CHAPITRE XXVIIl
Bernadotte se porta vers la gauche sur Mehlsac, en kisant replier tous les àvant-postes ; Soult, présentant des tètes de colonnes sur les quati*e points de Spanden, Alcken, Sporthenen et Pithenen, déboucha par Alcken et Sporthenen, et poussa devant lui tout ce qu*il rencontra.
Dans le même temps, Ney, à trois heures du matin, faisait prendre les armes sans batteries à ses troupes réunies en grande partie à Deppen ; la brigade Roguet de la division Gardanne marchait à Tennemi par Queetz, puis, laissant à droite Glottau, se dirigeait rapidement sur Guttstadt qui devait être attaqué dans le même moment par le général Liger-Belair venant de Knopen. Pendant ce temps, le général Colbert avec une brigade dHnfanlerie, le 39® de ligne, le 6« léger et sa cavalerie arrivant à Glottau, tournait à gauche, passait en avant de Guttstadt, occupait Lingnau et Altkircken , de manière à couper la retraite à Tennemi de ce c6té« La cavalerie du général Lasalle, les brigades Marcognet et Labassée étaient placées en réserve dans la plaine qui est au-dessous de Glottau, ainsi que la division dn général Grouchy qui fermait la marche.
Vivement attaqué, Tennemi se hâta d'évacuer Guttstadt; il n'avait point eu le temps de s'y établir et d'y transporter ses magasins qui étaient à Heilsberg et qui devaient arriver le jour même. Aussi le maréchal Ney, en annonçant à l'Empereur la reprise de Guttstadt , se hâtait-il de lui faire connaître la difficulté de sa position et l'impossibilité oîi il était en présence de l'ennemi de se procurer des subsistances dans un pays totalement épuisé. «Je trahirais tous mes devoirs, écrivait-il, si je
ne faisais connaître cette position à TEmpereur; » et il demandait instamment Torganisation dun service régulier de vivres.
Quant aux Russes, effrayés de cette attaque soudaine sur toute leur ligne, ne sachant pas où s'arrêterait cette marche en avant, ils vinrent d'Heilsberg dans la matinée du 4 mars, au nombre de 7 à 8,000, tàter les avant- postes de la ligne de Zechem à Peterswalde et cherchèrent à pénétrer dans la forêt de Guttr stadt : repoussés sur un point, ils se portaient sur un autre. Les Français se contentèrent de maintenir leur position par un feu meurtrier d'infanterie et d'artillerie. Le 50® de ligne fut un de ceux qui firent le plus de mal à l'ennemi. De notre côté, le 27® eut plus de 300 hommes mis hors de combat.
Après avoir fait dans son rapport un grand éloge de ses troupes, chefs et soldats, le maréchal Ney se plaint amèrement d'un de ses généraux qui a manqué par son incapacité de compromettre le succès de ces deux journées du 3 et du 4. « Ce n'est pas, ajoute-t-il, que le général Gardanne (1) manque de bravoure, mais la bravoure est la qualité la moins essentielle chez un général (2). »
Le but principal que se proposait l'Empereur, la reprise de Guttstadt, était rempli. Les généraux Berna* dette et Soult étaient rentrés dans leurs cantonnements.
(1) Il y avait dans Tarmée deux généraux Gardanne; celui dont il est question ici avait eu ses beaux jours à Marengo. L'autre Gardanne, dont Gouvion Saint-Cyr fait Téloge dans ses Mémoires, était gouverneur des pages de TEmpereur et fut envoyé en mission en Perse.
(2) Voir les Pièces justificatives.