UNE BIOGRAPHIE A TAPAGE
en sa qualité d'homme supérieur, se soit parfaitement rendu compte du tapage que soulèverait cette brochure exaltée.
« Lefameijx mot de Figaro a dû lui venir tout naturellement sur les lèvres : « Il n'y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits ! » Le général a donc laissé faire. On a tiré. Dès le premier jour, les crieurs ont bien vendu. Avant de courir les rues, il leur fallait longtemps faire queue dans la cité d'Hauteville, au fond de laquelle se livrait le canard. »
— Mais au moins, ai-je demandé à M. Glavel, l'auteur de cette brochure est-il un journaliste?
— Non.
— Un homme de lettres ?
— Non.
— Un soldat ?
— Non.
Ce n'est davantage ni un commerçant, ni un employé, ni un faiseur habituel de canards...
En tout cas, c'est un malin qui, avec huit petites pages, a trouvé le moyen de gagner en peu de jours quelques jolis billets bleus.
Et, trois heures après, c'était moi-même qui donnais communication à M. Glavel de la note suivante, parue dans les journaux du soir :
« On sait que l'on crie depuis quelques jours, sur les boulevards, des brochures retraçant la vie du général Boulanger.
« Le ministre de la guerre, qui est complètement étrange?' à ces sortes de publications, vient d'envoyé?'' une sommation par huissier à l'éditeur do ces brochures pour interdire leur mise en vente.
* Il a, de plus, prié le préfet de police de faire saisir toutes celles qui sont en circulation. »
En attendant la notification, M. Glavel continua fort tranquillement à procéder à l'expédition de nouveaux milliers d'exemplaires. Les vendeurs, avec plus d'acharnement que jamais, lui demandaient des brochures.
Depuis huit jours, tout crieur ayant dix sous à soi venait acheter dix exemplaires qui, quelques minutes après, lui mettaient vingt sous dans la poche.
Jusqu'à sept heures, on brailla impunément sur les boulevards : « Achetez la biographie du général Boulanger. »
Mais, à partir de ce moment, on vit des agents arracher les brochures des mains des vendeurs. Quelques-uns de ceux-ci résistant, il en résulta même des bagarres.
C'était M. le préfet de police qui commençait à obtempérer à la prière de M. le ministre de la guerre.
Pendant ce temps, l'imprimeur-éditeur de la brochure recevait une sommation dont voici la partie principale :
« Le général Boulanger fait défense à M. Clavel de mettre en vente et d'imprimer une brochure ayant pour titre : < Le général Boulanger » et portant sur sa couverture, d'un côté, le requérant à cheval, de l'autre «le « défilé des troupes du Tonkin devant le général Bouc langer », ladite brochure publiée sans autorisation aucune et sans l'assentiment du requérant. »
M. Glavel a cru devoir tout d'abord, par pure convenance, obéir à cette sommation.
Malgré les nombreuses commandes, il a donc fait provisoirement suspendre le tirage.
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Toulefois, quelques miaules après, certains camelots criaient encore la brochure sur le boulevard Montmartre.
Ceux-ci n'avaient reçu aucun averli>sement. L'éditeur les avait néanmoins prévenus qu'ils achetaient les brochures à leurs risques et périls, et qu'en cas de saisie, il ne les rembourserait pas.
A la même heure, le commissariat de la rue du Faubourg Montmartre, qui a la surveillance du trottuir de droite, sur les grands boulevards, n'avait encore reçu aucune instruction.
Et pourtant une heure suffit à la Préfecture de police pour transmettre ses ordres à tous les bureaux.
La vérité est que le fait de crier une brochure n'avait alors rien de délictueux et qu'il n'y avait aucun texte de loi à invoquer pour saisir l'opuscule en question.
— Il ne peut y avoir saisie, m'a affirmé un magistrat, que s'il y a : « Outrage à la morale publique. Insultes graves au gouvernement et aux pouvoirs publics. Excitations à la guerre civile. »
L'affaire d'ailleurs en resta là. M. Glavel fit d'autres brochures boulangistes, qui, sans avoir le succès de la première, se vendirent bien. Ce fut dans tout Paris le signal d'un débordement de canards qui n'ont pas peu contribué à la popularité du général. Je me contenterai -de citer :
Lettre d'un boulanger à son ancien général ;
Le boulangiste ;
Le général Revanche;
L'Etendard français^ etc.
