‹ Le général Auguste Colbert,Chapitre 48 sur 150 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Le 5, pour faciliter Tatiaque contre le 6^ corps, des iémonstratioiis avaient été faites par les Russes le long le la Passarge; le pont de Lomitten, vivement attaqué, avait été énei^iquement défendu par le général Frëre^ du corps de Soult. A Spanden, le corps prussien avait été repoussé par le maréchal Bernadotte, qui fut blessé d'une balle derrière Toreille. L'Empereur donna le commandement du 1®"^ corps au général Victor, récemment fait prisonnier, et qui venait d'être échangé contre Blûcher.

Dès le 5, à deux heures, Napoléon apprenait ces diverses attaques ; immédiatement il fait prévenir les maréchaux Soult et Davout de se lier, le premier par sa droite, le second, par sa gauche, au maréchal Ney. En même temps, Tordre est donnéà Lannes de se porter sur Kreutzbourg; le grand-duc de Berg reçoit celui de rassembler toute la cavalerie de réserve. Ces ordres étaient envoyés à la fois par le major général et l'Empereur, qui écrivait à chacun des maréchaux. Dans les ordres donnés à l'adjudant général envoyé près de Ney, je remarque qu'il lui est recommandé de donner cinq et six fois de ses nouvelles dans la journée, et plus s'il est nécessaire.

Le mouvement offensif des Russes n'avait nullement pris Napoléon au dépourvu, mais l'avait étonné. « Qu'est-ce que tout cela veut dire? écrivait-il; il est absurde qu'ils veuillent tenter une affaire générale après la prise de Dantzig... Cette marche vers Allons tein

Ihieu Dumas et celui de M. Thiers. Je me suis surtout appuyé sur les '(apports du maréchal Ney.

pourra donner lieu à des choses singulières» (1). Ce qu'il ordonna donc d'abord fut la concentration de ses troupes, indiquant même Saalfeld comme le point de rassemblement, dans le cas où Tennemi continuerait son mouvement en avant. Mais les Russes restant immobiles devant Deppen, sur la rive droite de la Passarge, il s'y porta dès le 7 avec sa garde, le corps de Lannes et les divisions de cavalerie de Lasalle, de Grouchy et de Nansouty. L'Empereur se rendit au bivouac du maréchal Ney, voulant le féliciter en face de toute l'armée, a Ce fut un beau spectacle, m'a raconté souvent un des témoins de cette scène. Le 6® corps était sous les armes, et nous défilions devant lui. Ce n'était pas sans émotion que nous voyions ces braves régiments, tout fiers de leur lutte de la veille ; tous les yeux cherchaient l'intrépide maréchal. Parmi les généraux du corps d'armée, plusieurs étaient connus : Marchand, Maucune, etc., etc. Mais, ajoutait celui qui me rapportait ces souvenirs, et il me sera permis de le suivre, pour nous autres jeunes gens entrant dans la carrière, il y en avait surtout un qui attirait notre attention : c'était le général Colbert. A cheval à la tète de ses escadrons, on était tout d'abord frappé de celte grande distinction qui était en toute sa personne ; son air de jeunesse contrastait avec les visages brunis des vieux soldats qui le suivaient, et l'on s'étonnait cependant de voir en lui un soldat d'Italie, un Égyptien. Chacun se rappelait léna, la dernière campagne... Nous savions quelle était sa bonté pour les jeunes gens; aussi le général Colbert était-il pour nous l'objet d'une

(i) Correspondance de Napoléon, t. XV, uo» 12,731 et 12,741.

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Sympathie toute particulière, et un modèle que nous nous efforcions de suivre (1).

L'Empereur, voulant s'assurer quelle était la force de lennemi devant Deppen, le fit tâter par quelques troupes d'infanterie et de cavalerie, conduites par le général Maucune. On acquit la certitude que les Russes , étant en forces, s'étendaient du côté de Schlitt.

La concentration de Tarmée française avait été si rapide, que, dès le 7, Napoléon était à Deppen avec deux corps d'armée, sa garde et sa cavalerie de réserve, Mortier àMohruDgen; Davout, qui avait fait un mouvement à gauche pour appuyer la droite de Ney, allait franchir la Passarge à Nauendorf; Victor et Soult poussaient des reconnaissances en avant de Spanden, et, dès le 8, le maréchal Soult, débouchant par Elditten et Pithenen, marchait sur Wolfsdorf, afin de meuacer les communications de l'ennemi avec le camp d'Heilsbei^.

Le 9 au matin, l'Empereur fit franchir la Passarge aux corps qui étaient avec lui à Deppen; le grand-duc de Berg poussa vivement l'arrière-garde de Bagration, et, après de beaux combats de cavalerie livrés par la division Lasalle et la division Nansouty, l'ennemi fut obligé de se jeter dans Guttstadt, où Murât entra de vive force, après l'avoir rejeté sur la rive droite de l'Aile. Le corps de Ney et celui du maréchal Lannes occupaient Guttstadt. Pendant ce temps, l'armée russe, se retirant par la rive droite de TAlle, gagna Heilsberg dans la nuit. Le 10, la cavalerie de réserve, le corps du maréchal

(1) Celui qui parlait ainsi était le "général de Lawœstinc. (Voir les I*ièces juslilicalives.)

Soult et celui du maréchal Lannes descendaient la rive gauche, Davout occupait Altkirck, Mortier Guttsladt, Ney restait en réserve avec la garde.

Ainsi donc, tout ce grand mouvement o£Fensif de Tarmée russe aboutissait, au bout de quatre jours, à une retraite sous le camp retranché d'Heilsberg. La route de Kœnigsberg par Landsberg à Eylau était ouverte, et Tarmée française, en franchissant la Passarge, coupait le corps de Lestocq de Tannée russe.

Dans ces conditions, Heilsberg n'avait plus, à bien dire, d'intérêt stratégique, mais la position était forte et préparée de longue main. Benningsen comptait sur la solidité de ses troupes, et espérait là trouver, un second Eylau. Ses prétentions ne pouvaient pas aller plus loin, et encore cette fois il avait devant lui une armée supérieure en nombre, dans toute sa force et Tentrain d'un premier élan. La cavalerie de réserve et Soult arrivèrent devant Heilsberg. Murât, entraîné par son ardeur, engagea précipitamment sa cavalerie contre une armée qui s'appuyait sur une position retranchée et hérissée de canons. Soult le suivit, deux régiments de fusiliers de la garde et la division du général Verdier du corps du maréchal Lannes, furent également engagés. L'Empereur n'était arrivé qu'un peu tard sur les lieux. Le combat fut des plus sanglants : de part et d'autre on montra ime ardeur et une opiniâtreté peu communes. Il n'y eut pas d'autre résultat que 18,000 tués ou blessés, Russes et Français couchés sur le champ de bataille, et beaucoup d'honneur pour ceux qui soutinrent cette lutte : Soult, le général Saint- Hilaire, Savary, le général Roussel, de la garde, qui eut la tète emportée par un boulet. Le

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