partie « Correspondance » on
i-tnr >
ET JJi CONSPIRATION MONARCHIQUE 65
Tavait simplifiée à Craven-Hill ; on ne répondait plus aux lettres. Parfois quand le courrier en retard était trop considérable, je me dévouais et, descendant chez Dillon, je lui faisais observer qu'il fallait pourtant répondre et lui disais dans quel sens je comptais le faire.
— Oui, très bien. Faites ! me disait-il.
Une anecdote au sujet de cette indifférence du comte :
Au commencement de mai, Blois-Glavy vint à Paris pour quelques jours ; à la veille de son retour il passa au journal la France où M. Lalou lui remit une lettre des plus importantes, émanant d'un député qui, tout
en ne se proclamant pas boulangiste, avait
conservé avec le général certaines relations
occultes.
Cette lettre, destinée à Dillon, devait lui
être remise dès l'arrivée à Londres, après
que le Général en eût été informé. Bois-Glavy
remplit ponctuellement sa mission lorsque,
LE GBNERU, BOULiLNGBR
3 après, le général le fit appeler un ns son cabinet où se trouvait Dillon aanda pourquoi il n'avait pas remis iep la lettre dont il avait été chargé, lavy se défendît naturellement Q heau diable, affirmantqu'il l'avait is son arrivée ; Dillon soutenait le . Ils en arrivaient l'un et l'autre à ■ des propos aigres-doux, lorsque le pour couper court à cette discussion, 1 s'adressant à Dillon ; « Fouille peu dans ta poche. » Dillon ne put cernent que de s'exécuter et le prêter qu'il sortit était la fameuse lettre B qui traînait depuis huit jours dans ;ote sans avoir été décachetée.
I, quand on était en selle pour la le à cheval, Dillon dictait ses inssommaires qu'on écrivait au
ici un échantillon pris entre cent
i HONARCBIQl
fi Pour M. JoUivet.
« Banque du Havre, 350 à vers
« Orner. — Portrait ne ressemblî général. Orner prétend que vous li que vous preniez pour le Comité '.
plaires déjà tirés. S'il en est ainsi payerces exemplaires, mais, je voi vous laissez plus attendrir et ne ] mais livraison que des fournitures rais commandées ou prié de comii
« Laporte (1) en retard, lui envi et voir combien on lui a donné, t passer 5000.
a Ne pas manquer de donner b' versés mensuellement du l"" au 5 du Générîil.
« Refaire la liste des mensual quées ces derniers temps. ÎOOO 500 à Castelin.
«6000 à Le Hérissé. Avez bien
(1) Le directear du Journal de la Dordogne
)r avant, on donne 6000 du l*'
m reçu.
sr 9000 à la Presse.
ant 170 de voyage, une avance de
;, dont pas nécessaire de tirer un
ret la somme de 1000 francs. Reçu
ir quelles données je devais établir ses aux correspondants pour qui nt des explications détaillées et
lant, un échantillon de lettre Paris au comte Dillon par M. Mauet; on verra avec quelle minutie re renseignait son chef :
< Paris, 7 août, 1889, 53, rue d'Amsterdam.
SIEUR LE Comte,
imouroux part demain et je lui lettre.
« Élections au Conseil Général. — J*ai mis Poinmey en campagne et lui ai prescrit de me procurer le plus tôt possible les résultats complets de ces élections. Je lui ai indiqué comme éléments documentaires les derniers numéros du Moniteur, de l'Autorité et du Soleil. Ce soir même je lui télégraphie pour le prier de me livrer la partie du travail fait que M. Lamouroux pourra emporter.
(c J'ai lu et suivi de très près les journaux dont je vous parle. Ils ont publié les chiffres. Et il en résulte que le déchet pour les gouvernementaux est énorme. La plupart des candidats officiels n*ont été élus qu'à des majorités variant de cent à dix voix. Ce qui est intéressant à noter, c'est ou Téchec des sénateurs et députés gouvernementaux ou leur succès avec de très faibles minorités. Il y a là un indice incontestable pour les élections générales du mois prochain.
