CHAPITRE XXXII
Lannes duc de Montebello, Ney duc d'Elchingen, Davout duc d'Auerstaedl.- Pour les autres, le nom de leur duché était emprunté au pays où des dotations leur étaient données : ainsi, Soult duc de Dalmatie, Bessières duc distrie, Mortier duc de Trévise. La plupart des généraux de division et conseillers d'État avaientle titrede comte, puis ily eut environ 400 barons. Le difficile n'était pas de créer des titres, de les doter même magnifiquement, et il est bon d'observer en passant que les dotations étaient prises sur les pays conquis. On peut bien ainsi créer une noblesse ; mais une aristocratie, c'est-à-dire le pouvoir pondérateur, conservateur, que cherchait Napoléon, ce grand corps puissant par la cohésion de ses membres, par les racines profondes qu'il étend dans tout le pays et qui sont le gage le plus certain du calme et de la stabilité I non, on ne crée pas, on nUmprovise pas une aristocratie» Elle ne se rencontre que là où elle est née de la nature des choses, des conditions sociales, là où elle a su se faire une place, se créer un rôle nécessaire. Imaginez donc Rome sans patriciens, TÂngleterre sans son aristocratie !
Les institutions, d'ailleurs, ne peuvent se développer qu'avec le temps, et le règne de Napoléon fut trop court pour qu'on puisse bien juger de sa tentative.
A côté de ces graves questions s'en trouvaient d'autres beaucoup moins sérieuses, mais auxquelles Napoléon attachait cependant de l'importance.
Dans sa cour, dont les splendeurs n'ont jamais été dépassées, et organisée, il faut le dire, avec un ordre remarquable, il fit renaître Pétiquette de l'ancien
régime : on feuilleta dans le passé de la monarchie, et on en &t sortir tout un code méticuleux, qu'on appela le code de l'étiquette de la cour impériale : les grandes entrées, les petites entrées, le grand lever, furent rétablis, et la foule des courtisans, anciens nobles, anciens républicains, s'y prêta avec une singulière facilité.
Napoléon croyait-il ces formes nécessaires au respect dont devait être entouré le souverain ? Était-ce tout simplement pour copier la monarchie? Ou bien était-ce la suite de cet esprit systématique d'ordre qu'il portait partout ?
Toutefois au milieu de cet appareil en quelque sorte byzantin, il conserva sa simplicité personnelle. Ainsi, l'Empereur déjeunait sur un petit guéridon eu acajou, sur lequel on mettait une serviette. Il est vrai que le préfet du palais et les assistants se tenaient debout, Fépée au côté, chapeau sous le bras. Ce déjeuner était souvent fort court, quelques minutes ; d'autres fois, l'Empereur se mettait à causer, et faisait entrer quelques personnes. Celles qui jouissaient particulièrement de cette faveur étaient les savants : Monge, Berthollet et Costaz qui avait été de l'Institut d'Egypte.
Monge était un des hommes que l'Empereur aimait le plus, et, de la part de Monge, c'était une adoration pour TEmpereur. Bien que devenu comte de Péluse, et perlant l'habit de cour, Monge avait su conserver toute sa simplicité et sa bonhomie.
Un jour donc, c'était en hiver, il asaistait au déjeuner, lorsqu'on le vit relever une des basques de son habit, en tirer avec effort et précaution un gros paquet