‹ Le général Auguste Colbert,Chapitre 51 sur 150 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

dire, auquel Napoléon s'entendait aussi admirablement bien. Ainsi, dans le cas présent, le problème se réduisait à broyer, à détruire avec 80,000 hommes, libres de tous leurs mouvements, une armée de 60,000 hommes entassés sur un espace étroit, entourés de toutes parts, pouvant à peine se mouvoir, et ayant à dos une rivière.

On sait d'ailleurs Thabileté suprême de Napoléon à frapper les coups décisifs, quelle grandeur, quelle importance il savait donner à ce dernier acte du drame, où toute la gloire d'une campagne venait se résumer dans ces noms immortels de Marengo, Austerlitz, léna, auxquels il allait ajouter celui de Friedland.

Lorsque Tarmée russe commença à passer les trois ponts sur l'Aile pour occuper Friedland et la rive gau- ^^, elle n'avait devant elle que les dix bataillons de tiers et de voltigeurs d'Oudinot, trois régiments ^ dragons, un régiment de hussards et deux régiments de grenadiers saxons, tout le corps du maréchal Lannes, moins la division Verdier. Les mouvements des Russes étaient très lents ; de Sporthenen où ils étaient, jusqu a Henrichsdorf, où ils voulurent établir leur droite, il y avait environ deux lieues. Lannes et Oudinot déployèrent beaucoup d'habileté pour défendre un front aussi étendu, avec les douze ou treize mille hommes qu'ils avaient ; se couvrant des feux de leurs tirailleurs, profitant des bois, des accidents de terrain, faisant manœuvrer leurs colonnes, ils purent faire croire à la présence de forces beaucoup plus considérables.

L'Empereur, prévenu, s'empressa d'envoyer Mortier à leur secours et hâta la marche de Ney, de Victor et

de sa garde. Puis il fit écrire à Murai : « L'ennemi est ici en bataille avec toute son armée ; il a voulu d'abord déboucher parla route de Stockeim sur Kœnigsberg; maintenant il ne parait plus songer qu'à recevoir la bataille qui va s'engager. J'espère que vous serez entré dans Kœnigsberg, et, comme le corps de Soult suffit pour garder cette ville, vous vous serez sans doute rabattu avec le reste de la cavalerie et le corps de Davout sur Friedland. Gela est d'autant plus urgent qu'il est possible que Tafifaire dure encore demain. Tâchez donc d arriver à une heure du matin. Si j'aperçois au début de Faction que l'ennemi soit trop en forces, il serait possible que je me contentasse aujourd'hui de le canonner et que j attendisse votre arrivée » (1).

Précédant alors ses troupes, l'Empereur arriva vers une heure en vue de Friedland. Lanncs et Oudinot l'attendaient avec impatience. Depuis trois heures du . matin ils étaient en présence de l'ennemi et se battaient -j depuis six heures. Les habits d'Oudinot étaient déchirés par les balles, son cheval était couvert de sang. Tout bouillant de l'ardeur du champ de bataille : « Hâtezvous, Sire, dit-il à TErapereur, mes grenadiers sont bien fatigués, mais donnez-nous du renfort, et nous jetteroDs les Russes à l'eau. » Lorsque l'Empereur eut \ vu lui-même la position, il ne voulut pas croire d'abord que rintentioQ des Russes fût de rester de ce côté de l'Aile, tant la position lui parut extraordinairement ^ aventurée.

Après avoir envoyé plusieurs officiers, il dépêcha

(1) Vie politique et militaire de Napoléon, t. Il, p. 414.

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