‹ Le général Auguste Colbert,Chapitre 40 sur 150 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

signalé à Ostrolenka sur les troupes du général Essen, il était alors placé sous les ordres du maréchal Masséna. Varsovie était occupée par une division bavaroise.

J'ai déjà parlé de Mortier, qui était en Poméranie, des troupes avec lesquelles le prince Jérôme était chargé d'achever la réduction de la Silésie, enfin de celles occupées au siège de Dantzig.

Jeté en avant dans sa position de Guttstadt, entre l'Aile et la Passarge, Ney formait lavant-garde de Tarmée. Les Russes ne pouvaient faire un mouvement sans qu'il s'en aperçût, lui-même ne pouvait bouger sans les avoir à l'instant sur lui, et, comme je l'ai déjà dit, quoi qu'il n'y eût pas d'affaires bien sérieuses, on était constamment sur le qui-vive.

J'ai sous les yeux ce qu'on pourrait appeler le journal du maréchal Ney, sa correspondance avec l'Empereur et le major général : on y voit ses inquiétudes continuelles,, oui, les inquiétudes de Ney! Car cet homme si bouillant, toujours prêt à offrir sa poitrine aux balles de l'ennemi, était le chef le plus vigilant, le plus prudent. Ney, dont nul ne dépassait l'audace dans le combat, se montrait la veille inquiet, mais de cette inquiétude du lion, toujours prêt à s'élancer. Aussi parfois lui échappait-il de ces mots : « Si l'ennemi continue à me serrer de si près, je l'écraserai. »

Ses divisions formant entre elles des échelons pouvaient se réunir promptement et conservaient les principales communications. Toutefois le maréchal observait que, dans l'hypothèse oti l'ennemi se porterait en force sur Wolfsdorf et Lingnau, il serait obligé de se concentrer sur Queetz et Anckendorf, si le maréchal Soult ne m 5.

pouvait venir à son secours. Quant au pont de Bei^fried, le maréchal ne cessa de le signaler comme une trouée par laquelle on pouvait pénétrer sur ses derrières, et insistait sur la nécessité de le faire occuper par des troupes du maréchal Davout.

Enfin voici comment il se résumait : « Si Tennemi prend l'offensive, la position de mes troupes éloignées comme elles le sont de tout appui n'est nullement rassurante. J'ai à peine 14,000 hommes d'infanterie et au plus 600 chevaux. Le terrain que j'occupe est accessible partout. » L'événement prouva qu'il avait raison. Puis il ajoutait : « Cependant, si l'intention de Sa Majesté est que je tienne même contre des forces supérieures, je le ferai sans doute avec toute la vigueur dont mes troupes sont animées ; elles ne demandent qu'à bien faire leur devoir » (1), Ici encore le maréchal disait vrai. Voilà le véritable homme de guerre, il apprécie sa position, en mesure les dangers, les signale, mais est tout prêt à les braver s'il le faut.

Les troupes une fois baraquées, couvertes par des postes d'infanterie, retranchées derrière des ouvrages en terre, des palissades, des abatis nombreux faits dans la forêt de Launau et dans Guttstadt, purent jouir d'un repos réel ; cependant, comme on était fort près des Russes, il n'y avait pas de jour où des coups de fusil ne fussent échangés, ou que les vedettes ne fussent attaquées par les Cosaques, ce qui parfois donnait lieu à des luttes fort vives et à de beaux traits de courage que le maréchal se plait à raconter. Au milieu d'un

(1) Voir les Pièces justidcativés.

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