‹ Le Général Boulanger et la conspiration monarchique (volume 2)Chapitre 8 sur 28 · DEUXIÈME GROUPE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME GROUPE

Les mêmes plus le comte Dillon et moi.

Je ne sais si les intéressés ont conservé ces minuscules papiers, quant à moi je les ai précieusement fait encadrer et garde ces photographies qui seront peut-être un jour recherchées par des amateurs de documents historiques! Qui sait?

Le retour à Londres se fit gaiement sur le mail-coatch habilement mené par la duchesse qui nous conduisit jusqu'à Craven- Hill, où je n'eus que le temps de passer

mon habit pour aller commander au Critérium, chez Spiers and Pond, le dîner que le comte Dillon offrait à nouveau à ses convives augmentés cette fois de M. Arthur Meyer.

Charmante journée, n'est-ce pas?

Quelle bonne préparation électorale pour le 22 septembre ! ;

La maison du Général à Londres. — Pour l'histoire il n'y a guère de petits détails. Les moindres choses ont leur importance et comme tout ce que nous avançons est l'exacte vérité, nous laisserons le lecteur juge d'en tirer les conclusions.

Notre ami, dans la vie civile qu'il s'était créée, avait un grand tort : c'était de toujours se considérer comme le Gènéiml et de ne regarder ses secrétaires, employés, serviteurs, que comme des soldats. Aussi trouvait-il très bien qu'un secrélaire ne touchât que 100 ou IBO francs par mois, se di-

sant, à part lui. que c'était une rémunération supérieure à la solde d\tn adjudant!

Il raisonnait bien mal, car au moment des luttes qu'il traversait, il ne fallait autour de lui que des gens sûrs, probes, désintéressés, ou des secrétaires assez largement rétribués pour qu'il n'y eût pas à craindre de leur part les tentations malsaines et... dangereuses, et ce qui est arrivé fort souvent, hélas ! la certitude d'une même nourriture à deux râteliers !

Mais il n'v avait pas moven de lui faire entendre raison sur ce sujet.

Il est vrai que de Paris à Bruxelles, bon nombre des secrétaires parasites de la rue Dumont-d'Urville et de la rue Perronnet dont les fonctions consistaient à écrire sur les cartes du Général « avec tous mes remerciements » ou bien a avec l'assurance de sa vive sympathie » étaient restés en route.

De Bruxelles à Londres nous en semâmes

encore quelques-uns. A Londres on élimina le reste et finalement la maison du Général se trouva ainsi composée :

Le capitaine Guiraud chargé de venir le matin demander à quelle heure on montait à cheval ou sortait en voiture. Il avait aussi la surveillance de l'écurie, des cochers et palefreniers.

Entre parenthèse, la livrée du Général fut toujours très mal tenue. Le capitaine, excellent écuyer, grand connaisseur en chevaux et dresseur consommé, n'avait pas le chic nécessaire, de nos jours, pour tenir un équipage avec l'élégance ohligée. Les chevaux étaient bien, et encore n'aurais-je pas payé cher le fameux « cheval noir », mais les voitures étaient vieux jeu; coupé avec mécanique ; les livrées et les harnais laissaient fort à désirer pour un homme qui, comme le Général, était le point de mire de tout le monde et surtout dans une ville aussi aristocratique et aussi afïînée en la matière que Londres.

Le capitaine touchait auprès du Général l'équivalent de sa solde entière de présence ; Boulanger se sépara brutalement de lui quatre mois après.

il/. Mouton-Biifraisse, secrétaire particulier du Général. Celui-ci n'avait pas d'appointements fixes, le Général subvenait à ses besoins et lui donnait suivant ses demandes.

M, Cohnache, deuxième secrétaire, traducteur d'anglais ; 300 francs par mois.

Puis, en camp volant, du Général au comte Dillon, Tauteur de cet ouvrage, volontaire, sans appointements.

Le service de la presse était fait par notre confrère Bois-Glavy qui, chaque matin, avait Tennuyeuse mission de lire tous les journaux de France et de Navarre, de découper les articles pouvant intéresser, de les coller sur des feuilles spéciales, et de les soumettre ensuite au Général qui indiquait les réponses à faire, les dépèches à envoyer.

Chez le comte Dillon, M. Dufour, secrétaire, 300 fr. par mois;

M. Lamouroux, secrétaire, 360 fr. par mois;

Puis vers la fin M. Bernard d'Attanoux, dont j'ignorais la situalion pécuniaire.

On peut voir d'après cela que les dépenses des maisons du Général et du comte Dillon étaient loin des chiffres fantastiques que les journaux hostiles et souvent amis se plaisaient à publier.

Les grosses dépenses avaient lieu à Paris, où Dillon entretenait une armée inutile d'individus appointés de 60 à 200 francs par mois, réglés par M. Jollivet, sous prétexte qu'ils avaient été employés au Comité de la rue de Sèze, rue Perronnet et dans les élections passées.

Puis aussi les mensualités acquises et maintenues bien à tort à divers hommes politiques, à certains journaux de Paris et de province.

C'était un peu comme les subventions du Panama ; on donnait des sommes considérables à des feuilles sans tirage, et fort peu de chose aux grands journaux vraiment utiles.

Il s'agissait d'être « bien en cour » ou t7'és cramponnant pour émarger dru.

A Londres, outre les dépenses des maisons du Général et de Dillon, la caisse révisionniste payait les indemnités de logement et de séjour de MM. Naquet et Turquet. Ce dernier resta peu de temps et revint en France pour diriger les fameuses élections des Conseils Généraux qui échouèrent si pitoyablement, non par la faute de l'honorable et très aimable député de l'Aisne, mais pour des raisons de politique de clocher faciles à comprendre.

Ces élections étaient encore une trame de Forléanisme pour mieux enserrer le Général et lui enlever de sa popularité.

J'allais oublier parmi ceux qui émar-

geaient également à Londres Monsieur

Morphy, ranarchiste bien connu (??) qui touchait 400 francs par mois. Parfois le compagnon Soudey venait le rejoindre ; on lui payait ses déplacements.

Cette orgie de l'anarchie parait bien étrange, n'est-il pas vrai? et ferait naître des doutes sur la vraisemblance, si nous n'avions nous-même sous les yeux et en notre possession, mais en lieu sicr, les reçus datés, signés et dûment photographiés en double.

Au point de vue « mouchard » le parti n'en entretenait pas. Il y avait dans le nombre assez de faméliques qui faisaient cette besogne d'eux-mêmes, et souvent pour Vwi et Vautre camp. Seulement à l'arrivée à Londres, quelques-uns allèrent offrir leurs services à Dillon.

On s'en rendra compte par la lecture des lettres suivantes émanées du même individu, un sieur Cintrât, demeurant à Londres, 42,

GastleStreet-East Oxford Street, et adressées au comte :

0 Monsieur,

« Poiivez-vous dans le plus bref délai me fixer un rendez- vous si possible dans une maison amie où jepourrais vous donner quelques renseignements vous concernant ainsi que le Général au sujet des mesures que l'on doit prendre pour connaître vos mouvements.

« Étant dans le secret il me faut agir avec précaution. »

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