UNE BIOGRAPHIE A TAPAGE
C'est alors que parut, sous ce titre : Le général Boulanger, ministre de la guei^re, une brochure tellement enthousiaste; que de nombreux journaux, les uns ultraconservateurs, les autres satiriques, ne manquèrent pas d'en attribuer la publication au général lui-même.
La chose était d'autant plus facile que cette brochure n'était point signée.
Il y eut un vrai scandale qui grossit d'heure en heure.
V Intransigeant dut même venir, le 16 août, au secoure de son ami le ministre de la guerre.
II le défendit de la façon la plus originale : « La brochure incriminée étant, dit-il, un panégyrique sans mesure, ne peut être que l'œuvre d'un ennemi. >
Une question restait pendante : Quel était l'auteur de cette brochure? Dans l'espérance de le connaître, je me rendis le soir même, chez l'éditeur, M. Glavel, que je trouvai en train de rédiger une circulaire pour les départements. Il ne lui suffisait pas d'avoir vendu cent mille exemplaires sur les boulevards, il voulait en inonder la banlieue et la province. A cela, rien à dire, il est tout naturel qu'un commerçant fasse œuvre de commerce.
M. Glavel, ayant élé longtemps l'imprimeur de la Société des gens de Lettres, est un peu mon ami. Trois jours auparavant, il m'eût bien volontiers nommé Tauteur du panégyrique, mais il parait que celui-ci, accusé par les uns d'avoir travaillé avec l'approbation du ministre, par les autres de l'avoir écrasé sous le pavé de l'ours, ne savait plus à quel saint se vouer. Il avait supplié son éditeur de ne pas révéler son nom et n'osait plus paraître à l'imprimerie.
— a Quelques jours après la revue, me dit M. Glavel, il est venu me proposer de publier cette brochure. Les premiers frais d'édition étaient de huit cents francs, mais j'ai vu là une affaire. J'ai discuté avec lui la question des gravures. Ainsi, j'ai veillé à ce que le général, récemment promu grand'croix, eût sur la poitrine la plaque qui n'est sur aucun autre portrait. J'ai poussé le tirage. J'ai offert la mise en vente à un vendeur important delà rue du Croissant qui, — ne croyant peut-être pas au succès, — m'a proposé des conditions inacceptables.
« J'ai aussitôt envoyé un homme raccoler des crieurs sur les boulevards. Pendant ce temps on tirait. xMais l'auteur ne voulait point que le ministre de la guerre apprît seulement par les crieurs l'existence de sa brochure. Parmi les premiers exemplaires sortis, j'ai choisi les cinq plus beaux que nous avons aussitôt mis sous enveloppe et envoyés au général Boulanger.
* Ce point est important à retenir. Il faut bien croire que la brochure n'a pas été tout d'abord désagréable au général, puisqu'il n'a pas protesté. Qui ne dit rien consent. Il se peut aussi que le ministre de la guerre,