LES BONAPARTISTES ET LE BOULAXGISME
L'attitude du parti avant le 57 janvier. — La fête du Grand-Hôtel. — Effacement du prince Victor. — Les Bertrands de VOrlëanisme. — Candidats in extremis.
Le parti impérialiste, celui qui revendique pour clief le prince Victor, était organisé en Comités d'arrondissements. Ces comités, qui jadis avaient été une force réelle avec laquelle il fallait compter, avaient singulièrement perdu de leur influence, depuis quelques années. Le parti impérialiste propre-
ment dit s'était scindé après la mort du prince Impérial, et une grande partie était allée au chef légitime de la doctrine démocratique, au prince Napoléon (Jérôme).
Ceux-ci étaient les plus intelligents et les plus convaincus, ils ne répugnaient nullement à accepter le régime républicain, principe qui était la caractéristique du Prince Rouge, comme on l'appelait.
Les Impérialistes purs (!) ne juraient, eux, que par ie prince Victor, leurs Comités se réunissaient à grand fracas d'annonce dans leur organe le Petit Ca])oral, en des parlottes où des orateurs daubaient sur la R. F. et exaltaient les beautés du régime impérial.
Tout allait languissant ; on se désespérait; rien ne venait et le Messie couronné tardait à paraître, pour satisfaire les ambitions de TEtat-major et contenter les vœux des petits et des humbles.
Sur ces entrefaites, arriva le décret d'expulsion des Princes. L'occasion était bonne
pour manifester une dernière fois, et le prince Victor, en se rendant à la gare du Nord pour prendre le train de Bruxelles, fut l'objet d'une ovation qui fera époque dans sa vie, car Bruxelles est plus loin que la rue de Monceau et nous doutons qu'il entende jamais des acclamations pareilles à celles qui saluèrent son départ.
Le général Boulanger, avec son étonnante popularité, avait encore renforcé les sympathies du parti républicain en rayant des rangs de l'armée les princes d'Orléans, et en contresignant la loi de bannissement.
Ce fut sur lui que tomba la colère des Impérialistes privés de leur prétendant. Dans les journaux du parti, journaux clairsemés, il est vrai, on le traitait de «Robert Macaire, de fantoche, de jésuite, de communard » . On lui fit une guerre sans merci, on l'insultait jusque dans son passé de soldat.
Le Petit Caporal le traînait dans la boue,
le journal satirique, le Pilori, alors impé-
rialiste, lui consacrait tous ses dessins hebdomadaires, la Patrie alors impérialiste fulminait sous la plume de M. Eugène Guyon, porte-parole du marquis de la Valette, le grand ami du prince Victor. On verra plus loin que ce pauvre marquis possédait à merveille la théorie de l'opportunisme en matière politique. Je ne parle pas de la presse de province qui, elle, emboîtait le pas derrière « les ténors » de la capitale.
Mais quand, plus tard, le parti Victorien (c'est le nom que nous lui donnerons désormais) s'aperçut des mamours qae, malgré leur conduite et leurs attaques passées, les Orléanistes faisaient au Général, il se ravisa; le mot d'ordre, tacite d'abord, officiel ensuite, fut : accaparer le Général, le soutenir dans sa lutte contre l'opportunisme, et le suivre dans toutes ses manifestations politiques.
Cette nouvelle attitude des Victoriens fut constatée, en premier lieu, à la fameuse
soirée du Grand-Hàtel. , donnée par Lucien Miilevoye, puis à la cérémonie du mariage de la fille cadette du Général, M"^ Marcelle Boulanger, avec le capitaine Driant.
Au Grand-Hôtel on remarqua le général du Barail, la poitrine constellée de ses décorations, et, à la cérémonie nuptiale de Saint-Pierre de Chaillot, tout le clan de l'état-major victorien, depuis le général du Barail représentant officiel du Prince Victor, les Clément de Rover, les Daguillon- Pujol, les Chassaigne-Goyon, les Baillehache, les Georges- Dufour, les Legoux, etc., jusqu'aux modestes présidents des semblants de comités.
L'indignation que les « intransigeants » du parti avaient ressentie de la présence du général du Barail à la soirée boulangiste du Grand-Hôtel s'était manifestée par des articles très violents du commandant Blanc, directeur du Petit Caporal.
La consigne ayant été changée, on s'aper-