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LE MARIAGE DE M^'*^ BOULANGER

toute l'assistance. Quiconque a assisté à cette fête de la jeunesse et de l'amour en gardera un souvenir éternel. C'est si bon de voir des gens heureux !

Après quinze jours passés en famille, le jeune ménage partira pour Tunis, où le capitaine Driant reprendra son service.

Et maintenant, moi, je veux me payer un dernier plaisir, celui de crier : a A bas Floquet ! » Est-ce qu'on va me mener aussi en prison ?

Ça m'eût arrangé joliment ! Je n'avais précisément rien à faire le lendemain.

Dès le lendemain de la triple élection du général Boulanger, se créaient de nombreux comités révisionnistes nationaux.

Ce sont ceux des vingt arrondissements de Paris qui, sur la proposition du comité du quinzième arrondissement, ont offert, le samedi ^7 octobre 1888, un banquet démocratique au général Boulanger.

Ils ont choisi, pour ces agapes, une des salles les plus vastes de Paris, la Brasserie Européenne, oîi Ton donne parfois des réunions qui comptent jusqu'à trois mille personnes.

Vu la place prise par les tables, les chaises et les couloirs nécessaires au service, les organisateurs n'ont pu dresser que 8:25 couverts. C'est déjà bien suffisant. Prix du banquet : six francs. La veille, à deux heures, il ne restait plus une carte disponible. Comme j'allais voir la salle, un monsieur qui n'est peut-être pasboulangiste, m'a proposé de m'acheter un louis mon invitation.

Il y a des gens qui raconteront que la salle était magnifique. Je me contenterai de dire qu'elle était élégamment patriotique.

1888. — LE BANQUET RÉVISIONNISTE 2To

Des drapeaux tricolores sur tous les murs. Des arbustes dans les coins. L'angle de gauche, au fond, est occupé par un orchestre dissimulé dans le feuillage. On arrive dans la salle entre deux rangées de verdure.

Toutefois, les organisateurs ne sont pas contents. Ils rêvaient à l'entrée deux gardes municipaux à cheval. Ils auraient voulu avoir, en payant, des gardiens de la paix qui auraient, au besoin, interdit l'entrée du banquet aux personnes non munies de cartes.

Le président du comité du XV'', M. Blanchard, et deux de ses collègues se sont rendus dans cette intention, auprès du préfet de police.

M. Lozé a refusé et les cavaliers et les piétons.

— Vous avez bien tort, monsieur le préfet, aurait répliqué M. Blanchard, de ne pas nous accorder, parce que nous sommes boulangistes, ce que vous donnez à l'organisateur du moindre bal. Vous devriez vous dire que dans six mois, si nous venons vous voir, vous nous ferez ouvrir la porte à deux battants. Nous ne sommes pas des gens de rien. Parmi les 8:25 convives, il y aura 700 commerçants qui paient de jolies patentes.

En présence du refus de M. le préfet de police, les organisateurs sont disposés à faire leur police euxmêmes.

Les journaux boulangistes, X Intransigeant, la Presse, la Cocarde ont d'ailleurs publié des notes qui peuvent se résumer ainsi : « Nous ne provoquerons pas, mais nous nous défendrons. »

Ils n'en ont pas eu l'occasion. Bien au contraire, tout s'est passé en douceur. Il n'y a eu, en vérité, qu'un excès d'enthousiasme dépassant toute prévision.

Ainsi j'ai parlé de 825 couverts, mais naturellement

il est entré beaucoup plus de personnes que de souscripteurs.

Il en résulte au début une série d'allées et venues dans les couloirs. C'est insupportable.

Et les garçons de nous dire :

— Je vous en prie, messieurs, serrez-vous. Nous voudrions mettre un couvert entre vous.

Un couvert? Où cela, grand Dieu? Mais les assiettes se touchent!

Vers huit heures, un grand brouhaha se produit. 11 paraît que c'est le général qui arrive.

Il a beaucoup de mal à entrer. Il n'y a pas autour de lui moins de sept commissaires qui essaient de lui faire place.

Enfin, après dix longues minutes, il met pied dans la salle. « Vive Boulanger! > On monte sur les bancs. Ceux qui, prévoyant l'encombrement du vestiaire, ont gardé leurs chapeaux les agitent en l'air.

Le général est en habit. Il ne porte que ses doubles insignes de député.

Il salue et prend sa serviette.

A sa droite et à sa gauche sont dans des verres celles de ses voisins.

Est-ce par hasard? Est-ce un effet de la volonté? Ces deux serviettes, habilement préparées, ont la forme de ■fleurs de lys...

La distribution des tables est parfaite. Imaginez un immense carré. La porte est dans l'angle de droite. Contre le mur de gauche s'allonge la table d'honneur, devant laquelle sont rangées perpendiculairement celles des souscripteurs.

La table d'honneur porte au moins soixante couverts. Au milieu, le dos au mur, le général Boulanger, ayant à sa droite M. Blanchard^ président du comité du XV; à sa gauche, M. Gallian, vice-président de la Ligue des patriotes. Çà et là, alternant avec les membres des comités d'arrondissement, MM. Kœchlin-Schwarlz^ Laguerre, Turquet, Gaston Laporte, Thiébaud, Râteau^ Barthélémy, Laisant, Vergoin, de Susini, Sainl-Martin, Georges de Labruyère, Farcy, le comle Dillon, Glovis- Hugues, Edinger, Genest, Martineau, Paul Lenglé, Michelin, de Ménorval, Charles Lalou, Laur, Le Hérissé. Je crois n'avoir oublié personne.

Le menu est des plus simples. Le voici, pour qu'on ne m'envie pas :

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