‹ Le général Boulanger et la conspiration monarchiqueChapitre 22 sur 24 · LES FEMMES ET LE GÉNÉB BOULANGER · texte numérisé non relu

LES FEMMES ET LE GÉNÉB BOULANGER

Considérations historiques. — Lettres. ■ Bonnemain. — Ixelles.

Nous entrons ici dans un ordre tout à fait à part el demandant à ôtr avec la plus grande discrétion.

Nous ne nous arrêterons pas li sur ce sujet, ne l'effleurant que po' moire, mais il est impossible aussi de ser sous silence, car les femmes ont l'esprit et le cœur du général Boulanj

influence considérable qui ne s'est arrêtée que par la mort.

D'autres ont traité ce sujet avant nous.

Ils Tont fait dans le but de jeter sur le malheureux proscrit la déconsidération et de ternir sa mémoire par des racontars fantaisistes et perfides. Nous ne les imiterons pas, ne cherchant ni à exciter de malsaines curiosités ni à stimuler la malignité par des révélations scandaleuses.

Le Général était venu à Paris, précédé de la réputation de vaillant soldat, de patriote ardent, du plus grand avenir. Ceux qui furent ses amis, ses parrains ne tarissaient pas sur son compte d'éloges enthousiastes, le présentant aux masses comme le drapeau de la revanche, comme le héros des guerres passées, comme le héros des gloires futures.

Il eut une « presse sympathique » principalement dans le parti de ceux qui devaient dans la suite devenir ses plus dangereux adversaires, ses plus ardents calomniateurs. ^;V^

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272 LE GÉNÉRAL BOULANGFR

Nous comprenons l'ascendant qu'il dut prendre sur les femmes en nous rappelant combien le charme de toute sa personne, la douceur de son regard, la cordialité de son accueil lui avaient, du premier coup, conquis les hommes qui rapprochaient.

De toutes, celles qui étaient venues à lui, follement éprises de ce ministre de la guerre à barbe blonde ; enfiévrées de la popularité immense de leur idole, pas une qui, même après la rupture, Tabandonnât ou l'oubliât.

Toutes lui restèrent profondément attachées et demeurèrent fidèles à son souvenir.

Quant à lui, il ne se rappelait pas longtemps les folles étreintes, les caresses d'un soir, les baisers d'une heure. La multiplicité môme de ses occupations ne le lui eût pas permis. Mais les délaissées se souvenaient.

Elles gardaient au fond da cœur la reconnaissance d'un moment d'amour, elles conservaient en un orgueil intime la joie d'avoir appartenu, un jour, une heure à cet homme

dont s'entretenait la France entiè France idolâtrait, dans les bras du se jeter cette France, semblable men endiablée qui s'abandonne a soldat, au toréador victorieux.

Oui, toutes ces femmes lui coi un dévoûment sans bornes. EUei saient les détails de sa vie, son de proscrit, sa liaison avec M°" < main, le culte qu'il lui avait "v savaient tout cela ] et, chose étrf l'excusaient. Que de fois donnère général des conseils affectueux, lu aussi des avis intéressants, lui nombre de perfidies préparées, gnant sur tel ou tel, l'infonnan ments prochains, le mettant à parer. Nous avons vu toutes < Nous n'en reproduirons qu'une, faisons des extraits, car elle rés' près toutes les autres. Gène sont banalités de femme amoureuse et

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y trouvera l'expression de FaflFection sincère etdurable,oùlesouci de Thomme aimé n'exclut pasle souci de son avenir et de sa gloire. Voici cette lettre ;

« Mon bien cher Georges,

« Recevras-tu cette lettre ? hélas ! je t'écris de temps en temps ; on me dit toujours que mes lettres te parviendront, je n'en sais rien, puisque je ne reçois rien.

« Mais, tu le sais, rien ne mêlasse, te sachant en exil, je ne puis pas me décider à ne pas t'écrire. Il faut que jeté le dise, Georges, je pense à toi et beaucoup avec moi te désirent.

« Tu es élu! Mais comme il fallait s'y attendre, ils feront tout pour dire non. Courage, ami. Comme tu dois souffrir de toutes ces horreurs que Ion dit de toi. Je t'assure que tu as des défenseurs, mais hélas ! que d'hommes dégoûtants !

« Je prends les noms de tous ceux qui di-

sent du mal de toi ; je noie toi te dire quand ils viendront se toi : celui-ci a fait ceci, celu « Car U est temps que tou ment se serrent afin de ne pî dans leurs rangs de Iirebis g

« Ferry n'a pas été élu, mais c'est égal, je ne suis j m'attendais à mieux, hélas 1 les appellerai-je ?) ces malho ne te doutes pas de tout ce

i< Il y a eu des bagarres h

levards. La foule criait ; Vi

" Oh ! oui, vive Boulanj;

Georges, que j'aime, je crois,de plus en plus, et cependant c'était difficile d'aimer plus.

(* Bien à toi et toute à toi

« 23 septembre 1889. »

Par l'exemple que nous venons de citer on a la caractéristique de presque toute la correspondance féminine avec l'exilé de Londres.

