‹ Le Général Boulanger et la conspiration monarchique (volume 2)Chapitre 7 sur 28 · U LE GENERAL BOULANGER · texte numérisé non relu

U LE GENERAL BOULANGER

sent plutôt qu'ils ne se plaignent des résultais de l'élection du 28 juillet.

« Je regretterai toujours néanmoins la malheureuse fixation des 80 cantons.

a Lorient. — J'ai vu Georges. Roche et ai longuement causé avec lui au sujet de votre candidature à Lorient. Roche ne doute pas du succès et son opinion m'est confirmée par ce que m'écrit Petitpain avec qui j'ai correspondu régulièrement. Roche doit vous écrire en vous donnant des détails à ce sujet, d'une rigoureuse précision.

« Ducret. — J*ai dû payer à Ducret sur un mot du Général, d'une part 200 francs à la fin de juillet, d'autre part 1.200 francs hier même 6 août.

« L'écrit du général était formel, et j'ai dû m'incliner, sauf a vous en référer.

« Je vous avouerai . .

« C'est ainsi qu'il a, de son autorité ou du

moins sur un télégramme assez vague du Général, commandé k l'imprimerie de la France un million de placards de la défense du Général. M. Dupérier ni moi n'avons reçu de lui à cet égard le moindre avis.

« Or, d'une part il était souverainement imprudent de s'adresser pour ce travail à rimprimerie de la France qui nous est plutôt hostile ; d'autre part, ce n'est pas un placard, d'une lecture difficile, qu'il aurait fallu faire imprimer, mais bien une brochure beaucoup plus appréciée des lecteurs des campagnes. Du reste Dupérier compte vous écrire là-dessus parce même courrier et vous exprimer les mêmes regrets.

« Saint-Martin a dû vous faire part des difficultés qu'il avait rencontrées à la Préfecture de la Seine au sujet de la déclaration de candidature du Général et d'Henri Rochefort.

«Veuillez bien agréer, Monsieur le comte,

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rhommage de mes sentiments particulièrement affectueux.

« Signé : Maurice Jollivet. »

En travers de cette lettre si complète, est écrite au crayon la note laconique que M. Dillon faisait donner comme réponse :

« Accuser réception. — Merci. — N'étais pas au courant de TafFaire de l'imprimerie. Le Général a voulu. Exécutez le traité si avez argent libre ; si argent destiné à autre chose, clb^e qu'il n'y en a j^as! »

Ah ! lorsqu'il s'agissait de payer des choses qui étaient de son goût, M. Dillon n'hésitait pas et trouvait toujours les sommes même considérables pour y satisfaire. Mais faire honaeur à l'ordre et à rensfaof'ement du Général, il imaginait des raisons pour retarder les paiements et entraver ainsi l'autorité et la parole du Chef.

Et ce fut de même tout le long de la campagne!!!

Mes déplacements commençaient à compter, à chaque instant je partais pour la France! J'ai noté mes traversées, j'en ai fait cînquajite- six !

La plupart du temps, c'était le général qui me faisait appeler à Portland-Place et me confiait des missions particulières auprès de ses amis personnels. — Souvent, dès mon arrivée à Paris, je dus sauter dans une voiture et parcourir en tous sens la capitale et sa banlieue à la recherche urgente de Déroulède, de Las^uerre, de Foucaud de Mondion et de tant d'autres. J'apportais des manifestes, des articles à faire composer dans la nuit, et tout en appréciant l'utilité de mes déplacem nts je me demandais en quoi tout cela touchait à l'organisation électorale.

Lorsque mes voyages en France étaient pour Dillon, mes missions changeaient de caractère. Ce n'étaient plus des lettres près-

que ouvertes, des conversations verbales que j'apportais à Paris, c'étaient des piis cachetés et surcachetés qu'il me fallait remettre avenue des Champs-Elysées, sous le couvert de la Concierge de M°^^ la duchesse dX^zès, au nom de cette vénérable gardienne de l'hôtel ducal, chez le marquis de la TrémoïUe, avenue Gabriel, au Comité des droites, à l'Avenue d'An tin, à notre aimable confrère du Gaulois y Arthur Meyer, et je repartais pour Londres muni du Viatique sous l'espèce de gros chargements à l'adresse du Comte Dillon.

Tous ces braves gens voyaient déjà la Monarchie restaurée, le général était leur moindre préoccupation : ils l'auraient volontiers laissé fusiller si cela avait pu ramener leur roi un jour plus tôt.

Nous ne les blâmons pas. Dans toute cette aventure ils allaient franchement, combattant avec beaucoup de courtoisie au profit de leur prétendant ; c'était leur droit

absolu. Mais que penser et dire du comte Dillon ?

