‹ Le Général Boulanger et la conspiration monarchique (volume 2)Chapitre 18 sur 28 · G LE GÉNÉRAL BOULANGER · texte numérisé non relu

G LE GÉNÉRAL BOULANGER

— Allons, bon ! me dis-je, c'est Mazas. Constans aurait bien pu me laisser tranquille jusqu'à la fin.

Je descendis dans l'antichambre, où je trouvai deux messieurs dont la mise élégante et du bon faiseur semble être le privilège des fonctionnaires du a Bord de l'Eau.)) C'étaient en effet deux agents qui m'exhibèrent un mandat d'amener contre le sieur X. . . mon ancien employé, le faux révoqué ! Je leur répondis que X... m'avait quitté, je leur donnai quelques renseignements sur ce « Révoqué pour Boulangisme. )> Mes agents se retirèrent.

Le soir même, j'appris que X.., avait été arrêté à la suite de nombreuses plaintes déposées contre lui pour escroqueries.

Beaucoup d'autres n'étaient guère plus intéressants, mais on avait promis, on dut s'exécuter.

C'est à ce sujet qu'il eût fallut voir les colères de Dillon ! Il fallait la croix et la bannière pour en tirer quelque argent, et nos

révoqués venaient jusqu'à dix fois dans un jour pour toucher... o ou 10 fr. d'acomptes, tout comme on fait pour les rédacteurs à la caisse de certains journaux parisiens.

Et cependant la somme déjà réduite par leGénéral et par moi était une misère.

Cette orgie des « Révoqués » ne dura que deux mois. Mais c'était autant d'enlevé à la Cagnotte orléaniste, aux pêcheurs en eau trouble du Marais rovaliste !

La somme totale distribuée se chiffrait par 14,472 francs, sur laquelle 12, 772 fr. versés mensuellement et 1700 fr. une fois donnés.

C'était une bagatelle.

Mais si on avait tenu compte des lettres, des sollicitations, si on avait satisfait à toutes les demandes, on aurait eu plus de 31)0 .000 francs à verser par mois, encore en réduisant de plus de moitié les chiffres demandés par les solliciteurs.

C'est alors que Messieurs les Orléanistes

auraient trouvé la pilule amère !

LA RUE GALILÉE (Suite) Bu 55 Septembre au 6 Octobre

J'étais resté, ainsi que je Tai dit plus haut, après le scrutin du 22 septembre, dans le local de la rue Galilée, attendant des ordres.

J'avais avec moi tous les employés et secrétaires, sauf ceux dépendant de Dillon qui dès la défaite avaient cessé leur service. Le baron Dupérier était à Londres auprès du comte etmalsrrémes lettres recommandées à celui-ci et au général, je ne recevais de réponse de personne.

Je tenais tête, tantbienque mal, aux candidats de ballottage, aux révoqués qui venaient frapper à la caisse vide et disparue, et songeais sérieusement à mettre la clef sous laporte quand je reçus la visite de MM. Naquet et Laguerre.

Ces deux messieurs étaient chargés des élections de ballottage à Paris et c'est à eux que furent remis les fonds nécessaires : le Général et Dillon n'existaient plus.

Ils me prièrent, dans l'intérêt du parti et par dévouement, de vouloir bien continuer à recevoir rue Galilée et à faire distribuer la propagande. Je leur répondis que par dévouement, j'acceptais, mais que je ne pouvais sans argent, ayant des employés et des frais divers à payer jusqu'au 6 octobre, et que du reste j'avais déjà avancé de ma poche et ne voulais pas continuer.

Ce à quoi Naquet me répondit qu'il me TemQiivdLii mille francs le lendemain; c'était

la somme que je jugeais nécessaire pour tenir coup à Tobligatoire et à Timprévu.

Puis les deux nouveaux chefs du parti vaincu se retirèrent en me faisant mille amitiés.

Cette période se passa lente et triste ; si je n'avais eu les insultes quotidiennes des désabusés, les injures des impayés, les prises de corps enlre mes employés et les révoqués comme distractions, je serais mort d'ennui.

La période d'activité était terminée, le feu d'artifice tiré, c'était l'agonie.

J'ai vu bien des lâchetés, bien des hontes, bien des trahisons en ces derniers jours de débâcle ; il me répugne de les écrire.

Je fis distribuer tout ce qui restait de propagande et réglai les notes de la rue Galilée et des employés restés avec moi ; mais, ne voyant pas venir les mille francs en question, j'écrivis à Naquet qui me répondit la lettre suivante :

SÉNAT « Paris, le 2 octobre 1889.

— c( 44, rue de Moscou.

« Mon cher monsieur Verly,

« Je n'étais pas chez moi quand on a apporté votre lettre.

« Nous n'avons pas d'argent disponible en ce moment, les sommes que nous avons ont une affectation spéciale, fixée d'avance.

« Après les élections, quand tout sera ré- ^lé, s'il reste un reliquat, ce dont je suis presque sûr, je vous promets que M. Laguerre vous remettra mille francs. Vous serez la première personne qui toucherez sur ce reliquat.

« Je vous serre la main.

« A. Naquet. ))

Je tins bon jusqu'au 6 octobre. Le dimanche matin, je congédiai tout le personnel, fermai Thùtel, réglai tout, et le soir m'en

fus dîner et attendre chez Durand les dernières nouvelles de la débâcle finale. Je touchai le surlendemain, aux bureaux de la Presse, des mains de M. Laguerre, les mille francs en question qui couvraient juste mes avances moins une cinquantaine de francs, et je quittai Paris heureux de me sauver à la campagne jouir d'un repos mérité, loin des saletés de la politique, délivré des aigrefins qu'il m'avait fallu coudoyer pendant de longs mois, et profondément écœuré de ce que j'avais vu.

XIÏ

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