CHAPITRE II
• (la OCTOBRE 1 836-2 AVRIL l854)
Le 59* de ligne, dans lequel débutait le sous-lieutenant Bourbaki, était commandé par le colonel Petit d'Hauterive. Les deux bataillons de guerre, débarqués à Alger le 8 octo^ bre i833j guerroyaient depuis trois ans dans la plaine de la Métidja, lorsque le maréchal Clausel, devenu gouverneur général de l'Algérie, conçut la pensée de s'emparer de la idlle de Constantine. Mais pour arriver à un résultat pratique, il avait demandé 3o,ooo hommes de troupes françaises, 5,000 homimes de troupes indigènes régulières, 10,000 hommes de troupes indigènes irrégulières soldées seulement pour la durée de l'expédition. On n'accorda au maréchal que la moitié des effectifs qu'il demandait. Le Bg® avait même reçu l'ordre de quitter l'Afrique et de rallier Port-Vendres où était son dépôt (lettre du maréchal Maison, ministre de la guerre, au maréchal Clausel, le 2 janvier i836). Sur la demande du gouverneur général, ce régiment frit autorisé à ne quitter l'Algérie qu'après l'expédition sur Constantine. Bourbaki en fut avisé par les journaux. Il n'y avait pas un instant à perdre, si le jeune sous-lieutenant désirait recevoir le baptême du feu, au début de sa carrière. Sitêffqu'il eut reçu son brevet, Bourbaki se mit en route, rejoignit le 3* bataillon de son régiment qui tenait garnison à Bône, depuis la fin du mois d'octobre.
Le capitaine Saintr-Hippolyte S attaché au bureau topographique d'Alger, donne les renseignements suivants sur la ville de Constantine. Ils ont leur importance dans ces récits ; ils font connaître les difficultés que nos troupes allaient rencontrer dans leur marche en avant sur cette forteresse, qui n'est autre que la Cirta des anciens (en phénicien, la ville par excellence).
Banville, la plus solide autorité pour la géographie comparée, s'exprime ainsi sur cette ville : « En s'éloignant de la mer d'environ cinquante milles, on trouve Cirta^ résidence des rois de Numidie. Les Romains lui donnèrent le nom de Colonia Sittianorum^ en souvenir d'un partisan du nom de Sittius, qui aurait rendu de grands services à César dans ses guerres en Afrique. » Son nom de Constantine lui vient du Bas-Empire, parce que, suivant Aurélius Victor, l'empereur Constantin l'aurait embellie.
Cirta était la capitale de Massinissa, qui y régna soixante ans; Ptolémée l'appela CirtorJulia, comme ayant été conquise par César. Elle n'en est pas moins nommée Cirta colonia dans l'histoire d'Antonin.
Selon Banville, une rivière, l'Oued-Rumel qui porte ses eaux à VOued-el-Kébir — VAmpsagus des anciens — enveloppe entièrement Constantine.
L'empereur Justinien y fit de grandes réparations. Procope les décrit ainsi : La muraille d'enceinte était si basse, qu'elle était facile à escalader; si faible, qu'elle pouvait à peine servir à la défense. Les tours étaient à une si grande distance les unes des autres, que les assaillants pouvaient se tenir hors de la portée du trait. Justinien en fit réparer toutes
I. Blanc, dit Saint-Hippolyte, devenu lieutenant-colonel d'étal-major attaché à la carte de France, le i3 novembre 1842.1
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les ruines du côté du septentrion et du côté de l'occident ; il fit accroître du double le nombre des tours, les exhaussa, ainsi que les murailles. La ville, située sur une éminence, manquait d'eau. Justinien fit construire un grand aqueduc et distribua Teau dans Constantine. Ces améliorations acquirent à Justinien le nom de second fondateur de la cité.
Les historiens modernes n'offrent rien de plus détaillé sur Constantine, que ce que nous donne Procope ^ Cette ville était plus connue dans l'antiquité que de nos jours. De là la nécessité, en i836, de recourir aux auteurs anciens, pour bien connaître son origine.
Aucun officier français n'ayant pu visiter cette ville, voici la description qu'en donne le capitaine Saint-Hippolyte, dans un mémoire qu'il adressa, en août i836, au maréchal, gouverneur général, d'après les récits des voyageurs arabes et mercantisj en relations de commerce avec les habitants du Beylick :
« Constantine, située sur l'Oued-Rumel, à une centaine de lieues au-dessus de Bône, doit renfermer une population évaluée à 26,000 ou 3o,ooo âmes, Maures et Juifs. Elle est placée en amphithéâtre dans une presqu'île contournée par la rivière et dominée par la montagne du Mansourah, dont elle est séparée par une grande anfractuosité où coulent les eaux de l'Oued-Rumel {rivière de sablé), qui, au-dessus de la ville, reçoit l'Oued-Merzoug, dans un lieu appelé El-Kouar {les arceaux, aqueducs antiques).
« Au nord-est de la ville, la montagne El-Mansourah s'étend du sud-est au nord-ouest ; elle est dépouillée d'arbres, mais la terre serait facilement mise en culture. Vis^à-vis de Constantine, deux mamelons s'élèvent sur le Mansourah :