CHAPITRE XXXI
Le traité débutait ainsi : « L'empereur des Français, par considération pour son auguste allié Tempereur de loutes les Russies, consent à rendre au roi de Prusse une partie de ses États. » Tout ce qui avait été acquis depuis Frédéric, à l'exception de la Silésie, lui était enlevé. Sur une population de dix millions environ d'habitants, on lui en prenait plus de quatre millions. Si les conditions étaient dures, la forme était outrageante. Ainsi, l'Empereur ne traitait pas même directement avec le roi de Prusse, c était avec l'empereur Alexandre et à sa considération qu'il accordait de telles
conditions.
Il faut le dire, cette affaire de la Prusse, déjà si sérieuse, si difficile au point de vue politique, se compliquait encore par l'irritation des personnes. Napoléon avait voulu d'abord se faire du roi de Prusse un allié puissant; il n'avait jamais rencontré en lui qu'un allié douteux, acceptant les avantages qui lui étaient offerts, mais nourrissant toujours uue inimitié qui finit par éclater, et la guerre fut moins dirigée contre la puissance française que contre Napoléon. C'était l'homme de la Révolution, l'intrus sur un trône, que poursuivait le parti de la cour animé par la reine. Depuis les désastres d'Iéna jusqu'au lendemain d'Eylau, Napoléon, toujours convaincu de la nécessité de l'existence de la Prusse, avait plusieurs fois offert la paix ; mais Frédéric-Guillaume la repoussant toujours, et préférant se laisser enlever jusqu'au dernier lambeau de ses États, Napoléon s'était vu forcé d'entrer dans d'autres voies et de faire ce qu'il n'eût pas voulu.
De là l'irritation qui se créa entre ces deux hommes,
et qui ne fit que s'accroître, lorsqu'ils furent en présence, par la gaucherie du roi, parfois maladroit dans son langage, et incapable de traiter lui-même ses affaires. Aussi est-ce surtout à partir de cette époque qu'on remarque dans les paroles de Napoléon une amertume de langage qui contraste d'une manière singulière avec le ton plein d'élévation et de convenance des lettres qu'il avait jusque-là adressées à t^rédéric-Guillaume, et de là enfin la manière dure et méprisante dont il traita la Prusse, et qui sema dans ce pays les germes d'une implacable haine contre lui et les Français.
En outre des provinces qu'elle perdait, la Prusse avait . à payer d'énormes contributions, 600 millions, et l'occupation française, qui devait durer d'abord jusqu'au 1®"^ octobre, se prolongea beaucoup plus : le but de Napoléon était de la mettre dans l'impuissance de lui nuire. On a dit qu'il eût mieux valu la détruire tout à fait, ou tout au contraire en faire cette grande puissance intermédiaire entre la Russie et l'Allemagne, qu'il avait conçue d'abord, et se l'attacher.
La détruire? Alexandre aurait-il pu se prêter au dépouillement complet, absolu de son allié ? D'ailleurs le soulèvement n'eût-il pas été général? La refaire plus grande et plus puissante, en lui adjoignant une partie de la Pologne ? Le même Alexandre eût-il été de cet avis? Quant à Napoléon, il ne se serait pas fait pour cela un ami de la Prusse : il y avait déjà trop de haine entre les personnes, entre les peuples.
Le traité avec la Russie était loin de présenter de semblables difficultés. D'abord il n'était point questioii de territoire : à peiqe uo lambeau, une rectification de