CHAPITRE XXIX
Bartenstein ; mais il était trop tard : la paix venait d'être conclue à Tilsit.
Quant à rAutriche, son action, qui pouvait être directe, était bien autrement menaçante. Ne pouvaitelle se jeter sur Tltalie, ou plutôt, portant 150,000 hommes sur TElbe, placer Napoléon dans la position la plus critique, et peut-être d*un seul coup se venger d'ïïlm et d'Austerlitz ? Mais le cabinet autrichien était méticuleux, formaliste, les opinions y étaient divisées. Le prince Charles redoutait la guerre ou voulait par des lenteurs se donner le temps d*armer. Le général baron de Vincent et le général de Neipperg furent envoyés à Varsovie pour ofi&ir la médiation de leur souverain, sauf à parler plus haut lorsqu'on serait prêt et que Foccasion s'en présenterait.
On le voit, au milieu des hostilités avouées ou non avouées, des mauvais vouloirs de toute l'Europe, Napoléon fut grandement servi par le peu d'accord qu'il y avait entre ses adversaires, Tindécision, Tégoïsme des uns, la pusiUaaimité des autres. Toutefois les dangers de la position étaient grands, et il eût suffi d'un échec militaire ou politique pour qu'un tollé général éclatât contre lui d'un bout de l'Europe à Tautre. Il le savait mieux que personne, et écrivait à Gambacérès : « Rien que l'opinion que j'éprouverais en France la moindre contrariété, ferait déclarer plusieurs puissances contre nous » (1).
Aussi n'estp-ce pas une des choses les moins curieuses, dans le spectacle déjà extraordinaire de cette guerre
(i) Correspondance de Napoléon, t. XV, n« 12,336.
lointaine, que le calme en quelque sorte olympien que respire rattitude de Napoléon et dont peut faire juger sa correspondance. Hien ne montre mieux la vigueur et la sûreté des vues de cet étonnant génie.
Son but est nettement arrêté : il faut d'abord se débarrasser des Russes, les refouler chez eux et achever d*écraser les Prussiens. Tout autre dénoûment serait pour lui reculer, et il ne peut reculer.
L'Autriche a offert sa médiation, sans doute c'est pour Napoléon im embarras et une menace ; toutefois, il ne peut la repousser. Mais il sait qu'elle est longue à se décider, et tout se résume pour lui en une affaire de temps. Pour résoudre la question militaire, il fallait s'emparer des places fortes de Dantzig et de Graudenz qui pouvaient mettre en péril sa base d'opérations; enffn s'assurer des moyens de subsistance, des munitions, réunir le plus de forces possible, et puis attendre le beau temps afin de pouvoir marcher en avant.
Un des problèmes les plus difficiles était sans doute de faire vivre une grande armée pendant la mauvaise saison, dans un pays depuis longtemps occupé et épuisé. La difficulté n'était pas encore tant de se procurer des vivres que de les transporter, en plein hiver, par des routes défoncées par le dégel. L'armée russe avait, à ce point de vue, un grand avantage, ayant le port de Kœnigsberg qui la mettait en rapport avec la mer, tandis que tous les transports pour l'armée française devaient s'effectuer par terre. Aussi, malgré les soins incessants de l'Empereur, et quoi qu'on ait pudire, Tarmée eut souvent à souffrir dans ses cantonnements d'une extrême pénurie. Les lettres des mare—