De jEdiJîciiSy liv. 2, chap
cèhiï de Test, couronné de deux marabouts en maçonnerie appelés Sidi-Mabrou, domine la ville, à portée de canon ; l'autre mamelon, au nord-est, porte le nom des tombeaux israélites de Sidi-Mécid.
« Au sud-ouest de Constantine, à i,5oo mètres du faubourg, se trouve la hauteur de Contiat-Aty, dominant les approches de la ville. Constantine, entourée de jardins et de cultures, est dans une situation agréable. Au sud et à l'ouest, la vue s'étend au loin ; au nord-est, l'horizon est borné par les hauteurs du Mansourah. La ville, presque entourée de rochers, a la forme d'une ovale allongée dans la partie tournée vers le sud-ouest ; trois portes donnent accès dans cet espace, qui a une longueur de 5oo à 600 mètres.
« La porte d'Alger (Bab-el-Djedid) ou de l'ouest se trouve à l'angle saillant, sur le point le plus élevé du contrefort. La porte du centre se nomme Bah^UOued ou de la Rachba. La troisième^ nommée 5a6-^/-Ga6«'a^ communique avec le Rumel. Ces trois portes spnt réunies par une muraille antique haute de 3o pieds^ souvent sans fossé. En avant de ces portes, un faubourg peu étendu, habité par des artisans et des marchands, se trouve sur un contrefort qui se lie au Contiat-Aty. Au delà du faubourg, sont diverses habitations, une mosquée, des fondoucks et les vastes écuries du bey ; beaucoup de ruines, des jardins entourés de haies et de petits miu^, beaucoup de tombeaux ; tel est le caractère de cette agglomération d'habitations.
« Une quatrième porte, dite A^ El^Kantara, se trouve -en face du Mansourah ; elle sert de débouché au pont du même nom, de construction antique, large, fort élevé et ayant trois étages d'arches. Cette porte est défendue par six pièces. A côté du pont, le long des murs de la ville, est une rampe en mauvais état conduisant au fond de la ravine, vaste préci-
pîce OÙ les eaux du Rumel coulent quelques instants sous terre, pour reparaître bientôt à découvert.
« La Kasbah se trouve entre la porte d'El-Kantara et celle de Bab-el-Djèdid ; elle est défendue par huit pièces de canon ; elle couronne les rochers à pic qui entourent la ville presque de tous les côtés.
« Le Rumel, qui prend sa source à cinq journées de marche de Constantine, est guéable en toutes saisons. Par les fortes pluies, la rivière a quatre pieds d'eau ; en temps ordinaire, elle n'en a que deux.
« A la porte d'El-Kantara, est une cascade ]o\i commence la profonde ravine qui contourne plus de la moitié de la ville et peut être considérée comme un immense fossé régnant le long des murailles jusqu'au pied de la Kasbah, de la porte d'El-Gabia à celle d'El-Kantara. Cette coupure a 5o mètres de profondeur et 90 de largeur. Au-dessus de la ville, non loin de la Kasbah, est une autre cascade, dite des Tortues^ faisant mouvoir des moulins à blé.
a Entre El-Kantara et El-Gabia, les rochers qui constituent l'enceinte de la ville, sans être très élevés, sont garnis de cactus, ce qui les rend inaccessibles à plus de deux ou trois hommes. Près de Sidi-Mimonn, on assure que les murailles sont encombrées par des déblais de démolition; on croit qu'il serait facile d'y monter.
« Les rues sont étroites et tortueuses. On arriverait au palais du bey, remarquable par un grand cyprès et un mât d'étendard qui se voient à l'entrée, en suivant la rue du marché aux laines faisant face à la porte d'El-Kantara. Pour aller du palais du bey à la Kasbah, on suit la rue du Foukel-Kolak qui, en montant, passe près de la Kasbah.
