‹ Le Général BoulangerChapitre 30 sur 52 · LE MARIAGE DE MADEMOISELLE BOULANGER · texte numérisé non relu

LE MARIAGE DE MADEMOISELLE BOULANGER

Le général Boulanger eût désiré que le mariage de la seconde de ses filles avec le capitaine Driant gardât un caractère exclusivement familial. Etait-ce possible, au moment où la curiosité publique épiait chacun de ses actes ?

Il a eu beau retarder les invitations et déclarer qu'il n'en enverrait qu'aux intimes, il fallait s'attendre à voir foule, le 29 octobre, à la mairie du seizième arrondissement et surtout le lendemain à l'église Saint-Pierre de Ghaillot.

Ce mariage religieux ne pouvait manquer d'irriter davantage encore ceux des journaux qui, quotidiennement, lardent d'épigrammes le boulangisme. Le général eût pu répondre qu'ayant proclamé, dans ses discours, dans ses manifestes, son respect de toutes les libertés, il ne se reconnaissait point le droit d'attenter aux croyances de sa fille, surtout dans l'accomplissement de l'acte le plus sérieux de la vie. Il était donc résolu à la conduire, et très fièrement, à l'autel.

Le passé militaire du fiancé est très brillant. Sans

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protection première, rien que par ses mérites, le capitaine d'aujourd'hui a fait rapidement son chemin. Le lien qui va être cimenté n'ajoutera rien aux sentiments que le général a toujours professés pour son officier d'ordonnance, qu'il considère déjà depuis près de trois ans comme son fils. Ce que je voudrais pouvoir dire, avec la réserve qui convient, ce sont les qualités exquises de la fiancée. Elevée auprès de son père, ayant souvent partagé ses travaux, elle a, tout en développant son cerveau, gardé la grâce de la jeune fille. Un mot suffira à la dépeindre : il n'y aurait pas de plus charmante ambassadrice. Avec cela, d'une modestie extrême.

J'ai raconté plus haut la petite scène de famille dont j'ai été témoin, aux Fêtes du Soleil, le jour oùrHomme- Tronc appelait chacune des deux sœurs « la plus belle de toutes les jeunes filles ».

— Gela vous montre, disait le général à ses filles, le cas qu'il faut faire des compliments des hommes.

]\P- Boulanger a fait une exception en faveur de ceux du capitaine Driant.

Après deux ans d'espérance, les faire-part suivants ont été lancés dans Paris :

Monsieur et Madame Driant ont Vhoyineur de vous faire part du mariage de Monsieur Emile Driant, capitaine au 4^ régiment de zouaves, leur fils, avec Mademoiselle Marcelle Boulanger,

Et V0Ù6 prient d'assister à la bénédiction nuptiale qui leur sera donnée le mardi 30 octobre 1888, à midi très précis, en l'église SaiJit-Plerre de Chaillot.

Pas-en' Artois ( Pas-de- Ca la is) ..

Cette lettre sera demandée à Ventrée de l'église.

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Madame Ernest Boulanger, Madame Paul Renouard, le général de division, dépujé, grand officier de la Légion d'honneur et Madame Georges Boulanger ont r honneur de iwus faire part du mariage de Mademoiselle Marcelle Boulanger, leur petite-fille et fille, avec Monsieur Emile Driant, capitaine au 4^ régiment de zouaves,

Et vous prient d'assister à la bénédiction nuptiale qui leur sera donnée le mardi 30 octobre 1888, à midi très précis, en l'église Saint-Pierre de Chaillot, et au lunch qui aura lieu à r issue de la cérémonie.

11 ôis, rue Dumont-d'Vr ville.

Cette lettre sera demandée à l'entrée de l'église.

Il est inutile de parler des divers cadeaux que, dès le lendemain de l'envoi de ces lettres, a reçus la fiancée. Chaque matin arrivaient, outre les paquets, de nombreux paniers fleuris qui, jusqu'au lendemain du mariage, ont embaumé tout l'hùtel de la rue Dumont-d'Urville.