Les semaines s'écoulèrenl.
Le 31 août, le général Boulanger assistait au banquet du centenaire de M. Chevreul et portait un toast c au vaillant patriote qui protestait siénergiquemenl, quinze ans auparavant, contre le bombardement de la ville de Paris et de ses richesses scientifiques ».
Le 17 septembre, après avoir assisté aux grandes manœuvres, il prononçait à Libourne un discours qu'on trouva «extrêmement belliqueux ».
Le 5 novembre, il inaugurait à laBoissière, prèsRambouillet, l'orphelinat militaire, fondé par le pauvre commandant Hériot.
Enfin, le 14 novembre, je suis appelé à le voir dans l'arène.
Oui, dans l'arène, et dans celle de l'Hippodrome encore. Mais beau, superbe, sous son grand uniforme,, avec toutes ses décorations et ses grands cordons.
Et salué, applaudi, acclamé I Comme Louis Napoléon. .. en 51.
Une attraction de haut goût était réservée, ce jour-là,.
aux dix mille personnes qui emplissaient, à l'occasion du quatrième grand concours de gymnastique, la vaste enceinte de l'Hippodrome. Le ministre de la guerre avait promis de présider la fête et de la clore par un discours... sur lequel on savait qu'il comptait.
Le programme disait : A 1 h. oo, arrivée du ministre. A la minute précise, il apparaissait à la tribune d'honneur.
M. Ziégler, Alsacien, président-fondateur de l'association des gymnastes alsaaiens, est à sa gauche; M. Déroulède à sa droite.
Les gymnastes font leur entrée. Une colonne de porte-drapeaux les précède. Au milieu de ceux-ci, on en remarque cinq qui sont cravatés de deuil. Ce sont les drapeaux des Sociétés d'Alsace et de Lorraine.
Après le défilé, M. Alexandre Bican, président effectif, s'approche de la tribune et salue le général Boulanger :
€ Monsieur le ministre,
« C'est la première fois que, malgré nos demandes, nos sollicitations, nous avons l'insigne honneur de posséder à une solennité de l'Association de la Seine un représentant du gouvernement... »
Après avoir remercié chaleureusement le général Boulanger, il rend compte des efforts et des progrès des gymnastes et se plaint delà parcimonie du conseil municipal qui leur marchande des subventions.
Il conclut ainsi :
« Ce sont les unités dangereuses qui font aujourd'hui la vraie force d'une nation. C'est dans les sociétés de
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gymnastique, — où non? professons au plus haut degré le respect et l'amour de l'armée — que nous préparons et que sont appelées à se recruter ces unités dangereuses. < Toutefois, elles ne contribueront jamais qu'au relèvement de la patrie, qu'à la grandeur de la France. »
C'est bon à savoir.
Le général Boulanger tend la main à M. Bican, le félicite, le remercie, puis s'assied sur son fauteuil.
Il a autour de lui le général Jeanningros. M. de DouvillÊ-Maillefeu.les commandants Courtin et Plet, MM. Mesureur, président du conseil municipal, Muzet, directeur de l'exposition actuelle. Farcy, député, Edmond D()llfus, M'"*' Hesse, une protectrice fervente des Sociétés de gymnastique, etc.
Les exercices commencent. Il faut reconnaître que ces jeunes gens sont très forts. Beaucoup d'entre eux pourraient rester à l'Hippodrome. Ils forment même des pyramides étonnantes, qu'on n'y a jamais vues.
Mais voici le beau des beaux :
Pendant que la Aalîonale fait du trapèze, que la Sa'rnt-Mandcenne s'attache aux cordes lisses, que la Gallia se livre à la voltige, que la Hétiovatrice monte à l'assaut des appareils, etc., etc., le général Boulanger est tellement enthousiasmé qu'il s'arrache à son fauteuil de président. Il descend dans l'arène et, comme jadis Bonaparte dans les camps, va regarder la Vedette, admirer YEtoile, complimenter VFspérance, serrer les mains de l'Ardente, rire avec les Joyeux A?nis, soupirer avec VAmitié^ s'enflammer avec la Patriote.
