‹ Le général Auguste Colbert,Chapitre 49 sur 150 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

général Espagne avait été blessé, Murai eut un cheval tué sous lui. Mon père n'était pas à Heilsberg, mais dans sa correspondance, il dit, en parlant de cette affaire : «Mon frère Edouard a bien fait. «Effectivement, je trouve dans le bulletin (1) : « A Taffaire d*Heilsberg, le colonel Colbert, du 7® de hussards, a montré la plus brillante intrépidité. » Du côté des Russes, il faut citer Bagration, Uvarow, le général Losching qui fut tué. Ce dernier, par son audace et son habileté, avait sauvé Bagration d'une déroute complète.

Le lendemain, l'Empereur fit ranger les corps d'armée comme pour une grande bataille, et disposés de façon à ce qu'elle fût décisive. Les Russes restèrent immobiles ; on les voyait massés en colonnes , au milieu de leurs canons. L'Empereur ordonna alors au maréchal Davout de se porter sur Grossendorf, de manière à intercepter le chemin d'Eylau. Benningsen était dans une grande perplexité ; il était déjà convaincu qu'un corps français considérable était en marche sur Kœnigsberg ; l'attitude de l'armée française, que les pertes de la veille n'avaient point éprouvée, tandis que sa propre armée était déjà affaiblie, le mouvement enfin de Davout qui menaçait de déborder sa droite, le décidèrent à abandonner, dans la nuit du 11 au 12, le camp de Heilsberg, et loute l'armée russe, passant sur la rive droite de l'Aile, se mit en retraite sur Bartenstein.

L'impuissance de l'armée russe était démontrée par l'abandon de la rive gauche de l'Aile ; elle laissait ses Wessés, ses magasins, ses retranchements élevés avec

(1) Correspondance de Napoléon, t. XV, n® 12,793,

tantdepeme, etNapoléon tenait désormais la corde de Tare que Benningsen avait à décrire pour secourir Kœnigsberg ou gagner Wehlau, sa ligne de retraite sur la Prégel.

Ce ne fut toutefois que le 1 3 que le plan de Napoléon se dessina complètement. Tandis qu'il contenait les Russes à droite, épiant le moment de les écraser, il envoya sur sa gauche 50,000 hommes pour achever de disperser le corps prussien auquel était jointe une division russe, et s'emparer de Kœnigsberg, la grande et importante communication des alliés avec la mer, le dépôt principal en vivres, en munitions, enfin la dernière ressource, le dernier espoir de la monarchie prussienne.

Est-ce à dire que Napoléon eût conçu ce plan dès le premier jour de la reprise des hostilités? Non. Ainsi qu'on l'a remarqué, il pouvait bien avoir dès le début l'œil sur Kœnigsberg, sur son importance, mais il ne se décide à y porter un grand détachement, ce qui pouvait offrir quelque danger, que lorsque les Russes ont abandonné Heilsber^, et qu'il s'est convaincu de leur impuissance. Ce ne fut donc que le 13 juin, de Preussich-Eylau, que Murât reçut Tordre de se porter avec la plus grande partie de sa cavalerie de réserve sur la Frisching, de la franchir à Gross-Lauth, et de marcher sur Kœnigsberg. Davout devait le suivre par Wittenberg, et Soult se diriger sur Kreutzbourg. « Poussez votre reconnaissance vivement, mandait l'Empereur; si vous voyez moyen d'entrer dans Kœnigsberg, vous devez de préférence y faire entrer le maréchal Soult, parce que je préfère y entrer par ma gauche » (1).

(1) Correspondance de Napoléon, t, XV, n® 12,749.

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