Le jeune ménage ne sera pas très fortuné. Il aura pourtant de quoi vivre dignement. Le général donne à sa fille cent mille francs de dot. Celle du capitaine Driant est un peu plus forte. Les deux dots réunies produiront ensemble une dizaine de mille francs de rente. M. Driant a, de plus, sa solde de capitaine : 337 francs par mois.

Et quatre heures sonnaient, le lundi 29 octobre 1888, à' la mairie du seizième arrondissement, au moment précis où le général Boulanger, ayant au bras sa seconde fille, entrait dans la salle des mariages.

— On n'est pas plus exact ! n'a pu s'empêcher de s'écrier M. le maire.

C'était en effet, l'heure annoncée pour la cérémonie civile.

Depuis le matin, la mairie était toute transformée. Partout des tapis et des fleurs. Dans la grande salle d'honneur, une immense table dressée pour un interminable lunch. Il n'y a pas besoin de dire que le général n'avait rien à faire en ce régal, quasiment officiel.

A midi, M. Marmottan, maire du seizième arrondissement, avait, lui aussi, marié sa fille. C'était donc grande fête pour toute la municipalité. Les nombreux amis du marié, M. Gougis, l'un des chefs de la maison Dentu, étaient encore en train de boire à la santé des époux. M'"- Dentu, en très belle robe de velours noir et couverte de fleurs, versait le Champagne à tous les auteurs de sa maison.

Pendant ce temps, au dehors, des badauds essayaient de se caser pour voir arriver le général.

Aussitôt des agents accouraient : « Circulez ! ».

Vers trois heures, allongés sur plusieurs lignes, ils ont fait le vide complet aux abords de la mairie.

De même, à droite et à gauche de l'hôtel de la rue Damont-d'Urville.

Us ne laissent passer absolument que les voitures.

Du balcon de la mairie, j'ai vu amener au poste huit curieux qui désiraient seulement faire ce qui se fait tous les jours à Paris ou en province : regarder passer une noce.

M. Clément en personne dirigeait le service. Aucun piéton n'a pu approcher des voitures du cortège, au nombre de cinq seulement.

Le général était en redingote. La toilette de sa fille était délicieuse : robe en soie ortie avec corsage formant

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redingote sur jupe en broderie. Petit chapeau fermé, de même couleur que la robe et orné de fleurs, sur une forêt de cheveux blonds relevés et laissant Toir la nuque.

Le capitaine Driant, en uniforme, donnait le bras à sa mère en robe de suie noire.

Suivaient les témoins, le comte Dillon, M. Griffith, le général Faverot de Kerbrech et le frère du marié.

M"'^ Boulanger, qui, ne trouvant point le jeune capitaine un parti assez riche, assez beau pour sa fille, s'était toujours opposée au mariage, était restée à Versailles en compagnie de sa fille aînée.

Malgré le peu de personnes qui accompagnaient le général, la salle des mariages était pleine. Tous les invités de M. Gougis et du maire l'avaient, les premiers et gaiement, prise d'assaut. Les huissiers, qui avaient également lunché, avaient les yeux allumés. C'était très drôle. L'un d'eux avait oublié le registre de l'état civil. Les aiitres, pressés sans doute d'aller tutoyer leurs verres, bousculaient eff'royablement le monde.

— Ne montez pas sur les bancs, ce n'est pas convenable !

Le premier huissier parvient à recouvrer la solennité de sa voix pour annoncer :

— Monsieur le maire !... Levez-vous tous, messieurs, mesdames.

On connaît la banaUté par trop simple des mariages civils.

M. Marmottan, après avoir salué la mariée et le général, prend place derrière son bureau. Il est procédé aux lectures d'usage. On s'attendait à un discours du maire. M. Marmottan, qui sent sur lui les yeux, pourtant loin-

tains, de M. Floquet, se garde bien d'en Taire un. Aux questions légales, les parents d'abord, puis les époux répondent crânement, même la mariée :

— Oui. monsieur le maire.