« De la porte d'El-Kantara, on parvient aussi à la Kasbah, en tournant à droite, pour gagner, par quelques zigzags, la
rue El-Mar, qui, par un coude à gauche, gagne la hauteur sur laquelle est bâtie la citadelle. »
Itinéraire de Bône à Constantine. — Plusieurs chemins conduisent de Bône à Constantine ; un seul, par la vallée de la Seybouse, quoique difficile, paraît praticable à ^artillerie. Il a été établi par les beys, afin de communiquer facilement avec le port de Bône, qui a de tout temps approvisionné la capitale de la province. On assure que les Arabes ont conduit du canon par ce chemin. En caravane, les Arabes mettent trois jours pour se rendre d une ville à l'autre ; réunis en une armée, ils mettent huit jours pour y arriver, en divisant chaque journée par étape de quatre à cinq heures de marche.
Marche d'une caravane arabe. — Premier jour. — Le pays traversé est peu accidenté ; on s'arrête dans la vallée de Medjez-el-Amar (M'jaïa-el-Hamar).
Deuxième jour. — Les Arabes se dirigent dans la vallée de rOued-Zenati, au delà de la montagne Aïn-Adjar, dont les passages sont assez difficiles.
Troisième jour. — Ils arrivent à Constantine, après avoir traversé la rivière Jar-Hamman et quelques petites montagnes. On débouche sur la ville par le haut des plateaux de Mansourah. Le chemin passe par le col formé parles mamelons de Sidi-Mabrou et de Sidi-Melo. De là, on descend vers la porte d'El-Kantara.
Marche d'une armée arabe. — Premier jour. — Un chemin facile conduit à El-Adjar (Adouar), vers le milieu de la plaine de Bône. On y trouve quelques sources. Le bois y manque.
ROURBAKI EN ALGERIE. 25
Deuxième jour. — On parcourt un terrain peu accidenté et on s'arrête aux sources de Ma-el-Barda. On n'y trouvera que quelques broussailles.
Troisième jour. — On s'élève sur les montagnes difficiles de MéouUoffa. L'eau y est en abondance; mais le bois manque.
Quatrième jour. — On gagne les monts de Hamman- Mascoutin; on traverse la rivière de Bezas-Amar, on passe par les ruines de El-Guema; puis on gravit le faite de montagnes difficiles que l'on suivra pendant trois jours consécutifs. On y trouve de l'eau et du bois.
Cinquième jour. — L'étape se fait à Hessenia, après avoir franchi la plus haute montagne de la contrée, dite Ras-el- Akba {tête du mort^ qui présente des passages difficiles. Le bois n'y manque pas.
Sixième jour. — Il faut descendre les montagnes pour s'arrêter sur les bords de la rivière El-Zenati. hë chemin est facile. Le bois fait défaut.
Septième jour. — On se rend à El-Heria par un bon chemin. On y trouvera quelques sources, mais pas de bois.
Huitième jour. — On arrive à Constantine, après avoir traversé le mont Zefzouf. Il y a des bois et de l'eau sur la route.
Tels sont les seuls renseignements que possède le maréchal Clauzel, lorsque, pour la première fois^ il met ses troupes en mouvement vers Constantine.
. Première expédition sur Constantine. — Les troupes destinées à la prise de Constantine se mirent en marche le i3 novembre i836. Le Bg*^ faisait partie de la brigade de
26 LE GÉNéllAL BOURBAïa.
Rîgny, campait le i5 sous Guelma; le i6, sur les bords de la Seybouse; le 17, au pied du Raz-el-Akba et le 19 a Raz- Oued-Zenati. Le 20, de nombreux groupes, arabes furent aperçus dans la plaine; ils prirent la fuite devant nos soldats, sans accepter le combat.
Le temps était devenu tout à coup des. plus mauvais; les chemins étaient défoncés par les pluies. La température subitement refroidie devenait glaciale. Le ciel était couvert de gros nuages gris qu'un fort vent d'ouest poussait, tourmentait, déchirait; haletants, essoufflés, ils se ruaient les uns sur les autres, tournoyaient sur les têtes de nos soldats et crevaient comme des outres trop gonflés, semant partout leur provision d'eau et quelque fois de neige. Une brise glaciale mordait la figure. Néanmoins, le soir de ce même jour, la colonne campait au tombeau romain, à Somma. La nuit fut aflreuse; le froid très vif, le bruit du tonnerre, les éclairs, les rafales de vent répandirent l'efiroi parmi les troupeaux de chameaux que le corps expéditionnaire traînait à sa suite.