Celui-là n'avait-il pas le devoir étroit de ne travailler qu'au profit du général Boulanger seul ? Son devoir n'était-il pas de tendre au succès du programme si souvent affirmé par le général : La République Nationale ouverte à tous et non une restauration roj^aliste ?

Deux ou trois fois aussi je fis le voyage de Bruxelles pour voir le prince Victor de la part du comte Dillon. J'ai hâte d'ajouter que le général ignorait absolument ces missions et qu'il fut douloureusement ému et assez abasourdi quand je lui appris, moi-même, comme à celui que je considérais comme mon seul chef, le but de mes incursions et leur caractère.

Le prétendant à l'Empire, que j'avais vu jadis à Paris, lorsqu'il habitait avec le Prince Napoléon, son père, à Tavenue d'Antin, m'avait toujours fait un accueil empreint d'une

grande affabilité. Nous causions longuement des affaires de l'heure présente, mais en le quittant, le découragement m'envahissait de plus en plus.

Je voyais le jeune prince bien décidé par lui-même à agir dans le sens de la vraie politique démocratique. J'aurais désiré lui faire partager l'idée de tenir tête aux Orléanistes dans les circonscriptions où ses partisans étaient tout-puissants et où il était sûr de vaincre. Mais le prétendant était tiraillé en tous sens par son entourage dont les relations mondaines avec les orléanistes n'étaient un secret pour personne.

Le prince semblait oublier que ces mêmes orléanistes avaient, avec Taide des républicains, hâté la chute de l'Empire ; que les Decazes et autres avaient ouvertement mis leur main dans celle des Républicains pour combattre Napoléon III et que le 4 septembre 1870 avait vu le duc Decazes coiffé du képi de garde national, envahir le Palais-

Bourbon, mêlé aux somniités révolutionnaires d'alors. C'est là de l'histoire et de l'histoire vue et vécue.

L'argent des d'Orléans alimentait en 1869 et 1870 lacaisse de l'opposition républicaine ; et je suis vraiment étonné que les mêmes hommes du parti républicain aient depuis fait un crime au Boulangisme de ses alliances avec les royalistes, alors qu'eux-mêmes avaient sollicité cette alliance des Bocher et des Lambert Sainte-Croix sans trouver que l'argent des descendants d'Egalité eût une source impure et un contact flétrissant.

Et cette alliance de l'Orléanisme avec la république est tellement reconnue qu'après la guerre les princes d'Orléans purent rentrer redemander leurs quarante millions à la France épuisée et surtout les obtenir, grâce à la majorité orléaniste de cette assemblée du « Jour de malheur ».

Ces exemples auraientdû servir au prince Victor pour apprécier la situation exacte.

Mais ils ne lui dessillèrent pas les yeux, car, ainsi que nous l'avons démontré dans un autre chapitre de ce volume, avec les concessions qu'il faisait sans cesse aux Orléanistes, avec les humiliantes défaites qu'il avait dû enregistrer de leur part, il faisait trop bon marché des leçons du passé et des traditions de sa famille.

Je rentrai toujours de ces excursions sur le continent affolé et bien découragé en voyant ce qui se passait en France.

J'y tombais chaque fois en pleine exposition. Paris était en fête, tout à la joie. La Province imitait Paris. Dans les campagnes que j e traversais on oubliai t j usqu'au nom de Boulanger, pour ne s'occuper que des merveilles du centenaire de la Révolution, rien n'était travaille, tout était confié au hasard.

A Paris, pas de Comité, plus d'autorité. Le Comité national était représenté par un brave garçon, l'honnêteté même, Maurice JoUivet ; c'était l'homme de confiance, le

représentant attitré du comteDillon, à Paris. Sa besogne consistait à se rendre Avenue d'Antin, chez M. Dufeuille, chez M. arthur Meyer et ailleurs, toucher de l'argent sur l'ordre de Dillon, et ensuite, sur les instructions de ce dernier, il réglait les dépenses et les notes que les Orléanistes voulaient qu'on payât.

A chacun de mes retours, je m'ouvrais de cette situation au général ; je lui disais que tout allait mal, très mal... Il me traitait de peureux, de timoré, m'afïïrmant que ses rapports étaient des plus optimistes ; que de partout lui venaient les meilleures assurances de succès et de triomphe.

Hélas ! j'étais bien sûr de ce que je voyais par moi-même, et je plaignais de tout mon cœur le pauvre exilé, dupe et victime des flatteurs et des aigrefins intéressés à le leurrer.