La fiancée, qui est toujours très pâle, ne rougit que quand on la prie de signer.

Elle revient, la première, s'asseoir auprès de son père. Jamais je n'oublierai le regard qu'elle a échangé avec son époux quand il est également revenu prendre sa place. Elle ne pourra point reprocher à son père de l'avoir mariée de force. M. Marmottan alors s'approche du groupe. Il va remplacer par une conversation intime le discours qu'il n'a pas cru devoir faire. Il demande la permission de retourner auprès de ses invités. Le général lui tend la main en disant :

— Je comprends trop bien qu'aujourd'hui vous sentiez plus que jamais le besoin d'être auprès de votre fille...

On se sépare et le cortège se retire.

La cérémonie n'a duré que quelques minutes. Ce laps de temps a suffi pour que les agents opèrent encore deux arrestations.

Pour éviter la foule, le cortège s'éloigne non par l'entrée principale, mais par celle de la rue de la Pompe. Les curieux s'élancent aussitôt par la rue Decamps. Un mot d'ordre circule : « Place d'Eylau ! »

Les rues, ordinairement désertes, de ce coin de Passy, sont remplies de gens qui courent en criant : «Vive Boulanger! » Le général a pris de l'avance et quand les badauds arrivent place des Etats-Unis, ils la trouvent occupée par des centaines d'agents. Les attroupements sont rapidement dispersés.

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Aa coin de la rue Dumont-d'Urville, se tient en permanence une forte escouade de gardiens de la paix. D& guerre lasse, les curieux se dispersent. A cinq heures moins dix, le quartier a repris sa physionomie accoutumée. Seule, la force publique se tient encore prête à toute éventualilé.

Rentrée chez elle, M""^ Marcelle Driant a trouvé de nouveaux cadeaux, entre autres un superbe bracelet garni de brillants, envoyé par M. Charles Lalou.

Elle a reçu tant de bouquets qu'elle eût pu le lendemain joncher de fleurs tout le parcours de la rue Dumont-d'Urville à l'église Saint-Pierre de Ghaillot.

Je ne sais pas au juste quel est le sort qui est réservé au général Boulanger, mais le député des trois départements eût été bien difficile en ne considérant pas la journée du 30 octobre comme une apothéose.

A onze heures du matin, il y avait déjà plus de cinq cents personnes devant l'église Saint-Pierre dont l'abbé- Gaulle, chargé du service d'ordre, avait fait fermer les portes à dix heures, pour ne les ouvrir qu'à onze heures et quart.

Louis Dallé, le célèbre horticulteur de la rue Pierre- Charron, avait besoin d'ailleurs de ne pas être dérangé pour mettre la dernière main à la décoration, absolument féerique. A l'entrée, deux palmiers montant jusqu'aux orgues. Devant chaque pilier, un bosquet. Toute la grille du chœur garnie d'arbustes et de lilas blanc, d'anthémyses, de bruyères, etc. Louis Dallé enfin avait transformé la vieille basilique en une véritable serre dont l'éclat des lumières augmentait encore l'effet. C'était délicieux.

Le service religieux sera naturellement de première classe. La messe sera dite par M. Filhol, ancien aumônier de marine. Toute la maîtrise vocale et instrumentale donnera.

Impatientés de faire queue dans la rue, les invités trouvent, pour entrer, un moyen assez adroit. Ils passent par la petite sacristie. Devant cette invasion, l'abbé Gaulle fait ouvrir les portes. Voici M. et M""^ Laur, le général du Barail, MM. Laguerre, Roy de Loulay, de Susini, Cunéo d'Ornano et la marquise d'Ornano ; M""^' Gilquin, nièce du vénérable chanoine de Braisne, et M^'^^ Hortense Bonnaud; miss ClifTord, M'"" Claude, M™« et M"^ Vervoort ; MM. Clément de Royer, Le Hérissé, Jolibois, Victor Koning, Paul Ferrier, etc.