Toutes ces Sociétés, en eiïet, manœuvrent en même temps, travaillant d'autant mieux que le général Boulanger est plus près d'elles.
Et quand le ministre se trouve à droite de l'arène, c'est la droite qui applaudit. Quand il est à gauche, c'est la gauche. Et dans le trajet, c'est derrière lui toute une traînée d'acclamations.
Il revient à sa place, d'où il examine attentivement la Société En avant, dont les membres ont des uniformes de soldats, font l'exercice, forment le carré, feignent de charger, et si bien que, derrière moi, un capitaine dit:
— Nous n'en ferons pas des soldats, mais des instructeurs.
Après la présentation des Sociétés au ministre, celuici se lève et prononce le discours suivant :
« Messieurs,
« Vous m'avez trop remercié d'être venu à cette fêle, car je considère comme un grand bonheur de me trouver parmi les membres d'une association qui a pris pour emblème et pour devise : deux mains unies sous ce mot magique : Patrie.
a II m'eût été, d'ailleurs, bien difficile de ne pas répondre à Tinvitation de votre président, me conviant en termes chaleureux à me rendre au milieu de cette ardente jeunesse parisienne qui se prépare si vaillamment pour l'armée et qui marche si résolument dans la voie de l'éducation virile et nationale.
< Ces derniers mots sont ceux-mémes que m'écrivait votre président-fondateur, l'honorable M. Sansbœuf, et je veux y ajouter ce que j'ai déjà eu l'occasion de dire lors de la réunion fédérale annuelle des Sociétés de gymnastique de France : « L'avenir est là, messieurs, « l'avenir de la France comme celui de la République, « l'avenir envisagé au point de vue social comme au « point de vue militaire. »
€ Ce n'est, en effet, quepar le méthodiqueentraînement de nos jeunes hommes que nous parviendrons à alléger la charge si lourde pour les sociétés modernes de Tobligation militaire.
« Mais chaque génération a sa tâche.
« La notre, messieurs, a trouvé dans son berceau un héritage bien dur à porter : nos armées à refaire, notre matériel de guerre à reconstituer, l'àme de la patrie surtout à relever des abattements des jours de malheur^ la foi dans l'avenir de la France à faire revivre à ses propres yeux et aux yeux de l'étranger I
« Aussi, quels vaillants et unanimes efforts se sont voués à cette œuvre de régénération, et comme elles disparaissent devant ce sublime objectif, les divisions qui naissent de la divergence des doctrines et des traditions!
« Mais ce n'était encore là qu'une partie de la tâche ; il fallait entraîner le pays vers cette éducation militaire appelée à décupler notre valeur en fortifiant les esprits et les cœurs par les sains exercices du corps.
a Ce résultat considérable est sur le point d'être atteint, grâce au zèle, à la persévérance patriotiques et dévoués d'initiateurs tels que vous, messieurs, qui avez compris votre pays et votre temps ; grâce à vos leçons, mesdames, vous qui glissez dans le cœur de nos enfants, dès les premier^ jeux, la notioxi de la patrie par l'amour de la famille, cette première patrie.
« Par cette éducation, ces enfants atteindront, vaillants de cœur et vigoureux de corps, l'âge de devenir soldats.
« Quant à nous, armée, nous vous les rendrons habitués à la discipline, fidèles au drapeau, épris de nos gloires; et ils vous rapporteront en expérience et en pa~ triotisme ce qu'ils nous auront apporté en vigueur et en dévouement.
« C'est ce continuel échange, entre vos Sociétés, c'està-dire entre les familles, et l'armée, qui fera la nation forte, messieurs, et donnera à vos travaux et à vos exercices ce caractère éminemment national qui les rend populaires, et fait applaudir vos succès sur tout le territoire de la République.
« Ce mouvement des esprits a été parfois injustement apprécié; il a même été considéré par quelques-uns comme inspiré par des pensées agressives.
« Ceux-là, inquiets ou aveugles, ignorent ou feignent d'ignorer que tout pays qui veut vivre doit être fort, et que la première condition pour le développement des ressources intellectuelles, industrielles et commerciales d'un grand peuple est la sécurité, basée sur la conscience de sa force.
