‹ Le général Auguste Colbert,Chapitre 68 sur 150 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

colonel de La Tour-Maubourg arriva peu de temps avant le départ de mon père, et fut alors comme lui, pendant quelque temps, aide de camp du général Kléber.

Le général de La Tour-Maubourg était établi à Sagan, fort près de Glogau ; on voisinait donc souvent, on chassait. Les jeunes gens dont étaient entourés les généraux entretenaient une gaieté à laquelle ceux-ci se prêtaient facilement. Parmi les aides de camp et officiers d'ordonnance deM.de La Tour-Maubourg,était un parent fort rapproché de ma mère, Camille d'Aramon, tête vive, cœur dévoué, rempli d'ardeur pour son mélier(l).

Mon père eut aussi la visite de son frère Edouard, le colonel du 7® de hussards. Deux jours après Friedland, il avait été blessé de plusieurs coups de lance; ses blessures guérirent assez vite, mais il fut de ceux qui restèrent en Pologne, cantonné dans un triste village, séjour à faire regretter la guerre et les Cosaques : aussi venait-il, le plus souvent possible, se consoler près de ses amis de Silésie.

Ces privilégiés, malgré tout le pittoresque d'un beau pays de montagnes, ne tardèrent pas à trouver Texil bien long, et d'autant plus pénible, que relégués au bout de l'Europe, loin des communications, les nouvelles de France ne leur arrivaient qu'avec une extrême lenteur. Et d'ailleurs, ayant pris part aux grands faits qui venaient de s'accomplir, ils étaient avides d'entendre le bruit de leur gloire, de savoir ce qu'on disait à

(1) En Espagne, en 1811, étant aide de camp du maréchal Suchet, il nçut sur la brèche de Tarragone une affreuse blessure qui brisa sa «wrière.

Paris, ce qu'on disait en France, comment TEmpereur avait été reçu...

Peu à peu cependant, et à de longs intervalles, arrivaient les nouvelles des fêtes, des solennités par lesquelles se manifestaient les joies du triomphe, l'enthousiasme de la nation ; car ce n'était pas seulement une gloire immense, mais tout un ensemble de prospérités : le trésor grossissant, les charges publiques diminuées, l'industrie et le commerce qui se réveillaient enfin, d'incomparables travaux d'utilité générale accomplis.*, le mont Genis, le Simplon s'abaissant sous des routes magnifiques, etc.

Voici dans quel langage Napoléon, à son retour, s'adressait au Corps législatif :

et Messieurs les députés des départements au Corps législatif, Messieurs les tribuns et les membres de mon Conseil d'État :

(c Depuis votre dernière session, de nouvelles guerres ^ de nouveaux triomphes, de nouveaux traités de paix ont changé la face de l'Europe politique*

(c Si la maison de Brandebourg qui, la première, se conjura contre notre indépendance, règne encore, elle le doit à la sincère amitié que m'a inspirée le plus puissant empereur du Nord.

« Un prince français régnera sur l'Elbe. Il saura concilier les intérêts de ses nouveaux sujets avec ses premiers et ses plus sacrés devoirs.

« La maison de Saxe a recouvré, après cinquante ans, l'indépendance qu'elle avait perdue.

« Les peuples du duché de Varsovie, de la ville de Dantzig, ont recouvré leur patrie et leurs droits.

GHAPITBE XXXII 135

« Toutes les nations se réjouissent d'un commun accord de voir l'influence malfaisante que l'Angleterre exerçait sur le continent, détruite sans retour.

« La France est unie aux peuples de l'Allemagne par les lois de la confédération du Rhin; à ceux des Espagnes, de la Hollande, de la Suisse et des Italies, par les lois de notre système fédératif . Nos nouveaux rapports avec la Russie sont cimentés par Testime réciproque de ces deux grandes nations.

« Dans tout ce que j'ai fait, j'ai eu uniquement en \ vue le bonheur de mes peuples, plus cher à mes yeux que ma propre gloire.

« Je désire la paix maritime. Aucun ressentiment n'iufluera jamais sur mes déterminations; je n'en saurais avoir contre une nation, jouet et victime des partis qui la déchirent, et trompée sur la situation de ses affaires comme sur celles de ses voisins.

« Mais, quelle que soit l'issue que les décrets de la Providence aient assignée à la guerre maritime, mes peuples me trouveront toujours le même, et je trouverai toujours mes peuples dignes de moi.

« Français, votre conduite dans ces derniers temps, où votre Empereur était éloigné de plus de cinq cents lieues, a augmenté mon estime et l'opinion que j'avais de votre caractère. Je me suis senti fier d'être le premier parmi vous.

« Si, pendant ces dix mois d'absence et de périls, j'ai été présent à votre pensée, les marques d'amour que vous m'avez données ont excité constamment mes plus vives émotions. Toutes mes sollicitudes, tout ce qui pouvait avoir rapport même à la conservation de

ma personne, ne me touchaient que par rintérèt que vous y portiez et par Timportance dont elles pouvaient être pour vos futures destinées. Vous êtes un bon et grand peuple !

« J*ai médité différentes dispositions pour simplifier et perfectionner nos institutions.

« La nation a éprouvé les plus heureux effets de rétablissement de la Légion d'honneur. J'ai créé différents titres impériaux, pour donner un nouvel éclat aux principaux de mes sujets, pour honorer d'éclatants services par d'éclatantes récompenses, et aussi pour empêcher le retour de tout titre féodal, incompatible avec nos constitutions.

c< Les comptes de mes ministres des finances et du trésor public vous feront connaître l'état prospère de nos finances. Mes peuples éprouveront une considérable décharge sur la contribution foncière.

« Mon ministre de l'intérieur vous fera connaître les travaux qui ont été commencés ou finis. Mais ce qui reste à faire est bien plus important encore : car je veux que dans toutes les parties de mon empire, même dans le plus petit hameau, l'aisance des citoyens et la valeur des terres se trouvent augmentées par l'effet du système général d'amélioration que j'ai conçu.

« Messieurs les députés des départements au Corps législatif, votre assistance me sera nécessaire pour arriver à ce grand résultat, et j'ai le droit d'y compter constamment » (1).

Beaucoup de ces choses ont été glorieusement con-

(1) Correspondance de Napoléon /•', t. XV, n® i3,034.

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