CHAPITRE XXVIll
avancée de Guttstadt, lors de rétablissement des cantonnements, il est la sentinelle avancée qui la couvre.
J'ai pu également à chaque pas rencontrer le nom de celui qui m'inspire ce livre. Dès que le maréchal Ney a brisé à Soldau le corps du général Lestocq, il lance à la poursuite des Prussiens le général Colbert, qui, les poussant, les harcelant saus cesse, arrive jusqu'à Scbippenbeil, à 10 lieues de Eœnigsberg : poursuite hardie dont le maréchal Ney fut blâmé au point de vue stratégique, surtout à celui de la prudence, mais qui en définitive eut l'avantage de faire découvrir le mouvement agressif de Tarmée russe, donna Téveii au 6® corps, à Tarmée tout entière, et cela sans qu'on eût à regretter la moindre perte (1). Le général Colbert avec sa troupe d'élite avait su se faire jour à travers des flots de Cosaques et une cavalerie qui à la moindre hésitation pouvait l'écraser sous le nombre (2).
Lorsque l'armée marche de nouveau en avant, Colbert reprend l'avant-garde. Murât le rencontre un peu avant Landsberg, et le charge d'éclairer la marche de ses nombreux escadrons. Colbert les précède et franchit le premier, avec ses hussards et ses chasseurs, sous le feu de Imfanterie et de l'artillerie ennemies, le périlleux ruisseau qu'il fallait traverser pour aborder les Russes, qui ne cédèrent enfin que sous les charges réitérées des escadrons de fer que commandait d'Hautpoul.
Eucore tout meurtri, lui et les siens, de cette rude journée, il est envoyé pour éclairer Kreutzbourg à l'ex-
il) Correspondance de Napoléon, t. XIV, lettre 11,696. (2) Mathieu Dumas, t. XVIJI, p. 305.
62 TKÂDITIONS ET SOUVENIRS
trème gauche de rarmée, préparer la jonction du corps de Bernadette, et, revenu auprès du maréchal Ney, il passe la Frisching pour établir des communications entre le 6® corps et la cavalerie de Murât, poussée en avant vers Kœnigsberg.
Lorsque Tarmée opère son mouvement de retraite, si, pour se servir de l'expression de l'Empereur, le 6« corps a l'honneur de couvrir cette retraite, le général Colbert a l'honneur de couvrir cette arrière-garde. Le dernier, il quitte Eylau, suivant et protégeant les derniers des blessés. Toujours à Tarrière-garde pendant ce mouvement rétrograde, il est toujours en face de Tennemi* Nous l'avons vu combattre à Heilsberg, Zechem, Schmolainen, Reichenberg, Liebenberg, Spiegelberg, Guttstadt; enfin chaque jour est un combat, combats dont l'histoire ne parle pas et qui cependant ont leurs héros.
Tel est le métier^ de celui qui commande les avantgardes ou les arrière-gardes et la cavalerie légère (1) : il doit être l'œil et le bouclier de l'armée, l'œil qui suit tous les mouvements de l'ennemi, le bouclier qui la protège et pare les premiers coups; il doit l'éclairer au loin dans toutes les directions, l'avertir et la couvrir.
Tandis que par ses avant-postes il est en contact avec l'ennemi, il doit, par une communication continuelle) être toujours en rapport avec l'armée. S'il couvre les siens d'un voile qui dérobe leurs mouvements à Tennemi y il doit en même temps, par tous les moyens possibles»
(i) Voir les Mémoires de Napoléon^ t. VII, p. 64 et suivante* (Paris, Bossange, 1850).