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CHEZ LA DUCHESSE D'UZÈS

Le général Boulanger dînait le jeudi, 7 mars, chez la duchesse d'Uzès, née de Rochechouart-Mortemart.

Plusieurs journaux lui ont reproché d'avoir accepté, lui, député républicain, l'invitation de la descendante de la plus vieille noblesse française.

Ils le connaissent mal.

Combien de fois faut-il répéter que le boulangisme est un parti de conciliation, un parti de fusion — on pourrait dire de tranquillité politique?

Le général Boulanger, en se rendant chez la duchesse d'Uzès, est resté fidèle à son programme. C'est en fréquentant tour ci tour les prolétaires, avenue Lowendall, et la noblesse, avenue des Champs-Elysées, qu'il cimente l'union des classes; qu'il prépare, de la façon la plus sûre, l'avènement du parti dont il voudrait faire le plus beau qui ait encore eu la majorité en France.

Oui, il serait répréhensible s'il avait deux langages, s'il parlait ici autrement que là; mais ceux qui ont l'agréable honneur de l'approcher savent qu'il a partout le grand art de rester le même. Dans le riche hôtel qui servait naguère de résidence à la reine Christine

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comme à la Brasserie Européenne, il professe, avec la même dignité, l'amour des masses et de la liberté.

Il y a des gens d'ailleurs qui n'ont pas le droit de changer d'opinion et qui ne sont respectés qu'à cause de la fermeté de leurs convictions. Qui pourrait admettre Rochefort autrement que républicain, Marins Martin autrement que bonapartiste, Georges Berry autrement que royaliste, enfin ^Maxime Lisbonne autrement que communard? Or, tous les quatre sont reçus, aimés partout, précisément à cause de leur sincérité. Et l'avantage du boulangisme est d'avoir pu en faire ses quatre mousquetaires.

De pures questions de forme ont donc signalé la soirée du 7 mars.

Chez M'"*^ Charles Lalou, on avait annoncé :

— Monsieur le général Boulanger est servi. Chez M™^ d'Uzès, on a annoncé comme d'usage :

— Madame la duchesse est servie.

Mais la duchesse avait, ainsi que le fait toujours la première, soumis l'heure de son dîner aux exigences de la vie très remplie de son hôte. Sachant que le général reçoit jusqu'à sept heures, elle avait fixé l'heure du dîner à huit heures.

Le repas, d'ailleurs, ressemblait à ceux que donne fréquemment M"'^ d'Uzès. Elle n'avait, dit-elle, fait rien de plus que pour ses familiers, parmi lesquels elle souhaitait — c'est elle qui a bien voulu mêle déclarer — compter bientôt le général.

De sottes questions ont préoccupé le public.

On en est arrivé à se demander si M. Boulanger serait présenté aux dames ou si celles-ci ,lui seraient présentées.

La chose s'est faite sans embarras.

Le général, qu'accompagnait le comte Dillon, ayant été annoncé, n'avait pas à être présenté.

Il ne peut qu'être fier, à tous égards, de la façon dont il a été reçu.

A son arrivée dans le jardin, la fanfare de la duchesse a sonné les honneurs.

Pendant tout le repas, la duchesse d'Uzès, qui est absolument charmante, a été pleine d'amabilité pour le général qu'elle avait placé à sa droite. La duchesse était en robe gris perle. Seule entre toutes les dames, elle portait au corsage l'œillet rouge.

A sa gauche, le comte d'Harcourt.

En face d'elle, son fils cadet, M. Louis de Crussol — son fils aîné étant présentement à son régiment.

Les autres convives étaient M^''-'^ Simonne d'Uzès, fille de la duchesse, et Mathilde de Crussol, sa belle-sœur; le prince et la princesse de Léon, le marquis d'Hervey de Saint-Denys, membre de l'Institut, et la marquise d'Hervey de Saint-Denys, née baronne de Ward, une des plus jolies femmes de Paris, le vicomte et la vicomtesse de La Rochefoucauld, le prince de Tarente, le comte et la comtesse de Chevigné, le comte de Mareuil, le marquis de Breteuil, le comte Hallez-Glaparède, le comte de Caraman, le baron et la baronne de Maragues, le comte Dillon, M. A. Meyer, etc.

Le menu avait à sa gauche la couronne ducale surmontant une banderole sur laquelle on lisait la fière devise de la famille : Ferro^ non auro.

Il portait, au lieu de la liste des mets celle des fanfares sonnées à l'entrée de chaque plat :

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