« Je suis de ceux en somme, et personne ne me taxera d'optimisme — qui se réjouis-
lutOl qu'ils ne se plaignent des résul- 1 l'élection du 28 juillet.
) regretterai toujours néanmoins la ureuse fixation des 80 cantons.
orient. — J'ai vu Georges Roche et juement causé avec lui au sujet de îandidature à Lorieut. Roche ne douta succès et son opinion m'est confirmée que m'écrit Petitpain avec qui j'ai )ondu régulièrement. Roche doit vous m vous donnant des détails à ce sujet, rigoureuse précision.
ucref. — J'ai dû payer à Ducret sur t du Général, d'une part 200 francs à de juillet, d'autre part 1.200 francs ème 6 août.
'écrit du général était formel, et j'ai ncliner, sauf à vous en référer.
} vous avouerai
est ainsi qu'il a, de son autorité ou du
«r^tn^^HfVf^trvTr^^^^^ — -^^jt^tn:^
moins sur un télégramme assez vague du Général, commandé à Timprîmerie de la France un million de placards de la défense du Général. M. Dupérier ni moi n'avons reçu de lui à cet égard le moindre avis.
« Or, d'une part il était souverainement imprudent de s'adresser pour ce travail à rimprimerie de la France qui nous est plutôt hostile ; d'autre part, ce n'est pas un placard, d'une lecture difficile, qu'il aurait fallu faire imprimer, mais bien une brochure beaucoup plus appréciée des lecteurs des campagnes. Du reste Dupérier compte vous écrire là-dessus par ce môme courrier et vous exprimer les mômes regrets.
ff Saint-Martin a dû vous faire part des difficultés qu'il avait rencontrées à la Préfecture de la Seine au sujet de la déclaration de candidature du Général et d'Henri Rochefort.
«Veuillez bien agréer, Monsieur le comte.
s particulière-
LLIVET. »
i complète, est .aconique que ne réponse :
)rci. — N'étais e l'imprimerie, tez le traité si destiné à autre
payer des cbo- M. Dillon nliéirs les sommes >atisfaire. Mais
il'e
!s raisons pour aver ainsi Tau-
Et ce fut de même tout le long de la campagne ! ! !
Mes déplacements commençaient à compter, à chaque instant je partais pour la France! J'ai noté mes traversées, j'en ai fait cinquante- six !
La plupart du temps, c'était k général qui me faisait appeler à Portland-Pla^ce et me confiait des missions particulières auprès de ses amis personnels. — Souvent, dès mon arrivée à Paris, je dus sauter dans une voiture et parcourir en tous sens la capitale et sa banlieue à la recherche urgente de Déroulède, de Laguerre, de Foucaud de Mondîon et de tant d'autres. J'apportais des manifestes, des articles à faire composer dans la nuit, et tout en appréciant l'utilité de mes déplacements je me demandais en quoi tout cela touchait à l'organisation électorale.
Lorsque mes voyages en France étaient pour Dillon, mes missions changeaient de
caractère. Ce n'étaient plus des lettres pres-
que ouvertes, des conversations verbales que j'apportais à Paris, c'étaient des plis cachelés et surcachetés qu'il me fallait remettre av<^nue des Champs-Elysées, sous le couvert de la Concierge de M™® la duchesse d'IIzos, au nom de cette vénérable gardienne de riiûtel ducal, chez le marquis de la Tréluoïlle, avenue Gabriel, au Comité desdroites, à l'Avenue d'Antin, à notre aimable confrère du GaidoiSy Arthur Meyer, et je reparlaÎB pour Londres muni du Viatique sous l'espèce de gros chargements à l'adresse du Comte Dillon.
Tous ces braves gens voyaient déjà la Monarchie restaurée, le général était leur moindre préoccupation : ils Tauraient volontiers laissé fusiller si cela avait pu ramener leur roi un jour plus tôt.
Nous ne les blâmons pas. Dans toute cette aventure ils^ allaient franchement, com- * battant avec beaucoup de courtoisie au profit de leur prétendant ; c'était leur droit
absolu. Mais que penser et dire du comte DiUon ?
