I. En arabe : S^ah'râ
pédilionnaîres étaient concentrées sous Milianah ; elles en repartaient le lendemain, pour aller bivouaquer sur les bords de rOued-Rouîna. A neuf heures du soir, le bataillon Saint- Arnaud, monté à dos de mulets, partit avec les escadrons du i^"^ chasseurs d'Afrique pour surprendre la tribu des Sindzes. A la pointe du jour, on tomba sur leurs gourbis, et on s'empara d'un troupeau considérable.
La marche continua le i3 sur l'Oued-Fodha. Le i8, on remonta le cours de la rivière, et la colonne s'établit au centre de la tribu des Beni-Bourdouam, qui vinrent protester de leur soumission.
Le 19 septembre, on continua à remonter le cours de la rivière, lorsque la colonne Changarnier fut tout à coup arrêtée par des rassemblements d'Arabes hostiles qui lui barraient le chemin. Le combat devint très sérieux dès les premiers coups de feu. Les Arabes, enhardis par leur supériorité numérique, se montrèrent très entreprenants. Le combat, commencé à neuf heures du matin, ne finit qu'à cinq hetires du soir. Il recommença le lendemain, mais avec moins d'acharnement que la veille, et la colonne put continuer sa route. Les zouaves avaient perdu, dans ces deux journées, quatre officiers tués et dix-sept officiers blessés, parmi lesquels le commandant de Garderens de Boisse, un des héros Constantine.
Le général Changarnier s'avança avec ses troupes jusqu'à Teniet-el-Hâd ; puis il rebroussa chemin.
Le 2 octobre, les zouaves étaient de retour à Blidah ; ils en repartirent le 1 1 octobre pour parcourir la province de Tittery'. De retour à Bhdah, le 24, ils en repartaient de
I . Territoire central de la province d* Alger, comprenant les villes de Médéah, Milianah et Hamza.
nouveau le 22 novembre, pour prendre part à Texpédition de rOuar-Senis.
Le général Bugeaud, considérant cette contrée comme un refuge toujours prêt à recevoir Abd-el-Kader, s'était décidé à la parcourir à la tête de trois colonnes. Le i^*^ bataillon de zouaves, sous les ordres du lieutenant-colonel Chasseloup- Laubaty fut placé à la colonne du ^centre, que commandait Changamier.
Le 5 janvier i843, le i'*" bataillon de zouaves rentrait à Blidah, où il ne devait rester que très peu de jours.
Pendant l'hiver de 1 842-1 843, Abd-el-Kader, par une pointe hardie, avait jeté la révolte parmi les Kabyles des Beni-Menasser, les sauvages habitants des montagnes escarpées qui séparent Gherchell de Milianah, et rallumé le foyer de résistance dans l'Ouar-Senis, entre le Ghélif et le petit désert. Dominer cette révolte des Beni-Menasser, deux mois après se rabattre dans TOuar-Senis et en châtier les populations : telle était l'œuvre que Changarnier était chargé d'accomplir. Malgré les difficultés de la saison et les dangers de l'opération, nul ne songeait au péril, tellement la confiance dans le général était grande.
Le départ de Blidah fut fixé au 12 janvier. Pendant huit jours, il n'y eut que bruit et confusion dans cette jolie ville, le lieu de repos ordinaire des zouaves. Les boutiques étaient encombrées de soldats de différents corps pour y faire leurs provisions de sucre, de café, de tabac ou de cigares, suivant la quotité de leurs sous de poche ; des hommes de corvée se croisaient en tous sens, allant et venant des magasins militaires ; enfin, le soir venu, les ca-
barets fêtaient gaiement le jour du départ jusqu'à l'heure de la retraite.
Le 12 janvier, chacun se mit en route pour Médéah, joyeusement, en bon ordre et en belle tenue, le sac et huit jours de vivres sur le dos ; de là, on devait gagner Milianah.
Lorsque les communications entre Milianah et Blidah n'étaient pas libres, on ne suivait pas la vallée de l'Oued-Djer, dont les contreforts rapides garnis de lentisques et de chênes verts étaient de grandes difficultés pour la marche. Nos colonnes suivaient les crêtes, pour venir camper au marabout de Sidi Abd-el-Kader, sous des oliviers séculaires que la hache française avait respectés.
Pendant la nuit, le ciel se couvrit de nuages, la pluie tomba en abondance ; fort heureusement, le soleil se leva, comme la diane sonnait le réveil, et le i3, nos colonnes traversaient la vallée de l'Oued-Adelia, dont les terres grasses furent très pénibles pour les hommes et les chevaux.
