CHAPITRE XXIX
Napoléon à Osterode. — Mission du général Bertrand près du roi de Prusse. — Situation générale de TEurope. — Difficultés pour faire vivre l'armée. — Réorganisation de l'artillerie. — Mesures prises pour compléter les cadres de Tarmée. — Quelle est la cause principale de désorganisation. — Calme de Napoléon, sa liberté d'esprit. — Citations de sa correspondance. — L'éducation des femmes. — Lettres à ses frères Louis, Joseph. — Finlcenstein. — Position de Tarmée derrière la Passarge. — Le 6* corps à Guttstadt. — Rapports du maréchal Ney. — Lettres d'Auguste Colbert. — Capi* tulation de Dantzig.
(Jû peu en arrière de la ligne des cantonnements de l'armée, à quelques lieues d'AUenstein et de Mohrungen, est un village nommé Osterode, situé sur les bords d'un lac formé par la Drewenz. C'est là que l'Empereur avait établi son quartier général ; il se trouvait à 27 lieues de Dantzig et de la ligne de la Vistule, à 40 lieues de Varsovie.
Depuis trois mois qu'il était en Pologne, malgré de terribles combats, Napoléon n'avait point encore frappé de ces coups décisifs auxquels il avait habitué le Qionde : aussi les Russes, dans leur jactance, osaient même se dire vainqueurs, et tout ce que nous avions III 4.
d'ennemis en Europe répétait qu'il était à moitié vaincu. Toutefois, tel était Tascendant de son génie, le prestige dont Tentourait sa gloire, en un seul mot, telle était sa force, sa puissance, que ces prétendus vainqueurs se sentaient incapables de franchir la limite qu'il leur avait imposée, tandis que de la grange qu'il habitait à Ostcrode, en quelque sorte impassible, il contenait l'Autriche, TAUemagne, faisait entendre sa voix à Constantinople et gouvernait son vaste empire.
Ce n*était toutefois pas sans regrets que Napoléon se voyait entraîné dans ces lointains pays ; on a pu juger des raisons qui l'y avaient amené après léna. Une fois en Pologne, il n'y avait pas trouvé ce qu'il attendait; puis la nature des lieux, le climat, avaient arrêté ses combinaisons. Mais, plus la position était difficile, plus il fallait s'élever au-dessus d'elle, la dominer. Un seul moment d'hésitation, un seul pas en arrière, pouvait tout compromettre.
Peu de jours après la bataille d'Eylau, il avait envoyé le général Bertrand près du roi de Prusse « pour lui offrir de le remettre en possession de ses États jusqu'à l'Elbe; lui dire que seul il voulait avoir la gloire de réorganiser la Prusse, barrière nécessaire entre la France et la Russie; qu'il fallait que le trône de Prusse fût occupé par la maison de Brandebourg ou par toute autre. Le général Bertrand devait faire entendre que l'Empereur ne tenait plus à la Pologne depuis qu'il la connaissait, puis enfin laisser entrevoir que la démarche dont il était chargé était aigre-dome » (1),
(1) Corresfondmce de J^fioléqn, t, XIV, n*» ^I^SiO,