le temps s'étant mis au dégel, la plaine était devenue impraticable; la roule elle-même fut bientôt défoncée. On avait fait sortir d'Eylau tout ce qu'on avait pu prendre de blessés; plusieurs des voitures dans lesquelles ils étaient entassés se brisèrent ou restèrent embourbées : canons, chariots d'artillerie, enfonçaient dans la boue. Voici au reste comment M. de Fezensac, témoin oculaire, raconte cette pénible journée :
a Je fus chargé, ce jour-là, de suivre le général Colbert qui couvrait la retraite; nous partîmes donc les derniers ; la route était couverte de blessés, de chariots de toutes espèces qui restaient enfoncés dans la neige. Beaucoup de blessés, réfugiés dans ces voitures, nous conjuraient vainement de ne pas les abandonner. J'arrêtai en môme temps l'explosion de deux caissons, hors la route, qu'on voulait faire sauter, lorsque je m'aperçus qu'ils étaient remplis de blessés. Le général envoya un officier pour recommander tous ces malheureux au bourgmestre d'Eylau et au« commandant de l'avant-garde russe dontlesGosaquesoccupaientla ville. Plus de cinquante chevaux du train avaient péri en route; on put craindre un instant d'ôtre obligé d'abandonner des canons qu'on parvint enfin à tirer de la boue ou de la neige où ils étaient à moitié ensevelis. »
Le 19, le corps d'armée se remit en route pour Prey-markt. Le général Colbert avait été relevé à rarrière-* garde par la cavalerie du 4® corps. Les Cosaques sa montrèrent en assez grand nombre et parvinrent à en-^