CHAPITRE XXIX
laborieux et savant. Le général Ghasseloup-Laubat commandait le génie, Lariboisière Tartillerie ; enfin TEmpereur, n'étant pas éloigné, exerçait toujours la suprême direction. En nommant Lefebvre au commandement en cbef, il avait voulu rendre hommage au courage du grenadier, et mettre en évidence un homme qui s'était élevé par sa bravoure seule.
Cependant le prince Jérôme, secondé par Yandamme, achevait la conquête de la Silésie. Glogau, Breslau^ Brieg, Schweidnitz, étaient tombées en notre pouvoir; Neisse, Qlatz, Kosel, allaient bientôt subir le même sort.
Je parlais, il y a peu d'instants, du calme que montrait Napoléon au milieu des préoccupations de la politique et de la guerre* Déjà plus d'une fois j ai eu occasion de faire remarquer avec quelle facilité ce merveilleux esprit embrassait à la fois l'ensemble des combinaisons les plus Vastes et pénétrait les moindres détails.
Une lettre, prise entre tant d'autres, peut montrer jusqu'où allait cette prévoyance minutieuse qui ne laissait rien échapper, car nul mieux que Napoléon ne savait qu'il n'y a pas de détail si infime qui ne contribue au résultat de l'ensemble.
« Finkenstein, 18 avril 1807,
« Monsieur le général Sangis, 700 dragons sont parais il y a quinze jours et sont arrivés à Breslau ; 700 autres viennent d'y être envoyés. Il me faut donc à Breslau et à Glogau 1,400 fusils de dragons. Il manque 200 sabres et 1,400 paires de pistolets. J'y ai envoyé
600 cuirassiers, auxquels il manque 250 sabres et 600 paires de pistolets. J y ai envoyé 800 chasseurs el hussards, auxquels il manque 300 sabres, 800 paires de pistolets et 800 carabines. Il y a outre cela, à Breslau et en Silésie, 2,000 malades français, dont 400 sont déjà guéris, c'est encore 2,000 fusils qu'il faut »(1).
On peut juger aussi de ce qu'il exigeait de ses lieutenants. Il terminait ainsi une lettre adressée à Junot: « Avant de vous coucher, rendez-moi chaque jour compte de ce que vous avez fait et vu dans la journée, et de la manière dont se fait le service » (2).
Mais ce n'est pas tout : sortant de cette atmosphère de négociations politiques, de combinaisons militaires, de soins administratifs et de détails techniques, on le voit, avec une singulière liberté d'esprit, s'occuper des sujets les plus divers; ainsi, c'est avec une justesse de vues, une délicatesse de pensées et de sentiments qu'on ne saurait dépasser, que d'Osterode il écrit tout un programme d'éducation pour les jeunes filles d'Ëcouen. J'en citerai quelques passages, ils donneront peut-être au lecteur le désir de le connaître dans son entier :
a Qu'apprendra-t-on aux demoiselles qui sont élevées à Écouen ? 11 faut commencer par la religion dans toute sa sévérité. N'admettez, à cet égard, aucune modification. La religion est une importante affaire daas une institution publique de demoiselles. Elle est, quoi qu'on en puisse dire, le plus sûr garant pour les mères et pour les maris. Elevez-nous des croyantes et non pas des raisonneuses. La faiblesse du cerveau des ferrx-
(1) Correspondance de Napoléon, t. XV, n® lâ,40S.
(2) Id., t. XV, no 13/d2.