CHAPITRE XXVU
et empêcher les Français de déboucher de la forêt d'Ostrolenka.
Du 15 au 16 janvier, Tarmée russe, formée en quatre colonnesy» franchit le déûlé entre les lacs Spirding et Lowenthin, et arriva le 17 à Rhein. Ce fut alors que l'avant-garde de Cosaques et les 40 escadrons de cavalerie de Galitzin, appuyant à droite pour se lier aux Prussiens du général Lestocq, se portèrent par RastenburgàBarthen vers TAUe et tombèrent à Schippenbeil sur les avant-postes du maréchal Ney.
On a observé avec beaucoup de raison que si Benningsen, au lieu de faire un grand détour pour gagner Schippenbeil, se fût dirigé de Johannisburg sur Willenberg, il se plaçait de suite dans l'espace laissé entre le l®*" et le 6® corps; arrivant sur les derrières de ce corps d'armée, il eût mis le maréchal Ney dans une position fort critique, tandis qu'allant attaquer ses cantonnements par la tête, il les refoulait sur leur ligne de retraite. Pourquoi prit-il cette direction, tandis que l'autre semblait si naturellement indiquée? Était-ce pour couvrir et dégager Kœnigsberg, la dernière capitale qui restât à la Prusse ? Toujours est-il que cette pointe de 25 lieues que le maréchal Ney avait fait faire à son 5 avant-garde, quelque inconsidérée qu'elle ait pu être, comme l'Empereur la qualifia à plusieurs reprises, eut un résultat heureux, en ce qu'elle attira l'attention de l'ennemi et l'entraîna, soit qu'il ait été poussé par le Daotif de couvrir Kœnigsberg, ou par tout autre, à attaquer par ce côté, ce qui donna bientôt l'éveil et le temps au cqrps de Ney et è|. celui de Bernadette de se concentrer.
Telle était l'avalanclie qui allait fondre sur le général Colbert ; toutefois il ne fut pas pris au dépourvu, les premiers postes attaqués avaient résisté énergiquement. Il se hâta de faire prévenir le maréchal Ney ainsi que le maréchal Bernadette, et en un instant Talarme courut jusqu'à Varsovie.
Bien qu'il pût juger déjà de ce qui le menaçait, et qu'il eût été attaqué dès le 19 janvier à SchippenbeU, il crut ne devoir commencer son mouvement de retraite que le 20 ; c'est ce qu'indique une lettre de lui datée de ce jour de Bartenstein : « D'ici à quelques jours, mandait-il, je serai assez occupé pour ne pouvoir vous écrire , demain 20 je commence à me replier en auprière. » Il dut en effet attendre et rallier à lui le 3® de hussards et l'infanterie qui occupait Schippenbeil, et dont la retraite était indiquée sur Bischoffstein. Le 20, les Cosaques se montrèrent plus nombreux ; ils étaient suivis par des escadrons de dragons et de hussards, et par de l'infanterie conduite en traîneau. Quelques volées de coups de canon et la ferme contenance de nos troupes les tinrent en respect. Cependant, inquiet de la colonne du 3® de hussards qui venait de Schippenbeil, le général Colbert envoya à sa rencontre un bataillon de grenadiers qui occupait Heilsberg et deux pièces de canon. « Je ne crains rien pour moi, mandait-il au commandant Lecanu, mais pour la colonne qui vient de Bischoffstein. » En effet, près du village dePorwangen, sur la route d'Heilsberg à Seeburg, le 3® de hussards avait été serré de près ; l'un de ses escadrons, s'étant laissé entraîner par son ardeur, avait été ramené sur l'infanterie, lorsqu'arriva le bataillon d'Heilsberg, qui,