CHAPITRE XXVIII
Ney restait seul en avant, isolé, ayant devant lui à Launau plus de 10,000 hommes, a Mes avant-postes, écrivait-il, sont à demi-portée de pistolet des Russes. Je pourrais les couvrir de mitraille, mais TËmpereur ne veut point qu'on engage ses troupes. » Cette position, outre qu'elle était fatigante, provoquait incessammeut l'ennemi sans utilité . Sur les ordres de l'Empereur, Ney se retira peu à peu.
Le 7, le général Colbert avec le 6® léger, le 39® de ligne, le 3® de hussards et le 10® de chasseurs, vint prendre position sur les hauteurs en arrière de Zechern ; Tartillerie était placée de manière à battre la plaine et le village. Suivaient les brigades Marcognet et Labassée de la division Marchand, la division Gardanne, la cavalerie du général Lasalle, formant une suite d'échelons successifs jusqu'à Schmolainen et Guttstadt.
Peu de jours après, cette position était encore modifiée : le quartier général s'établit à Guttstadt. Le général Colbert occupait Kossen, ou il devait se retrancher, et les faubourgs de la ville ; puis le corps d'armée s'étendait à gauche, de manière à occuper l'intervalle compris entre l'Aile et la Passarge , depuis Guttstadt jusqu'à Ëlditten. L'Empereur recommandait au maréchal de construire quelques bonnes redoutes, de se couvrir par des abattis et des palissades qui pussent mettre les avant-postes à l'abri des excursions de la cavalerie ennemie. Ce fut alors enfin qu'on put penser à camper les troupes et à les baraquer. Conmie le soldat avait presque toujours bivouaqué depuis le commencement de la campagne, ce devait être pour lui un grand avantage, pourvu qu^il pût avoir des distributions régulières de vivres,
car, il faut le dire, malgré la sollicitude de TEmpereur, ^ ce n'était qu'au milieu des privations que se continuait > cette interminable lutte.
J*ai prolongé ce récit, lorsque déjà depuis quelque temps rhistoire se tait.
Après la terrible journée d'Eylau, les quelques jours qui la suivirent, puis la retraite , une fois que Tarméd a franchi la Passarge, il semble qu'elle n'ait plus eu qu'à se reposer et à se refaire dans de bons cantonnements bien approvisionnés. Nous avons vu s'il en était ainsi, surtout pour le corps du maréchal Ney, dans la position avancée de Guttstadt. Si Ton consulte sa correspondance, on verra que pendant tout le mois de mars et même en avril, les avant-postes furent toujours en présence, sur le qui-vive, que tous les jours il y eut des coups de fusil tirés, et que parfois même on y entendit le canon.
Là toutefois, vers les derniers jours de mars, se termine la seconde période de la guerre de Pologne commencée le 20 janvier par l'attaque faite par l'armée russe sur les cantonnements de Ney à Schippenbeil et Bartenstein. Pendant deux mois, au fort de l'hiver, au milieu de la neige, passant de 10 degrés de froid à un temps de dégel qui rendait les marches des plus pénibles, sans magasins, souvent sans vivres , ni pour les hommes ni pour les chevaux, les deux armées n'avaient cessé de combattre avec une héroïque et si égale opiniâtreté, qu'il serait difficile de proclamer le vainqueur, si les succès des Français n'étaient constatés par ce fait : que Napoléon ût toujours en dé&nitive ce qu'il voulut, tandis que les projets des Russes furent constamment déjoués. Voici comment Napoléon dépeint les di£&cultés, les