« Or, dans l'état actuel de l'Europe, en présence des mesures prises par toutes les nations pour élever au suprême degré la puissance et la mobilité de leur machine militaire, notre patrimoine national serait-il en sûreté, ce patrimoine, fruit des travaux, des luttes, des souffrances, du génie de nos 'pères, si nous étions moins armés et moins préparés que nos voisins?
(c Sarait-il en sûreté, ce patrimoine que nous a légué la Révolution française?
« — Pour notre honneur et notre sécurité, nous sommes prêts aux derniers sacrifices — disait récemment à Toulouse le président du G(jnseil. Vous avez tous applaudi à ces fières paroles et vous avez compris que, sans forfanterie, mais sans faiblesse, elles traçaient à chacun son devoir et indiquaient nettement quel doit être le rôle d'une grande nation comme la France, avide de paix et de travail, mais jalouse de ses droits.
^c Pour mon compte, plus patriote encore que soldat, je désire ardemment le maintien de la paix, si nécessaire à la marche du progrès et au bonheur de mon
pays. C'est pour cela que, dédaignant certaines attaques et fort du sentiment du devoir, je poursuis sans relâche la préparation à la guerre, seule garantie des paix durables.
a Je me résume, messieurs. Il y a pour une nation deux sortes de paix :
« La paix que l'on demande, et la paix que l'on impose par une attitude ferme et digne.
« Celte dernière est la seule qui nous convienne, et je vous remercie, éducateurs de celte fière jeunesse, je vous remercie, jeunes vaillants, d'aider le gouvernement à en assurer les bienfaits à la France. »
J'ai dit qu'il y avait dans la vaste salle dix mille personnes au moins. Le général a parlé si distinctement, a crié plutôt avec une élocution si claire que tout le monde l'a entendu.
Comment rendre alors le tonnerre de bravos qui a suivi ce discours, d'autant plus sympathique qu'il est... pacifique!
M. Déroulède se lève et crie :
— Vive la France ! Vive le patriotisme I Vive le général Boulanger !
Les dix mille personnes répètent ces trois acclamalions.
Le général annonce qu'à la demande du ministre de l'intérieur et à la sienne, M. Ziégler, le grand inspirateur de toutes ces sociétés, est nommé chevalier de la Légion d honneur.
Les bravos redoublent.
Il décerne ensuite quelques rubans violets de l'instruction publique. Nouveaux applaudissements.
Il se retire. On l'acclame. On lui fait à la sortie une
ovation qui se renouvelle durant tout le trajet de l'Hippodrome au ministère de la guerre où l'attendaient plus de cinq cents personnes.
Et je terminais, comme suit, mon article du lo novembre :
« Faut-il que nous ayons un cabinet... naïf!
(( Le chef du cabinet, les ministres de l'intérieur et de l'instruction publique eussent pu être là.
« Alors c'était le partage de l'ovation. Ce n'était pas en tout cas le triomphe exclusif du général Boulanger qui, en leur compagnie, ne serait peut-être point descendu dans l'arène.
« Après tout, nos ministres ont peut-être soif, eux aussi, du gouvernement personnel, — le seul vraiinent français. — Qui nous dit qu'ils ne sont point des houlangisles avant la lettre? »
Néanmoins le cabinet cbangea.
M. de Freycinet , renversé, eut pour successeur M. Goblet. qui crut devoir laisser le portefeuille de la guerre au général Boulanger.
En sa qualité de ministre, le général était souverain maître de l'armée.
Je faisais alors partie du comité du Parlement et de la Presse formé dans le but d'organiser des fêtes au profit des inondés du Midi.
A tout instant, j'avais, comme membre délégué, à demander au ministre un service quelconque.
Ma première lettre avait été facile à faire :
« Monsieur le ministre.
Quoique ennemis sur le terrain de la politique, nous devons être unis sur celui de la charité, etc. »
Le général me répondit par une lettre charmante que je me repens d'avoir donnée à un amateur d'autographes. Il m'accorda, cette fois-là et les autres, tout ce que je demandais au nom du comité. Il me donna des cavaliers, des fantassins, des musiques, même « une permission » pour un jeune artiste, qui était alors au régiment et dont le pinceau nous faisait défaut.
C'est cet artiste qui, dans sa reconnaissance, écrivit sur le mur en toile peinte d'une maison provençale au Palais de l'Industrie :
YlVO LO GENERAL' BOULANGER !
