‹ Le général Auguste Colbert,Chapitre 45 sur 150 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Bagration. Le colonel Soyer, avec le 39«, lui barra le passage. Attaqué par Tinfanterie, chargé plusieurs fois par la cavalerie, ce brave régiment résista, et ce ne fut qu'après les plus grands efforts que rennemi s'empara d'Altkirck. Cette vigoureuse résistance permit au maréchal et au général Marchand de prendre leurs dispositions de défense et aux avant-postes de Peterswalde de se replier. Les autres colonnes russes arrivèrent également sur Amt-Guttstadt, Wolfsdorf, et TAUe fut franchie à Bergfried. Dès huit heures du malin, le 6^ corps était entouré et ses communications interceptées avec le corps du maréchal Soult et celui du maréchal Davout.

Mais c*était dans ces moments de suprême danger que Ney grandissait de toute sa hauteur, que le héros apparaissait tout entier. Rien n'égalait alors la promptitude, la sûreté de son coup d'oeil : il voyait tout, prévoyait tout et parait à tout. Sa contenance, son sangfroid fortifiaient les cœurs et les remplissaient d'un courage invincible. Ce ne fut que vers les onze heures, que les Russes, s'avançant sur un terrain qui ne leur était cédé que pied à pied, purent déployer sur le front de Lingnau et d'Altkirck environ 15,000 hommes d'infanterie, une nombreuse artillerie et autant de cavalerie, dit le maréchal, « que j'avais d'infanterie ». Comme cavalerie, il n'avait que les trois régiments du général Colbert, le 10® et le 15® de chasseurs, et le 3« de hussards : en tout 6 à 700 chevaux.

Bientôt l'affaire devint tellement vive, que souvent toutes les brigades et les divisions réunies ne cessaient faire des feux de deux rangs et par bataillons. L'en-

nemi, renouvelant sâns cesse ses charges, essaye de nous enlever avec sa nombreuse cavalerie. Le 6®, le 25® et le 31® de ligne les repoussent cinq fois avec une admirable bravoure; le 15® de chasseurs et le 3® de hussards se multiplient et font des prodiges de valeur (1 ). Chaque fois que Tennemi charge notre infanterie, ils en profitent pour tomber sur lui et le culbuter. Le colonel du 15® de chasseurs. Mouriez, est tué ; le chef d'escadron Valmabelle, Adrien d'Astorg, aide de camp du général Colbert, blessés et faits prisonniers (on les avait crus morts), Rodolphe de Latour-Maubourg blessé et nombre d'autres officiers de chasseurs et de hussards tués ou blessés. A côté du maréchal, le général Roguet est renversé d'un coup de mitraille.

A deux heures, le corps d'armée commença sa retraite sur Deppen. Pendant deux heures encore, malgré les charges réitérées de la cavalerie ennemie, malgré les efforts de son infanterie, pas un peloton ne fut entamé. La retraite s'opéra avec un ordre et un ensemble qu'on obtient rarement dans ime affaire aussi chaude ; et, sans avoir perdu ni un drapeau ni un canon, le maréchal prit position à Anckendorf.

L'armée russe s'était arrêtée, ayant son avant-garde à Queetz, sa droite appuyée au petit lac de Nauendorf ; sa gauche s'étendait jusqu'à Glottau.

c< Je viens de reconnaître la position et les forces de l'ennemi, dit le maréchal dans son rapport : il montre deux grande lignes d'infanterie et une de cavalerie ; j'ai estimé, de même que les généraux qui m'accom-

(1) Voir le rapport du maréchal Ney. (Pièces justificatives.)

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