Pendant ce temps, toutes les rues avoisinant l'hôtel du général sont barrées parles agents. Ceux-ci ne laissent passer que trente membres de la Ligue des patriotes ayant leur insigne à la boutonnière. Tiens î on les respectait donc encore en ce temps-là? A midi moins le quart, les ligueurs se placent devant Thôtel. C'est le moment même où la mariée monte dans un coupé attelé de deux chevaux. Le fouet du cocher est garni de fleurs d'oranger. De même les œillères des chevaux. M ^^^ Marcelle Boulanger est accompagnée de son père, qui porte l'uniforme de général de division avec le grand-cordon et toutes ses décorations.

Les membres de la Ligue des patriotes marchent devant le coupé, qui accomplit au pas, suivi de six voiures, le trajet de la rue Dumont-d* Urville à l'église. Chemin faisant, un ouvrier parvient à forcer la ligne des agents. Il s'approche du général, le salue, lui tend la main. Le général la lui serre chaleureusement. «Vive

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Boulanger ! » crie la foule. De nombreuses personnes, furieuses de ne rien voir, refoulées qu'elles sont par les agents, crient : « A bas Floquet! » On en arrête une dizaine.

Quand le cortège arrive à l'église, à midi et quart seulement, celle-ci est déjà comble, bien qu'on n'y ait laissé entrer que les personnes munies de lettres. Il faut avouer qu'on ne se croirait pas dans le saint lieu. Les invités se reconnaissent, se saluent, causent. On admire les dames et leurs toilettes. Il y a tant de monde que les prie-Dieu sont transformés en sièges et qu'une très jolie personne, n'ayant pu trouver place, a dû s'asseoir sur le dossier d'une chaise.

Pressés, ici ou là : MM. Robert Mitchell, Kœchlin- Schwartz, Napoléon. Ney, ïurquet, de Loqueyssie, de Ménorval, M. et M™'' Marquet de Yasselot, xM. et M'"*^ Paul Eudel, Gaston Dufey, Charles Lalou, le baron Dufour, Emile Rochard, Dugué de la Fauconnerie, Déroulède, Vannucci, Michelin, Hyrvoix et son fils, M. William Hyrvoix, le général Rebillot, Laisant, M"'^ Filippini, etc.

Pourtant un grand silence se produit dès qu'on voit se former le cortège. ^

M'^"" Boulanger est poétiquement charmante dans sa toilette de mariée. La robe, à très longue traîne, est en moire antique relevée par des ornements en satin crème. Peu de fleurs d'oranger dans les cheveux, mais un bouquet assez gros au bas du corsage. Derrière le général et sa fille, le marié, en uniforme de capitaine au 4*^ zouaves, et sa mère ; le général Faverot de Kerbrech en redingote (son ministre lui ayant interdit le matin même

de mettre l'uniforme), et M™® Ernest Renouard ; le comte Dillon et M"^ Marie Boulanger, sœur de la mariée et demoiselle d'honneur, le capitaine Guiraud, du 8'dragons, officier d'ordonnance du général ; MM. Griffilh, Léon Driant, Auguste Aldrès, Pien-e Dillon, fils aîné du comte, le capitaine Rogerie, en uniforme, etc.

Il y a d'ailleurs dans l'église un assez grand nombre d'uniformes. Tous les officiers de Fontainebleau, dont beaucoup désiraient venir, ont cependant reçu l'ordre de ne pas sortir de la ville avanl la fin du mois.

Bien joli, le tableau des deux mariés agenouillés dans un encadrement de fleurs et de lumières.