Il V a certes de l'amour vrai, de l'amour profond dans ces pages vibrantes , mais aussi quels dévouements, quels soucis du bonheur de l'être aimé ! Ce ne sont pas seulement les tendres expansions de Laure ou de Juliette, ce sont aussi les sages avis, les prévoyantes attentions d'Egérie.

En remontant dans le passé, on trouve une situation analogue. L'histoire se renouvelle.

Louis Napoléon, lui aussi, était un inconnu en France, ignoré des foules, soupçonné chez

les habiles, ridiculisé par tous. Il n^avait ni comités, ni partisans, ni fortune. Parla seule puissance du nom magique qu'il portait, les portes de la France jusque-là fermées au conspirateur de Strasbourg et de Boulogne se rouvrirent sur Tancien proscrit, et les suffrages populaires réveillés à Tappel de son nom le portèrent à la première magistrature de la République.

Les principaux moteurs de sa popularité, les soutiens fervents de sa cause, furent

aussi les femmes qui préparèrent, organisèrent et réalisèrent le triomphe de 1848 et de

Ah ! c'est que dans ces corps, débiles en apparence, battent des cœurs ardents ; dans ces frôles organisations s'agitent des sentiments enthousiastes des grandes choses, pitoyables aux, souffrances d'un proscrit, sympathiques à la cause d'un désespéré. Ce furent les femmes qui firent revivre la légende

de « l'Autre », le martyr de Sainte-Hélène ;

ui racontèrent la doace et plaintive de « l'Aiglon >» âls de « l'Aigle « moisà 20 ans, ignoré, oublié, anémié, dans dais de Schœunbmnn, en s'écriant :

rir à 20 ans ! quand l'épée que je tiens trembler le monde 1 »

s tous ces cœurs de femmes jaillit un ise sentiment de pitié et de sympathie eux qui n'étaient plus en môme temps profond désir de revanche pour ne qui représentait les splendeurs pas-

oléon dut son succès aux femmes fran-

qui surent mettre en mouvement leur

ice,leur savoir-faire et qm,devançant

les coalitions, pesèrent sur leur mari

r amant en les menaçant, s'ils résis-

à leur propagande napoléonienne, de

'6 des épouses ou maîtresses.

î était exactement, à la légende près,

ition du général Boulanger.

ais l'année terrible, nos filles de France

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se sentaient humiliées, amoindries. Les unes se souYenEiienl, les autres avaient appris que des étrangers avaient été nos vainqueurs; elles savaient que leurs pères, frères, époux, amantsavaient été vaincus dans cette funeste guerre; elles avaient subi les angoisses cruelles du siège et des capitulations, et dans les silences des nuits, aux doux moments d'ivresse, aux effluves de l'amour, elles rêvaient aux revanches futures, à l'humiliation effacée, aux hommes régénérés et victorieux.

De là à embrasser la cause du général Boulanger, personnification de la revanche désirée, il n'y avait qu'un pas. La fameuse revue du 14 juillet 1886 mit le feu aux poudres.

Les femmes pleuraient d'allégresse au passage de nos braves soldats, retour du Tonkin. Sur les mâles et fiers visages de ces valeureux enfants se lisait la conscience de la force reconquise, d'une invincible

assurance de succès pour les luttes futures.

En Boulanger vivait l'âme de cette manifestation patriotique. Et dans ce Paris si facile à émouvoir, tous les hommes, toutes les femmes criaient : Vive Tarmée! Vive Boulanger ! à Berlin !

De ce jour date la grande popularité de Boulanger. Son cheval noir fit merveille, lui-même fut consacré par la foule.

En lui résidaient nos espérances, son épée devait nous rendre TAlsace et la Lorraine, son avant- garde nous mener à Berlin, et ses glorieuses troupes, déchirant lé traité de Francfort, rendaient à la France sa gloire et son prestige un moment efiacés.

En fallait-il davantage que ces rêves pour enflammer tous les cœurs et surexciter rimaginalion des descendantes de Jeanne Hachette et de la a Bonne Lorraine .> ? Donc du salon à la mansarde toutes l'aimaient, le voulaient, mais les aflfections populaires étaient plus vraies et plus sincères et subsis-

talent après la défaite, tandis que les nobles et honnestes dames s'empressaient de faire disparaître les photographies et souvenirs du vaincu.

Les grands n'aiment et n'encensent que les succès. Mais, ainsi que nous l'avons dit ^^

plus haut, Madame de Bonnemain seule sut retenir ce favori des foules. Le général se faisait tout enfant auprès d'elle, n'écoutait qu'elle, ne vivait plus que pour elle, quand les désillusions, les trahisons et les défaites furent survenues coup sur coup.

L'amour seul pouvait adoucir ces amertumes> Tamour seul pouvait fermer les plaies encore saignantes.

Et quand Tamie ne fut plus, quand le proscrit rentra dans la maison vide et sentit au cœur cette effroyable douleur que seuls connaissent ceux qui perdent un être aimé ou sont trahis dans une affection folle, il vit que rien n'existait plus pour lui; résolument, sans une faiblesse, sans un regret,

smier sommeil auprès dans celte Mort, l'ulitrçsse, la seule qui ne

les, on lit : « Georges îsprit PÔTeur s'en va is de l'infini, essayant I secrets de l'au delà, é des choses qui veut Lnfares de guerre, de opulaire, unissent si un naïf efFeuillement lour et de sanglants

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