Depuis la vallée de l'Oued-Djer, la route suivait une direction sud; deux chemins y conduisent : l'un remonte vers Milianah, par les pentes du Gontas et la vallée du Ghélif ; l'autre passe par le pays des Righas et gagne la ville du côté nord, en longeant les pentes du Zaccar. Cette dernière était la plus courte et ce fut celle que prit Changarnier.
Le i^' février, les zouaves étaient à Milianah, après avoir remporté sur les Righas un succès éclatant, qui valut au commandant Saint-Arnaud sa nomination au grade d'officier de la Légion d'honneur.
Dès son arrivée à Milianah, Changarnier passa ses journées dans une activité fébrile. Les conférences avec les chefs de service, les dépêches à envoyer, les renseignements à prendre sur le pays ne lui laissèrent pas un instant de loisir.
44 LE GJÊNJÊRAL BOURBAKI.
Tous les jours, Ben-Tîfour, Tagha' des Beni-Menasser venait chez le général, régler avec lui les différends concernant sa tribu et là, pendant des heures entières, à force de questions adressées sur le même sujet, à des hommes différents, le commandant de la province arrivait à se former des notions exactes sur le pays où Ton devait opérer, sur la longueur des marches, l'eau et le bivouac. Cela dura ainsi une semaine, puis les troupes tinrent la campagne, tantôt dans une direction, tantôt dans une autre. Pendant les mois de mars et d'avril, le i** bataillon de zouaves opéra entre Milianah, Blidah, Médéah et Dra-el-Mizan.
A la fin d'avril, il était à Médéah, sous les ordres du duc d'Aumale, qui préparait une expédition dans le sud, pour aller occuper Boghar, de manière à faire de ce point une base d'opérations pour manœuvrer sur le Haut-Chélif, et s'il était possible, surprendre Idi smalah d'Abd-el-Kader que l'on savait être dans ces parages.
Le 2 mai, le bataillon Saint-Arnaud partit de Médéah, et se dirigea sur Boghar où il arrivait le 4, et y resta jusqu'au 9, travaillant à mettre la place en état de défense.
Le 10 mai, la colonne expéditionnaire se remit en marche et arriva le i3 à Goundjila, petit village arabe situé sur une colline abrupte.
Cette colonne était ainsi composée : deux bataillons du 33^ de ligne, sous les ordres du colonel Camou, qui commandera plus tard, en 1862, la belle division des voltigeurs de la garde; le i^' bataillon de zouaves, commandé par le lieutenant- colonel de Chasseloup-Laubat ; quatre escadrons du 4^ chasseurs d'Afrique (lieutenantr-colonel Morris);
I. En arabe : Ar*â, grand, celai dont V origine est illastre; pluriel : âr* douât, dont nous avons fait agha, et !e mot or'àlik en aghalick. Il commande les tribus couTOquées par Tautoritë française.
un escadron du i®"" chasseurs d'Afrique (lieutenant Litchtlin); quatre escadrons de spahis (colonel Yussuf; un détachement de gendarmerie (lieutenant Grosjean) ; deux sections d'artillerie de montagne (capitaine Aubac, du 2' régiment).
Le colonel Camou commandait l'infanterie ; Yussuf la cavalerie.
Le service du bureau arabe était dirigé par le capitaine Durieu.
Les gens de Goundjila donnèrent quelques renseignements sur la smalah d'Abd-el-Kader. Elle était à Taguine. Sur leur indication, le prince décida d'accélérer sa marche, et le i5, vers trois heures du matin, la colonne se remettait en route vers le sud.
Prise de la smalah d'Abd-^l-Kader, — Le bivouac est à peine établi le soir, sur les bords d'un cours d'eau, que l'on apprend que les Arabes de l'émir' ne sont pas loin. Après deux heures de repos, on repart à huit heures du matin. La colonne est divisée en deux fractions : la première comprenant toute la cavalerie, les deux sections d'artillerie de campagne et le bataillon de zouaves, sans sacs et à dos de mulet. La seconde fraction, que commandait Camou, comprenait les deux bataillons du 33' escortant le convoi. On marcha ainsi tout le jour et toute la nuit, traversant un terrain absolument inconnu : c'était l'immensité de la solitude.
Au point du jour, à cinq heures du matin, la cavalerie prit les devants au trot, dans la direction du Djebel-Amour. A onze heures du matin, elle tombait sur la smalah, lui tuait trois cents hommes, faisait trois mille prisonniers et s'emparait d'un immense butin. Le batailon de zouaves n'arriva sur