‹ Le général Auguste Colbert,Chapitre 35 sur 150 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

chaux, la correspondance de TEmpereur, en font foi, et cette grave question est Tobjet de sa constante, et Ton peut dire de sa principale préoccupation. « Je suis bien i)einé, écrivail-il le 6 mars au maréchal Ney, des souffrances qu'endurent vos troupes : il y aura tous les jours 12,000 rations de pain, 12,000 de farine et 20,000 rations d*eau-de-vie à votre disposition, mais les moyens de transports nous manquent. Recommandez aux soldats d'épargner le pays ; en le ruinant, on se prive de ressources » (1).

Il mandait à Soult, quelques jours avant : « Notre

position ici sera belle lorsque nos vivres seront bien

assurés. Dites-moi clairement quelles ont été les choses

jusqu'à cette heure et où elles en sont actuellement.

Parlez-^moi du pain, des pommes de terre^ de la viande

et de Teau-de-vie. La grande dif&culté pour tirer des

vivres d'Elbing sera des voitures. Je suppose que vous

faites battre du blé dans les cantonnements et moudre

dans les moulins » (2).

Enûn, à M. Daru : « Vous ne sauriez mettre trop dactivité ni employer trop de moyens pour nous approvisionner, car tout est là. C'est la pénurie des vivres qui enchaîne toutes nos opérations ; lorsque nous en aurons, je serai maître de mes mouvements » (3).

Une autre raison lui imposait également l'inaction : presque toutes les munitions étaient épuisées ; enfin les Russes avaient montré en artillerie une telle supériorité numérique que Napoléon sentit l'indispensable

(1) Correspondance de Napoléon, t. XIV, n» 11,347.

(2) Jbid. t. XIV, no 11,886.

(3) Jbid. t. XIV, n* 11,972.

n TRADITIONS ET SOUVENIRS

nécessité d*augmenter beaucoup la sienne. Les arsenaux de Magdebourg, de Gustrin, lui fournirent de grandes ressources, et, pour utiliser toutes les munitions qui s*y trouvaient, on fit refondre des pièces françaises sur le modèle prussien ; enfin tout ce qu'il y avait d'artilleurs en France eut ordre de rejoindre. Quand on pense que Napoléon évalue à 10,000 le nombre de fusils, de petites armes perdues ou brisées dans xme bataille comme celle d'Austerlitz, on peut se faire une idée de Timmense consommation qui avait dû se faire en équipements, harnachements, vêtements, bottes ou souliers, toutes choses qu'il faut nécessairement entretenir ou renouveler.

Il y avait enfin à combler les vides qui s'étaient faits dans Tannée. Le nombre des blessés, depuis cette seconde partie de la campagne, pouvait s'élever à 7,000 (1). En suivant la proportion indiquée par les rapports de M. Daru, qui est de 47 blessés sur 136 malades, on arrive au chiffre d'environ 28,000 malades et blessés(2), auxquels il faut ajouter, d'après les éva-

(1) Voir le rapport de M. Daru. Précis des événements militaires, t. XIX.

(2) La constatation exacte du nombre des blessés est fort difficile à faire, parce que ce nombre varie incessamment. Ainsi on a pu porter, d*aprè8 les renseignements qui semblent les plus dignes de foi, le nombre des blessés à la bataille d*Eylau à 7,000, et, peu de temps après, on voit Larrey affirmer que le nombre des blessés, depuis la reprise de la campagne, ne dépasse pas 6,000. Le 8 mars, c'est-à-dire un mois après la bataille, M. Daru ne fait monter le nombre des blessés qu*à 4,600, ce qui étonne fort l'Empereur, qui supposait C9 nombre plus considérable {*). Pour ce qui est du chiffre de 7,000 blessés à Eylau, on peut, dans une certaine mesure, expliquer ce chiffre. Le soir ou le lendemain d'june bataille, on porte comme blessé tout C9

C^) C^rresptmdoMCC de Napoléon, n«* 11,784 et 11,802.

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