‹ Le général Auguste Colbert,Chapitre 79 sur 150 · CHAPITRE XXXIII 1S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII 1S

permanente de faiblesse, l'existence d'une puissance hostile placée sur ses derrières, pouvant lattaquer, alors qu'elle avait l'Europe en face.

Napoléon, en voulant s'assurer de TEspagne, établir entre les deux peuples une communauté de vues et d'intérêts, ne faisait donc que suivre les grandes traditions delà politique française, de même qu'en plaçant à Naples une royauté française, il renouvelait en quelque sorte le pacte de famille de 1752.

Mais, indépendamment de ces considérations, il en existait pour Napoléon, à sonpointde vue, d'autres également puissantes.

Laisser l'Espagne, le Portugal et l'immense étendue de leurs côtes échapper au système continental, c^était entraîner la ruine, la chute de son système commercial et maritime. Sans doute, depuis le traité de Bâle, l'Espagne n'avait cessé d'aider la France de toutes ses ressources ; elle lui avait en quelque sorte abandonné ses flottes et les avait sacrifiées pour elle ; mais il était aisé de voir que cette alliance, ce dévouement, étaient plutôt l'effet de la contrainte que celui d'une sympathie réelle : l'attitude du gouvernement espagnol, la proclamation du prince de la Paix avant la bataille d'Iéna, en étaient la preuve.

De semblables entraînements, de semblables faits, pouvaient se reproduire. Chaque jour l'influence anglaise faisait des progrès, surtout dans les villes du littoral. Quant au Portugal, n'était-il pas, depuis longtemps déjà, plutôt une province anglaise qu'un État indépendant?

Dès la fin de 1806, il fut donc arrêté ^dçi^^ U pensée

de Napoléon de fermer la péninsule aux Anglais. ATilsitt, il communiqua ses projets à Alexandre, dont le consentement fut le prix de l'abandon qu'on lui faisait de l'empire ottoman.

Mais c'est ici que commence, à bien dire, le drame compliqué qui amena la sanglante guerre d'Espagne, et eut un résultat tout opposé à celui que poursuivait Napoléon : celui d'ouvrir le continent aux Anglais, de leur donner un champ de bataille, de leur fournir enfin, par le soulèvement de tout un peuple, un levier contre sa puissance.

Les races royales s'iépuisent vite en Espagne. Il n'avait pas fallu deux siècles à celle de Charles-Quint pour arriver à rimbécillité. La descendance de Louis XIV présentait un spectacle à peu près aussi triste. Charles IV, qui occupait le trône, était un homme vieux avant l'âge, usé par la chasse, la goutte, et comme hébété par l'indolence au sein d'un pouvoir suprême qui pesait trop à sa faiblesse.

Sa femme était une princesse de Parme, il en avait eu plusieurs enfants. L'une de ses filles avait été faite reine d'Étrurie par Bonaparte premier consul. Ferdinand, l'héritier de la couronne, avait vingt-deux ans, et était déjà veuf d'une princesse de Naples. Au milieu de cette famille royale se trouvait un homme sorti d'un rang obscur, don Manuel Godoy, qui avait épousé une princesse de la maison de Bourbon. L'amour insensé de la reine en avait fait un ministre, un prince^ et la débonnaireté du roi en avait fait un favori, Pami indispensable sur lequel il se débarrassait du soin des affaires.

Bien que Ferdinand n'eût pas une âme bien élevée,

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