Le désordre se mit dans le convoi. Pour les chameaux, le froid c'est la mort. Ils résistent aux cris ou coups de leurs s'ououagâ (conducteurs), se campent la croupe au vent et semblent attendre d'un air stupidement inquiet que la mort vienne les atteindre, ou la fin de la tourmente. Beaucoup s'enfuirent et ne purent êtfe retrouvés.
Le 21 novembre, on traversait l'Oued-Akmouin ; le même soir, nos troupes étaient en vue de Constantine. On pensait y entrer sans coup férir; mais à peine étions^nous arrivés sous le canon de la place que celui-ci se fit entendre. Il n'y avait plus de doute : la ville était décidée à la résistance. La brigade de Rigny fut envoyée au Contiat-Aty; les autres troupes s'établirent sur le Mansourah.
90URBAKI EN ALGÉÏUE, ^7
Le 22, le maréchal fît canonner la porte du pont sur le bord du ravin ;. puis bombarda la ville le lendemain. Pendant que nous faisions nos préparatifs d'investissement autour de la ville, le bey Ahmed nous attaquait en dehors de la place avec les contingents des tribus sous ses ordres ; il fut repoussé, mais, faute de grosse artillerie, nous ne pûmes enfoncer les portes. On essaya du pétard; les sapeurs du génie furent décimés par la mousqueterie. On parvint cependant à enfoncer la porte Bab-el-Oued ; derrière, on en trouva une seconde. Le désordre se mit dans nos colonnes d'attaque. Impossible d'aller plus loin. L'artillerie n'avait plus que i5 kilôgr. de poudre. La retraite s'imposait. La brigade de Fligny évacua le Contiat-Aty, gagna le Mansourah et, le 24 novembre, le mouvement rétrograde commença.
Heureusement, le temps s'était remis au beau; c'est ce qui sauva le corps expéditionnaire.
Le soir, la colonne campait au tombeau romain, harcelée sur ses derrières comme sur ses flancs; le 26, elle marchait sur les bords de l'Oued-Talaga, le 26, au marabout de Sidi- Tamtam, sur l'Oued-Zenati ; le 27, à Medjez-Amar et le 28, à Guelma. Le i^"* décembre, on était de retour à Bône.
Ce grave échec émut le pays. Le maréchal Clauzel fut rappelé et le lieutenant général comte Damrémont nommé gouverneur général (i^** février 1887).
Cette expédition nous coûtait 2,000 hommes, dont une cinquantaine pour le 69* régiment d'infanterie de ligne, parmi lesquels :
1 officier tué ;
2 officiers morts des suites de leurs blessures; 1 1 sous-officiers et soldats tués ;
26 sous-officiers et soldats égarés ; 10 sous-officiers et soldats blessés.
Il y a des illusions glorieuses qu'il faut savoir pardonmier. La première expédition de Constantine fut de celles-là. Le maréchal Clauzel Texpia cruellement. L'opinion publique, si changeante, se détacha de lui, et il n'eut même pas la satisfaction de venger son échec l'année suivante, lorsque son successeur, le général Damrémont reçut l'ordre de marcher sur Constantine.
Quant au sous-lieutenant Bourbaki, il s'était montré, pendant toute la durée de cette campagne de dix-sept jours, aussi gai compagnon de route que charmant camarade.
Toutes les sympathies étaient venues à lui, comme par surcroît. De retour à Bône, chefs et soldats vantèrent l'aménité de son caractère ; sa fière attitude en face du danger, sa bonne humeur toujours égale, malgré les privations, les misères, les tristesses essuyées au début de cette campagne.
Le colonel Petit d'Hauterive le fit bien voir, lorsqu'il réunit, au mois de janvier 1887, le corps d'officiers de son régiment, pour fêter la bienvenue du jeune officier, avant que les troupes du corps expéditionnaire ne se séparent pour gagner leurs garnisons respectives.
