‹ Le général Auguste Colbert,Chapitre 50 sur 150 · CHAPITRE XXX iOl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX iOl

Le reste de l'armée était à Eylau et dans les environs; le 1®*" corps, commandé par le général Victor, avait rejoint ; Ney occupait Schloditten et Althof, ces villages oh il était arrivé le soir de la grande bataille. Maintenant, au lieu du lugubre spectacle qui était resté dans tous les souvenirs, se montraient, au milieu de vertes campagnes, de nombreux villages aux blanches murailles ; au lieu de ces champs glacés qui, naguère encore, retentissaient sous les pieds des chevaux, sur lesquels bondissait Tobus, on voyait des lacs tranquilles réfléchissant une riante nature ; on avait peine à reconnaître les mêmes lieux, et on eût voulu retrouver un souvenir qu'on l'eût cherché en vain. La nature ne conserve pas plus le souvenir de nos douleurs et de nos joies qu'elle ne s y associe; immuable, elle poursuit son cours, nous passons devant elle, et le même soleil éclaire les champs de carnage ou les jours d'allégresse.

Tandis que Lannes se portait sur Domnau, Mortier et Ney sur Lampasch, que l'Empereur avec sa garde et le 1**" corps était encore à Eylau, Benningsen, descendant la rive droite de l'Aile, se trouvait le 13 à Schippenbeil, tourmenté de la pensée qu'un corps français pourrait se porter sur Kœnigsberg ou le devancer sur la Prégel. Il se hâta donc d'envoyer en avant le prince Galitzin avec 32 escadrons et 20 bouches à feu, pour occuper Friedland, où ne se trouvaient que quelques escadrons de hussard français. Il est à observer qu'à ce moment, Benningsen ne pouvait que conjecturer le mouvement sur Kœnigsberg, puisque ce ne fut que ce même jour, le 13 à onze heures du matin, que les orin 6.

i02 TRADITIONS ET SOUVENIRS

dres de se porter sur cette ville furent donnés à Murât, à Soult et à Davout.

Les Russes apprirent qu'à peu de distance derrière Posthenen était le général Oudinot, avec 8 à 10,000 grenadiers, et que ce n'était qu'en arrière que se trouvait le gros de l'armée. Ils se contentèrent d'occuper Friedland et de reconnaître Posthenen, Southenen et Henrichsdorf.

Friedland est une petite ville sur la rive gauche de l'Aile, située dans un coude fort aigu formé par la rivière. L'espace déjà fort restreint est encore diminué par un ruisseau aux bords escarpés, qui divise l'angle en deux parties.

Benningsen n'arriva que le soir à 8 heures ; le gros de son infanterie était en arrière, et, au lieu d^attaquer de suite, avec ce qu'il avait de monde, le corps firanr * : çais le plus rapproché, il donna ordre de jeter des ponts ■ jii sur l'Aile pour faire passer toute son armée. Ainsi le même homme, qui, deux jours avant, derrière des retranchements, n'avait osé tenir devant l'armée française, allait aujourd'hui l'attaquer dans les conditions les plus défavorables. Dira-t-on que la fortune le livrait à Napoléon? Eh! non. Ici le génie dominait la fortune, et du jour où le général russe avait été rejeté de l'autre côté de l'Aile et avait abandonné Heilsberg, il se débattait contre des impossibilités et devait être partout devancé, soit qu'il se retirât sur Wehlau, soit qu'il tentât dé secourir Kœnigsberg. Tel est le caractère des combinaisons stratégiques conçues par le génie : c'est de décider de la victoire avant le combat, qui semble u'être plus qu'une affaire de détail, détail, il faut h

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