‹ Le général Auguste Colbert,Chapitre 81 sur 150 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

L'Empereur n'y répondit pas , toutefois il ne repoussa pas l'idée d'une alliance, et pensa à une fille de son frère Lucien ; mais il fut arrêté par l'opposition qu'il rencontra de la part de son frère.

Godoy, ayant appris la démarche du prince des Asturies, eut l'audace de le faire arrêter, ainsi que ses plus dévoués partisans, le duc de l'Infantado, Escoiquiz ; il fit saisir, fouiller ses papiers, puis, sur quelques indices, quelques mots de sa correspondance, il construisit une accusation monstrueuse, et alla jusqu'à pousser le malheureux Charles IV à proclamer à la face de l'Espagne que son fils avait voulu le détrôner et attenter aux jours de sa mère. Dans une bien triste lettre, Charles IV dénonçait ces mêmes faits à l'Empereur, et lui demandait ses conseils. L'indignation, ou, pour mieux dire, la consternation, fut grande en Espagne : on ne pouvait croire à de telles horreurs. Godoy vit qu'il avait été trop loin ; Napoléon ne répondait pas, et ce silence l'effrayait. Il fit intervenir la reine comme médiatrice, et le roi pardonna à son fils ce qui en définitive n'avait été qu'une imprudence.

Cependant les troupes françaises pénétraient chaque jour en Espagne, sous le prétexte de se diriger sur le Portugal ou de l'accomplissement du traité de Fontainebleau. Saint-Sébastien, Barcelone et d'autres places furent occupées et parfois surprises. En Portugal, la prise de possession du pays se faisait au nom de l'empereur des Français.

L'inquiétude croissait chaque jour en Espagne, l'iyr. ritation éclatait de toutes parts contre le pyinpp de la Paix, qu'on accusait de livrer le pays, tai^dis que d'un

autre côté courait le bruit que le mouvement des Français sur Madrid n'avait pour objet que d'éloigner le favori, et était sollicité par ses ennemis.

Godoy, efiErayé de la tournure que prenaient les événements et des difficultés dont il se voyait entouré, résolut d'emmener le roi et la reine à Séville, pour de là, peut-être, gagner plus tard Cadix et TAmérique.

La cour était à Aranjuez. Dès que la nouvelle de ces projets fut répandue, l'exaspération fut à son comble. La foule, aux cris de mort à Godoy, envahit sa maison et la .mit au pillage.

Le lendemain, des scènes de tumulte se reproduisirent à l'arrivée de milliers d'individus venus de Madrid. Godoy, caché depuis trente-six heures dans un grenier, fut enfin découvert, et ne dut la vie qu'à la protection des gardes du corps et à l'intervention du prince desAsturies.

Pendant ce temps, le roi Charles IV, que cette foule furieuse avait cependant toujours entouré de ses respects, plus tremblant pour son favori que pour luimême, chercha à la calmer, en déclarant le prince de la Paix déchu de toutes ses places et de ses dignités, et il abdiqua en faveur de son fils Ferdinand ; mais deux jours après, l'effervescence étant apaisée, il protesta contre cette abdication.

Cependant le prince des Asturies avait fait son en^ trée solennelle comme roi dans Madrid, et deux jours après, Murât, à la tête d'une armée, y entrait également.

C'était une complication de plus au milieu de circonstances déjà si difficiles. Murât rêvait le trône d'Espagne,

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