Vous rappelez-vous, messieurs les députés Antide Boyer, Maurice Faure, Glovis Hugues, que cette traduction en votre langue natale du banal : Vive le général Boulanger f a été fournie par l'un de vous et écrite en votre présence?
Le ministre de la guerre ne se contenta point de nous donner des hommes. Il voulut payer de sa personne.
Le 18 décembre, le comité donna à l'Hippodrome une grande fête militaire.
Depuis le premier morceau joué sous la direction de M. W^ettge, chef de musique de la garde républicaine, jusqu'au dernier exercice, les soldats de l'école de Joinville et les braves sapeurs-pompiers de Paris n'ont pas cessé de triompher.
De la vie je n'ai entendu plus d'applaudissements. Imaginez une salle tellement bondée qu'on ne distinguait ni escaliers ni couloirs.
Et au dehors, plus de cinq mille personnes, n'ayant
1886. — si" vis pacem. para bellum 33
pu trouver place, atlendaienl encore gymnastes et pompiers pour les applaudir de confiance.
Les frais étaient de trois mille francs à peine. La recette a dépassé dix-huit mille francs.
C'est notre confrère L.-P. Laforét qui a eu l'idée de cette soirée. C'est d'autant plus lui qui doit en avoir tout l'honneur que — m'est-il permis d'être indiscret! — le comité ne comptait que sur un petit bénéfice.
Ah! si nous avions su, nous n'aurions pas manqué d'élever le prix des places. Nous pouvons dire que, malgré les quinze mille francs de bénéfice pour les inondés, nous avons été volés. Les spectateurs en ont eu pour plus de quarante sous.
A vrai dire, la présence du général Boulanger n'a pas été étrangère à l'engouement du public. J'ai entendu des dames demander : « Sera-t-il en uniforme ou en bourgeois ? > Quand un général arrive à soulever cette curiosité, c'est qu'il est l'homme populaire par excellence.
Il était en bourgeois. Le soir même, le général Saussier offrait un dîner aux commandants de corps. Le ministre de la guerre ne pouvait se dispenser d'y assister, mais il avait promis au Comité de présider la fête. Il est arrivé à 10 heures, assez tôt pour admirer les exercices de boxe, d'escrime et de bâton, les mouvements d'ensemble de l'école de Joinville.
On sait le but de cette école. Les meilleurs soldats ou sous-offîciers de l'armée y sont envoyés et formés. Ils en sortent instructeurs.
En vérité, il n'y a rien de plus régulier, de plus savant que leurs exercices, rien qui puisse inspirer autant de confiance.
S't LE GÉNÉRAL BOL'LArVGER
Et quels jarrets ! quels muscles ! Quand les six cents mains retombaient sur le pantalon, elles produisaient, en frappant la cuisse, comme un bruit de fer.
Après les gymnastes sont venus les sapeurs-pompiers. Leur entrée a soulevé un trépignement dont on n'a pus idée. C'est que les sapeurs-pompiers sont les grands amis, les protecteurs des Parisiens. Quand on les voit, on se rappelle que, depuis 1878 seulement, ils ont éteint plus de i,000 incendies, que iii d'entre eux sont morts au feu, 349 autres sont décédés par suite de maladies €u infirmités contractées dans les incendies. Toute la salle a voulu d'un coup leur témoigner sa sympathie si vive.
Au milieu des bravos, des hurrahs, ils ont accompli leurs grandes manœuvres d'incendie et de sauvetage, dans lesquelles ils se montrent pourtant plus diables qu'hommes. Il est vraiment impossible de s'expliquer comment ils se tiennent sur les échelles, avec quelles griffes magiques ils s'accrochent aux cordages. En les voyant défiler ensuite, le général Boulanger, pour leur rendre hommage, s'est levé.
Ce n'est rien, cette chose : se lever quand passent des sapeurs-pompiers, mais il faut croire que les autres ministres n'avaient point l'habitude de la faire. Je me rappellerai longtemps l'admiration qu'a soulevé ce respect d'un chef pour ses plus humbles surbordonnés.
Aujourd'hui le Président de la République, les ministres ne manquent jamais de professer, en pareilles circonstances, ce même respect, mais on ne doit pas oublier que c'est le général Boulanger qui, le premier, en a fait preuve.