La messe commence. La bénédiction est donnée par M. Deglaire, archiprètre de la cathédrale de Reims, ancien professeur du capitaine Driant. Le vénérable abbé adresse aux époux une allocution des plus touchantes. Je la résume seulement :

« 11 y a longtemps, madame, que je connais celui qui va être votre époux. Il a repondu aux promesses de sa première jeunesse. Je réponds de lui pour l'avenir... Mes enfants, aimez-vous toujours comme vous vous aimez aujourd'hui. Dieu vous aime et vous demande surtout de vous aimer. »

L'orgue retentit. Il est tenu par M. Roques. La maîtrise chante, dirigée par M. Laumonnier. Après le Pa/er Noster, de Xiedermeyer, chanté par le ténor Rainaldi, un des anciens soldats du général, nous entendons une symphonie de Haydn pour harpe, violon et violoncelle. Melchissédec chante admirablement le 0 SahUaris et VAve Maria de Gounod.

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A une heure moins le quart, la messe est unie et les époux pénètrent dans la chapelle de la Vierge où le défilé va commencer, un long défilé qui dégénérera bientôt en cohue. On se presse. On se bouscule. Pauvres toilettes ! Mais tout le monde a hâte de serrer la main du général, à la droite de qui sont sa fille et son gendre.

M. Boulanger présente, au passage, ses amis à la nouvelle M-^^*^ Driant.

Le défilé dure plus d'une heure. Leur tour venu, quelques-uns des invités se rendent à l'hùtel du général où un lunch aura lieu. La plupart attendent la sortie du cortège. Sortie véritablement triomphale. Tout d'abord éclate un cri unanime de: «Vive Boulanger! » Puis celui de : « Vive la mariée î »

Dès que le général est remonté en voiture, deux, cents agents se précipitent autour du coupé. La foule, furieuse d'être privée de la vue, crie : A bas FJoquet! Résultat net : Dix.-huit arrestations.

Et ce sera ainsi jusqu'à l'hôtel de la rue Dumontd'Urville, au-dessus de la porte duquel on a mis pour la circonstance une élégante marquise. Tout le temps : <Yive Boulanger ! A bas Floquet ! » Et des arrestations.

Les nouveaux époux arrivent les premiers à l'hôtel qu'ils trouvent déjà encombré. La mariée embrasse ses amies. Gomme on va les féliciter, un grand cri vient de la rue : Vive Boulanger!

C'est le général qui arrive.

Sa voiture est suivie d\m nombre incommensurable de véhicules. II vient se placer à la gauche de sa fille et un second défilé commence, peut-être encore plus long que le premier. Voici M™^ la duchesse d'Uzès, MM. de Lacreteile, Farcy, Paul Chassaigne-Goyon,

Quenlin-Bauchart, Gasion Galmette, Prestat, Jacques Saint-Cère, Hégamey, un grand nombre d'officiers d'adminislration en uniforme. Le général est de fort bonne humeur. Quand passe M. Victor Roger , le compositeur d'Oscariyie, il le félicite gentiment et regrette de n'avoir pu aller aux Bouffes-Parisiens.

A quatre heures arrive le rédacteur en chef de 17/2transigeant. qui vient seulement d'être libre.

Il a au bras la belle M^^ Yervoort, sa nièce, qu'il amène devant le général.

Et dans la rue, de temps en temps: c Vive Boulanger! » Je cours à la fenêtre. Je vois un homme que deux agents emmènent. En vérité, c'est extraordinaire. Yoilà que;, sous le consulat Floquet, on n'a plus le droit de marier sa fille.* Mais quand Piquendaire, dans mon pays, a marié la sienne, c'étaient des chants, des bombes, des coups de fusil ! Par bonheur, en ce temps-là, M. Floquet ne gouvernait pas encore.

Après le défilé, on se rend dans les pièces voisines très élégamment aménagées.

Le fumoir est surtout charmant; c'est là qu'est installé un orchestre de tsiganes. Ceux-ci, naturellement, jouent la Revue, que les agents de M. Floquet, si cela continue, feront peut-être jouer bientôt à la place de la Marseillaise.

Dans deux salons, des buffets sont servis.

A quatre heures seulement, les mariés ont pu commencer à luncher.

Mais est-ce qu'ils pensent à manger? A peine avaientils le temps de répondre aux compliments ! Le bonheur qu'il y avait dans leurs yeux semblait avoir gagné

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