‹ Le général Auguste Colbert,Chapitre 71 sur 150 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

changé, et, qu'encore un peu, je perdrais mes facultés. C'est une terrible chose que Tinaction, lorsqu'on est dévoré du désir de faire, lorsque tout le monde prend sa part d'événements si extraordinaires et si merveilleux : l'avenir me dédommagera peut-être; fasse le ciel que vos prévisions et mes espérances ne soient pas encore une de ces brillantes illusions dont j'avais si vainement rempli mon imagination. Adieu, mon cher Colbert, pensez à moi, aimez-moi, écrivez-moi lorsque vous n'aurez rien de mieux à faire, et croyez à la sincérité des sentiments delà vive amitié que je vous ai vouée. Je vous embrasse de tout mon cœur.

« Marmont. »

Enfin, mon père ayant obtenu un congé depuis longtemps impatiemment attendu, partit pour Paris, où il arriva vers la fin de février. Après seize mois d'absence, il retrouvait ceux qu'il aimait, la réalité de ce qui semblait n'être plus qu'un rêve qui n'avait cessé de remplir sa pensée. Je vois dans sa correspondance ses préoccupations de chaque jour, ses inquiétudes, ses espérances, où se peignent si bien la tendresse du père et l'affection du mari.

Lorsque Auguste Colbert arriva à Paiis, il trouva la société en voie de transformation : ce qui pouvait rester de la République, de l'esprit d'égalité, qui semblait avoir été la plus chère conquête de la Révolution, s'effa- Çail chaque jour et était remplacé par les formes et les usages monarchiques.

De vieux républicains disparaissaient sous les titres de prince, de duc, de comte; le sans-culotte Augereau

était devenu duc de Castiglione : c'était un nom de victoire, et le ridicule que pouvait avoir l'homme disparaissait sous la gloire du soldat.

Une pensée poursuivait sans cesse Napoléon : c< Nous n'avons rien fondé, disait-il, la Révolution a tout réduit à l'état de grains de sable, que le moindre vent soulève »(1). Il ne pensait pas qu'un trône pût s'établir sur le sable mouvant de la démocratie.

Il avait donc voulu créer une noblesse, la rendre éclatante par les illustrations qu'elle renfermerait, et qui ne rappelleraient que des souvenirs de gloire ou des services rendus.

Voulant développer en elle les instincts de fixité et d'esprit de conservation que faisaient déjà naître les intérêts de position, il voulut y joindre ceux que créeraient la fortune et de grandes propriétés territoriales.

Tel était le corps que Napoléon voulait interposer entre la souveraineté et les masses populaires, espérant par là trouver des conditions de stabilité pour son œuvre.

Déjà, dans les années précédentes, il avait fait dans Tordre civil plusieurs princes : Cambacérès, Lebrun, Talleyrand ; Bernadette et Berthier furent aussi nommés princes. En 1808, il créa ducs la plupart des maréchaux. On a vu que Lefebvre avait été le premier nommé duc de Dantzig. Pour la plupart, le duché était attaché à ua nom de bataille. Ainsi, Masséna fut duc de Rivoli,

(1) Opinions de Napoléon exprimées au Conseil d*État, recueil-lies par Pelet de la Lozère, p. i5i à 159.

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