CHAPITRE XXVn
chargeant rennemi à la baïonnette, le culbuta. Le soir, le général Golbert, ayant réuni la plus grande partie de son monde à Seeburg, s'y arrêta, pour donner le temps à tout ce qui pouvait être encore en arrière d arriver.
Le 21, Tennemi, qui pendant toute la journée avait inquiété nos postes, faisant mine de vouloir s'établir la nuit dans les villages d*Eisau et de Lokau, vers les kit heures du soir, le général Golbert se porta en avant, fit attaquer ces villages et en chassa Tennemi après lui avoir tué du monde, pris deux officiers et 15 hussards russes. Il le fit poursuivre jusqu'à deux lieues au delà, près de Felhau et de Franckenau. Ge vigoureux retour offensif lui permit le lendemain de se retirer sur Warteubourg et Alt-Wartenbourg sans être inquiété. Ses reconnaissances, poussées au loin, n'avaient rien rencontré ; ce fut seulement le soir que l'ennemi reparut, mais il se retira dès les premiers coups de fusil. Enfiu, le 25, le général Golbert, avec tout son monde rejoignit le quartier général à Hohenstein.
« Je me le rappelle encore, me racontait le général Jomini ; j'étais chez le maréchal, la nuit était avancée, le temps effroyable, lorsque tout à coup nous vîmes entrer un grand jeune homme dont le manteau était tout couvert de neige : c'était le général Golbert. » Ney fut doublement heureux de le revoir ; pas im homme, pas un canon n'avait été laissé en arrière, et toutes les Groupes du 6® corps, prévenues à temps, s'étaient successivement repliées et concentrées autour d'Hohenstein, après avoir évité le coup qui leur était destiné.
On a vu combien tout d'abord l'empereur avait blâmé le mouvement en avant du maréchal Ney. Si Jomini se
trouvait en ce moment près du maréchal, c*est qu'il avait été envoyé pour lui manifester son mécontentement. Lorsque la nouvelle de l'attaque des Russes arriva, l'Empereur crut qu'ils ne s'étaient mis en mouvement que parce que le maréchal Ney était allé les provoquer ; mais il se convainquit bientôt, dit Savarj (1), que Ney avait eu une heureuse inspiration. Aussi Napoléon, si sévère d'abord, dit dans le 54® bulletin daté du 27 janvier : « Quelques bataillons d'infanterie légère du maréchal Ney s'étaient portés à 20 lieues en avant de leurs cantonnements, l'armée russe en avait conçu des alarmes et fait un mouvement sur sa droite ; ces bataillons sont rentrés dans la ligne de leurs cantonnements, sans éprouver aucune perte » (2). Le blâme, s'il y en a encore un, est bien léger, et il y a un éloge. Déjà il avait écrit au général Glarke : « Le maréchal Ney, de son propre mouvement, s'est avancé de 20 lieues hors de ses cantonnements ; il vient de les reprendre, sans que l'ennemi ait eu aucun succès. »
L'armée elle-même, ajoute le duc de Rovigo, revint de l'opinion qu'elle s'était faite, et reconnut que c'était à ce mouvement en avant fait par le maréchal Ney, à cette espèce de reconnaissance avancée, qu'elle avait dû. de n'être pas prise à l'improviste par cette irruption soudaine de l'armée russe.
Le 6® corps étant à l'abri d'une attaque, Benningsen marcha sur Bernadotte, dans la direction de Liebstadt et de Mohrungen, tandis que le corps prussien de L^stocq s'avariçait surMehlsack et Schlodien.
(1) Mémoires du c^uc de. JRovigo, t. IIl, p. 40.
(2) Correspondance 4e Jfàpoléon^ t, XIV, p« 11,696.