CHAPITRE XXVIIÏ
précipitant sur eux, acheva de les mettre dans une déroute complète. Dès lors, on ne les aperçut plus que nous suivant de loin. Leur rage était telle, que plusieurs dont les chevaux avaient été tués, refusèrent de se rendre et furent tués à coups de baïonnette.
En&n Tennemi renonça à toute tentative et disparut. « Le généi*al Colbert me dit, écrivait le maréchal Ney dans son rapport : Je me moque de tous les Cosacpies de la terre avec un régiment aussi bien commandé que le 39®(1). »
Pendant cette marche, le général Lasalle avec sa cavalerie légère et huit compagnies de voltigeurs était en communication avec le général Colbert, couvrant son flanc gauche, et se retirait par Eschenau, Gratken, ToUack et Alt-Wartenburg. Vers le soir, le corps d'armée avait atteint AUenstein.
On lit, dans la correspondance de Berthier avec les maréchaux, correspondance dictée par l'Empereur luimême, et en tout cas inspirée par lui, les passages suivants : « L'Empereur est immuable dans ses plans; ce ne sont pas les mouvements de retraite de Tennemi qui dirigent ses vastes projets. » Une telle prétention à Timmuabilité, en présence des événements si divers et si complexes que présente la guerre, pourrait paraître étrange, si ce n'était le génie qui parle, et on sait que le génie a de ces intuitions profondes qui semblent évoquer pour lui l'avenir et lui permettre d'asseoir ses jugements, régler ses projets avec une précision qui semble les repdre immuables,
(i) Colonel Soyer.
Ainsi, dès que Napoléon a pu juger en Pologne de la nature du pays et des circonstances, il adopte un plan de campagne dont il ne se départ plus, quelles que soient les tentatives de Teunemi pour Ten faire sortir, quels que soient les avantages que plus d*une fois il semblait lui laisser prendre ; enfin , lorsqu'il fait un mouvement rétrograde après Eylau, il s'établit derrière la Passarge, sa droite couverte par TAlle, de Guttstadt jusqu'à Allenstein. Là, quels que puissent être les mouvements des Russes, quelles que soient les inquiétudes de Ney place dans une position aussi avancée que Guttstadt, il fait établir d'une manière définitive ses cantonnements, sachant bien que les Russes ne franchiraient pas cette ligne. Toutefois il admet encore cette hypothèse : le cas où l'ennemi, s'aveuglant assez pour la franchir, oserait l'attaquer, il le recevrait sur le plateau d'Osterode, où il pouvait en un jour et demi concentrer 90,000 hommes.
Ces deux points arrêtés, Napoléon reste immuable dans ses plans : aussi, à peine reçoit-il la nouvelle de l'évacuation de Guttstadt , qu'il ordonne à Ney de le reprendre. La lettre qu'il fit alors écrire par Berthier exprime d'une manière si nette la pensée de l'Empereur, dépeint si bien la position, donne une idée si juste de sa correspondance avec les maréchaux , que je la reproduis ici en grande partie.
« Osterode, le 18 février.
« L'Empereur, Monsieur le Maréchal, m'ordonne de vous faire connaître que la position de Guttstadt est uécessaire comme tête de nos cantonnements ; il faut