‹ Le général BourbakiChapitre 13 sur 69 · LE COLLÈGE MILITAIRE DE LA FLECHE. I · texte numérisé non relu

LE COLLÈGE MILITAIRE DE LA FLECHE. I

Disons seulement que ce dernier se révéla comme un orateur éloquent quand il démontra, dans un récit simple et touchant, que « les bienfaits de la gymnastique, si favorables à la santé, à l'intelligence des jeunes gens, sont utiles au développement des bonnes mœurs » .

Enfin, le i5 novembre i834, Bourbaki, reçu à Saint-Cyr avec le n° i3, entre à Técole militaire, but de tous ses efforts, emportant avec lui son trousseau de La Flèche et son uniforme, auquel on substitua seulement l'habit du bahut spécial. De là l'expression habit bahuté qui a survécu aux orages du temps. Il a donc, comme on dit vulgairement, le pied à l'étrier. Deux ans après, il en sort sous-lieutenant au 59*^ (12 octobre i836). Il n'a pas tout à fait vingt ans. Mais la valeur n'attend pas le nombre des années. Il sera capitaine et chevalier de la Légion d'honneur à vîngt^six ans; colonel, à trente; général de division, à quarante et un ans. Du i5 novembre i834, date de son entrée au service, au 12 août 1867, date de sa promotion au grade de général de division, vingWrois ans se seront écoulés.

Dès sa sortie de Saintr-Cyr, Bourbaki se révèle comme un officier hors ligne, ayant le souci de ses devoirs, l'amour du métier, le goût du travail, le cœur bien placé et du patriotisme. L'homme le plus honnête, a fort bien dit M. de Maistre, est le militaire honnête.

Tête de flamme, cœur d'or, esprit très fin et très brillant, causeur spirituel, homme du meilleur monde, fantassin intrépide, Bourbaki est un des plus beaux soldats que nous ayons connus. Le fond du caractère du futur héros d'Inkermann sera la résistance, la volonté dans l'exécution des ordres donnés, mais une volonté ferme que dirige le bon sens, parce que, d'avance, il a prévu les obstacles, calculé leur force de résistance ; dès lors, nul embarras ne l'éton-

l8 LE GÉNÉRAL BOURBAKI.

nera ni ne le détournera du but qu'il doit atteindre. Mais le bon sens nécessaire dans ces grands emplois de la volonté humaine, où se forme-t-il ? Où prend-il son assurance contre les obstacles qu'il doit vaincre, les périls certains qu'il doit braver? Dans le zèle du bien, l'immolation au devoir. Pour un militaire, n'estr-ce pas là une vertu que ce don de la nature ? Comme Talleyrand, on pouvait dire de lui : il est utile à tout ; sa bonne humeur égale son exquise politesse ; il a une soumission constante aux ordres reçus et un rare talent pour se faire obéir; de sorte qu'autour de lui tout allait de soi, sans grincement aucun.

Il est difficile d'exercer dans l'armée une autorité de quelque durée, sans avoir appris d'abord à s'en servir. On reconnaît toujours, dans une foule, un ancien militaire à un certain pli du front qui marque plus la volonté que l'intelligence. C'est que, dans le monde, et dans aucun monde autant que dans l'armée, la volonté est tout.

Il n'est pas un lieu de garnison où Bourbaki ait passé inaperçu; pas une société qu'il n'ait charmée, pas une famille qui ne s'en soit épris ; pas un camarade que sa virile amitié n'ait séduit. Au surplus, nos lecteurs jugeront, par les récits que nous allons faire, si Bourbaki est un soldat, et un des meilleurs, parmi tous ceux qui se sont fait un nom pendant la seconde moitié de ce siècle.

Page 1