‹ Le général Auguste Colbert,Chapitre 67 sur 150 · CHAPITRE XXXII i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII i

échantillons du luxe de cette Asie, à laquelle on semble toucher. U avait trouvé de ces beaux châles de rinde, quMl connaissait depuis TÉgypte, fort peu répandus encore en France, et dont nos dames françaises faisaient le plus grand cas ; puis de ces riches étoffes aux couleurs vives, brodées d*or et de soie, qu'on fait pour les harems. Tout cela fut envoyé à ma mère; je le conserve encore, frêles tissus qui ont survécu et survivront encçre à ceux qui ont pu y attacher quelque valeur de souvenir et d'affection.

Enfin, après douze jours de route, Auguste Colbert, devançant ses régiments, arriva à Glogau en Silésie. « Dès qu'on quitte la Pologne, mandait-il, on croit être sorti du Purgatoire. Je suis dans un grand château, la vue est superbe, l'Oder coule au bas des jardins et anime le paysage. Le maître est un bon prince, la maitresse une méchante femme. Ce n*est pas rare ; Montaigne dit, dans son chapitre des trois bonnes femmes^ qu'on n'irait pas jusqu'à la douzaine.

« Je chasse, je me repose de mes fatigues déjà oubliées, mais ce n'est point encore ici qu'est mon paradis» »

Vers la fin d'août, le 1 0'* de chasseurs fut rappelé en France. Mon père vit s'éloigner de lui ce régiment, qui depuis longues années était sous son commandement; Comme colonel, il l'avait conduit à Hohenlinden, puisj pendant cinq ans de paix, il avait mis tous ses soins à le former, à l'instruire, à donner aux officiers et soldats ces qualités militaires qu'ils mirent bientôt au jour, dans la campagne de 1805, au brillant combat d'EI-

chingen, aux intrépides charges d'Iéna, puis en Polo-

gne, aux combats de Soldau, Heilsberg, Landsberg et GuUstadt.

Dans ces drames sanglants et parfois héroïques, une àme les avait pénétrés, entraînés, celle de leur chef; confiants dans son habileté, ils lui avaient prodigué leur dévouement, et, de cet échange mutuel, était résultée une gloire commune, désormais inséparable.

Le 10^ de chasseurs quittait donc son ancien colonel, son général : il ne devait plus le revoir. Mais le souvenir, Tesprit d'Auguste Golbert devait y vivre longtemps. Le 3® de hussards, qui était avec lui depuis 1805, qui avait partagé les mêmes périls, conquis la même gloire, lui restait, ainsi que le 15® de chasseurs, qui était arrivé en Pologne un peu avant le comibatde Guttstadt, où il avait payé son intrépidité par des pertes nombreuses.

Quant à la portion plus intime de la famille militaire du général Auguste Colbert, ses aides de camp et officiers d'ordonnance, elle avait été fort éprouvée. A léna, d'Astorg et Brunel avaient été blessés, Brunel tué à Landsberg, Rodolphe de La Tour-Maubourg blessé à Guttstadt, d'Astorg encore blessé et fait prisonnier à Friedland, Alfred de La Tour-Maubourg avait remplacé Brunel. Ces jeunes hommes étaient des amis dévoués à mon père, d'ailleurs fort lié avec leurs familles.

Bien qu'il y eiH une grande différence d'âge entre mon père et le général Victor de La Tour-Maubourg, déjà colonel en 1792, oncle d'Alfred et de Rodolphe, beaucoup de sympathie, une amitié réelle existait entre eux. Où cette intimité commença-t-elle ? Je ne le sais pas précisément, à moins que ce n'ait été en Egypte, où 1©

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