Dillon me disait aussi : Ne vous inquiétez donc pas î

Quand je faisais part à des compatriotes résidant à Londres des impressions que je rapportais, on ne me croyait pas, on me traitait de pessimiste, d'oiseau de mauvais augure, et chacun s'enflammait davantage de ses propres aspirations et de ses secrètes espérances.

Quos vult perdere Jupiter dementat.

L'avenir, à très bref délai, devait malheureusement me donner raison.

A LONDRES {Suite)

Un déjeuner à Richmond. — Le photographe ambulant, — La maison du Général. — La maison de Dillon. — Les anarchistes Morphy et Soudey. — D'Allavène. — Surveillance à notre égard. — Echantillons conspirateurs. — Le grisou à Saint-Etienne. — Mon voyage dans la Loire,

Dans le courant du mois de juin, je fus appelé un dimanche matin chez le comte Dillon qui me pria de me rendre immédiatement à Richmond et de commander pour le jour même un déjeuner de neuf couverts ; il m'en confia l'ordonnance et me chargea de rete-

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nir des chambres pour être mises à la disposition des dames.

Les convives devaient être : le Général, la duchesse d'Uzès et ses deux filles, M. Arthur Meyer, la comtesse Jacquemont, le comte, la comtesse Dillon et votre serviteur.

Tout fut prêt à l'heure dite.

Vers les midi et demi déboucha du parc de Richmond au grand trot de quatre chevaux bais le mail-coatch conduit brillamment par la duchesse. La lourde voiture s'arrêta devant le perron du Star-and Garter hôtel pour y déposer les invités au complet à Texception toutefois du Général que M™® de Bonnemain, déjà en froid avec M°^® Dillon, avait empêché de venir, et de M. Arthur Me^^er, retenu à Londres.

Le déjeuner des plus soignés, arrosé de Champagne Clicquot (flatterie de Dillon, à l'égard de la duchesse), était servi dans une vérandah choisie spécialement par moi au

deuxième étage de l'hôtel et ayant vue sur un des plus charmants coins de la Tamise qui se divise à Richmond en plusieurs parties.

Chacun de ses bras, semé d'îles vertes que le hasard a habilement placées dans' les plus jolis endroits, serpente au milieu d'une luxuriante végétation égayée par les coquettes villas construites au bord de l'eau. L'aspect en devient plus riant encore, car, dans la belle saison, la Tamise se parsème de petits cottages anglais bâtis sur chalands et que certains propriétaires font remorquer par les vapeurs remontant le fleuve. Ils s'installent momentanément dans les sites les plus coquets jusqu'au jour où leur fantaisie les entraine à la recherche d'un pittoresque nouveau.

Nombre de ces riverains nomades possèdent leur yacht et excursionnent journellement sur les rives de la Tamise.

En face de cette belle nature, par une déli-

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cieuse journée d'été, comment notre repas n'eût-il pas été présidé par la gaîté?

La conversation roula principalement entre la Duchesse, ses filles et moi, sur la chasse et les goûts sportifs de ces dames.

De politique, il ne fut pas question^ heureux qu'on était de s'en éloigner momentanément.

On n'y fit allusion que par quelques pointes sous-entendues lancées par la duchesse et M"^® Dillon contre l'Egérie du général dont l'astre avait pâli auprès de son ancienne amie.

Cependant le temps n'était [pas éloigné où ces deux femmes qui allaient devenir ennemies acharnées (j'entends par là la comtesse et M°^® de Bonnemain) se visitaient fréquemment , s'accahlant réciproquement de mutuelles protestations d'amitié.

Mais rien est-il plus futile que les affections féminines?

Le repas terminé, M"*^ d'Uzès, dont l'une

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est aujourd'hui duchesse de Luynes, me demandèrent de leur servir de cavalier pour les aider à prendre quelques souvenirs photographiques de ce site réellement enchanteur et journellement visité par les touristes. Je crois même que la plupart des plaques furent ratées, selon la coutume des amateurs de photographie.

La duchesse, boute-en-train de toutes les fêtes et très secondée par ses charmantes filles, proposa alors de se rendre à la foire minuscule composée d'une dizaine de boutiques ambulantes et qui se tenait sur un petit tertre voisin du Star and Garter lioteL L'inspection des merveilles foraines fut vite passée et après quelques tours de roues aux loteries et quelques pipes cassées au tir, la duchesse avisant un photographe ambulant nous poussa devant Tobjectif de l'artiste !

Elle eut l'étrange idée de nous faire photographier en groupe, ce qui me vaut le

souvenir de cette agréable journée ; le photographe tira plusieurs épreuves de deux groupes ainsi composés :

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