Celui-là n'avait-il pas le devoir étroit de ne travailler qu'au profit du général Boulanger seul ? Son devoir n'était-il pas de tendre au succès du programme si souvent affirmé par le général : La République Nationale ouverte à tous et non une restauration royaliste ?
Deux ou trois fois aussi je fis le voyage de Bruxelles pourvoir le prince Victor de la part du comte Dillon. J'ai hâte d'ajouter que le général ignorait absolument ces missions et qull fut douloureusement ému et assez abasourdi quand je lui appris, moi-môme, comme à celui que je considérais comme mon seul chef, le but de mes incursions et* leur caractère.
Le prétendant à l'Empire, que j'avais vu jadis à Paris, lorsqu'il habitait avec le Prince Napoléon, son père, à l'avenue d'Antin, m'avait toujours fait un accueil empreint d'une
grande affabilité. Nous causions longuement des affaires de l'heure présente, mais en le quittant, le découragement m'envahissait de plus en plus.
Je voyais le jeune prince bien décidé par lui- môme à agir dans le sens de la vraie politique démocratique. J'aurais désiré lui faire partager Tidée de tenir tête aux Orléanistes dans les circonscriptions où ses partisans étaient tout-puissants et où il était sûr de vaincre. Mais le prétendant était tiraillé en tous sens par son entourage dont les relations mondaines avec les orléanistes n'étaient un secret pour personne.
Le prince semblait oublier que ces mêmes orléanistes avaient, avec l'aide des républicains, hâté la chute de TEmpire ; que les Decazes et autres avaient ouvertement mis leur main dans celle des Républicains pour combattre Napoléon III et que le 4 septembre 1870 avait vu le duc Decazes coiffé du képi de garde national, envahir le Palais-
n^: ■»>-,■ rr-^'—T •- -yr-mr^r^^^^fr^
Bourbon, mêlé aux sommités révolutionnaires d'alors. C'est là de Thistoire et de ? l'histoire vue et vécue.
L'argent des d'Orléans alimentait en 1869 et 1870 la caisse de l'opposition républicaine ; et je suis vraiment étonné que les mêmes hommes du parti républicain aient depuis fait un crime au Boulangisme de ses alliances avec les royalistes, alors qu'eux-mêmes avaient sollicité cette alliance des Bocher et des Lambert Sainte-Croix sans trouver que l'argent des descendants d'Egalité eût une source impure et un contact flétrissant.
Et cette alliance de l'Orléanisme avec la république est tellement reconnue qu'après la guerre les princes d'Orléans purent rentrer redemander leurs quarante millions à la France épuisée et surtout les obtenir^ grâce à la majorité orléaniste de cette assemblée du « Jour de malheur » .
Ces exemples auraient dû servir au prince Victor pour apprécier la situation exacte.
^Tyi^n^r;»"^ r-^-^-v-.i ■ --. • ■ ^-rv^
78 LE GÉNKRAL BOULANGER
Mais ils ne lui dessillèrent pas les yeux, car, ainsi que nous Tavons démontré dans un autre chapitre de ce volume, avec les concessions qu'il faisait sans cesse aux Orléanistes, avec les humiliantes défaites qu'il avait dû enregistrer de leur part, il faisait trop bon marché des leçons du passé et des traditions de sa famille.
Je rentrai toujours de ces excursions sur lo continent affolé et bien découragé en voyant ce qui se passait en France.
J'y tombais chaque fois en pleine exposition. Paris était en fête, tout à la joie. La
Province imitait Paris. Dans les campagnes que je traversais on oubliait jusqu'au nom de Boulanger, pour ne s'pccuper que des merveilles du centenaire de la Révolution, rien n'était travaillé, tout était confié au hasard. A Paris, pas de Comité, plus d'autorité.
Le Comité national était représenté par un brave garçon, l'honnêteté même, Maurice Jollivet ; c'était l'homme de confiance, le
.jw- «<|».r jw*