Ce fut là où Bourbaki apprit à connaître cette bonne et franche camaraderie de nos régiments d'autrefois, cette insouciance de la vie qui était alors le fond du caractère des vieux officiers d'Afrique.
La ville de Bône, à cette époque, n'était pas, à beaucoup près, ce qu'elle est devenue depuis. Le 69* campait non loin de la mer, dont les grandes vagues sans cesse remuées par le vent d'ouest reposaient la vue. Sur la droite s'apercevaient de hautes montagnes couvertes de bois de sapins maigres et
rabougris, tandis que, vers la gauche, le regard suivait les silhouettes de collines verdoyantes dressant vers le ciel bleu leurs arêtes dénudées et leurs roches grisâtres.
Des indigènes, des colons de tous les pays, une garnison nombreuse vivaient en bonne intelligence dans cette ville, passant les journées de repos, sans soucis, comme sans chagrins. Le musulman est fataliste ; chaque étape de sa vie est marquée par cet aphorisme qui résume tous les incidents dont son existence peut être parsemée : Mecktoub l (c'était écrit) ; le baptisé y répond par cet autre : Qu'importe ! Au fond, le résultat est le même. Dans l'armée, aucun ne s'inquiète du lendemain ; le chef ne veille-t>-il pas pour tous ?
Ce chef, le général de Rigny, veillait ; en effet, pendant qu'il parcourait le territoire placé sous son commandement, les officiers passaient leur temps au cercle militaire établi dans une des baraques du quartier de cavalerie. Chacun y trouvait la distraction ou le calme à son gré. Cette salle, peinte à la détrempe, possédait pour tout ornement une pendule sur la cheminée et à la place d'honneur un drapeau arabe taché de sang ; les chaises étaient cachées sous un coutil gris, et, dans un coin, un canapé bourré de foin invitait au repos.
Dans cette atmosphère de franchise et de cordialité, Bourbaki ne pouvait que parfaire son éducation militaire, en se façonnant au contact de gens du métier ayant à leur actif tout un passé glorieux et mus par de hautes pensées guerrières. Là, quand une main serrait la main, on pouvait être sûr qu'au besoin, elle se lèverait pour vous porter secours. Compagnons de fatigues et de périls, les officiers étaient rapprochés par le danger. Le capitaine Manselon% de la
1. Victor-André-Bruno Manselon, devenu chef de bataillon au régiment étranger, le 3i décembre i84i.
3o LE GÉNÉRAL BOURBAKI.
légion étrangère, homme de manières affables, juste, intelligent, énergique, aimait à passer ses soirées avec Bourbaki. Ceux-là seuls- qui ont fait campagne comprendront le plaisir de ces causeries, la douceur de cette nonchalance apparente, quand on s'abandonne à ses rêveries. Il est bon de se sentir vivre, sans souci, sans inquiétude, peildant les intervalles d'une sonnerie de clairon, appelant tout le monde aux armes.
Au mois de mars 1887, le Sg* de ligne rentrait en France. Bourbaki profita d'une vacance dans le corps des zouaves du colonel Lamoricière pour s'y faire admettre, et, le 28 décembre 1887, il passait avec son grade au bataillon Cavaignac, qui tenait garnison à Tlemcen; il rejoignit son nouveau corps le 4 avril 1887, venant de Portr-Vendres, et n'assista pas au second siège de Gonstantine.
Le récit des événements, pendant les années 1 838 et 1889, est assez confus. Les diverses modifications que le corps des zouaves eut à subir pendant ces deux années sont un exemple de cette versalité chronique, en matière d'organisation militaire, qui caractérisait à l'époque et caractérise encore la haute administration française. Disons seulement qu'en 1888, le corps des zouaves, formé à trois bataillons par Tadjonction aux deux bataillons existants (commandant Varnier * et Drolenvaux^), du détachement de volontaires laissé à Tlemcen en 1.836 (commandant Cavaignac 3), fut ramené l'année suivante au chiffre de deux bataillons, sans qu'on puisse